A la pêche aux revenus
Un article de Ngoma.
Pisciculture
À la pêche aux revenus
À l’heure où les stocks naturels de poissons déclinent et où la population humaine continue d’augmenter, la pisciculture est une bonne manière de générer aliments et revenus, même sur des espaces restreints. Cependant, peu de pays ACP en exploitent pleinement le potentiel.
Les mers et les lacs de la planète ont été pillés, les zones de pêche sont complètement exploitées ou en déclin dans la plupart des régions du globe. À terre, le tableau n’est guère plus reluisant, avec une concurrence croissante pour des espaces agricoles en diminution constante. L’élevage de poisson — ou pisciculture pour employer le terme technique — offre quelque espoir, disent les experts du développement, de fournir des aliments à la population mondiale en rapide expansion. C’est une réponse pratique au défi de produire les 40 Mt de poisson supplémentaires par an indispensables pour satisfaire la demande globale d’ici 2030. Les fermes aquacoles sont un bon moyen de procurer des revenus dans les zones rurales pauvres, et des sources de protéines d’autant plus précieuses que la grippe aviaire a dissuadé beaucoup de familles de consommer de la volaille.
La pisciculture est le secteur de production alimentaire qui croît le plus vite dans le monde ; elle fait vivre 250 millions de personnes. En 1980, à peine 9 % des poissons provenaient de l’élevage, aujourd’hui, 44 %. Dans les pays ACP, la pisciculture demeure toutefois un secteur sous-développé, particulièrement en Afrique dont la contribution à la production mondiale est négligeable (0,16 %).
La pisciculture offre de nombreux avantages, surtout pour les petits producteurs. C’est une option lorsque les cultures ne sont plus rentables. Elle peut se combiner avec d’autres activités agricoles dans une union idéale. Les résidus de cultures maraîchères et même les excréments de volaille et de porc peuvent servir à nourrir les poissons qui, en retour, peuvent être incorporés dans des aliments pour bétail. Le sédiment des bassins et d’autres sous-produits servent à fertiliser les sols. Selon John Moehl, responsable de l’aquaculture au Bureau régional de la FAO pour l’Afrique, “l’avenir de l’aquaculture en Afrique repose sur notre capacité à soutenir le développement des petites et moyennes entreprises aquacoles”.
Pisciculture à la ferme
La pisciculture est une façon très rentable d’exploiter des surfaces de taille limitée. Au Nigeria, les producteurs élèvent des poissons dans des bassines plutôt que dans des étangs. Au Cameroun, où le manque de terre est un gros problème, un projet sur cinq ans mené par le Worldfish Center a montré que la pisciculture était une option profitable pour les petits paysans qui vivaient de l’agriculture sur brûlis. L’agriculture a été combinée avec la pisciculture, laquelle utilise les résidus agricoles.
En 2005, au bout de cinq ans, 870 étangs fournissaient 14,4 t de poissons par an pour le marché urbain de Yaoundé. Compétences et formation sont cruciales pour le succès de la pisciculture, mais c’est une activité adaptée à tous les membres de la famille. Au Malawi, grâce à une initiative destinée à encourager les familles touchées par le HIV/sida à adopter l’agro-pisciculture, 1 200 ménages dirigés par des femmes ou des orphelins ont doublé leurs revenus.
Le projet aide les paysans à creuser de petites mares d’eau de pluie sur leur parcelle et à les empoissonner en espèces courantes comme le tilapia, nourries de résidus de la ferme et de la cuisine. L’agro-pisciculture intégrée offre d’autres avantages. Elle fournit de l’eau en plus pour l’arrosage des plantes, ce qui augmente les revenus des cultures. À Madagascar, beaucoup de paysans ont l’habitude d’empoissonner leurs rizières en carpes.
Les riziculteurs de la Barbade élèvent des tilapias dans les mares qui irriguent leurs cultures. Toujours à la Barbade, la pisciculture est associée à la production hydroponique de laitues ; l’eau circule en boucle entre étangs et cultures. À Trinidad, Wa Samaki Ecosystems a mis au point un système innovant combinant la pisciculture, l’agriculture et l’arboriculture.
Un rapport de la FAO, Guiding Principles for Promoting Aquaculture in Africa, souligne la nécessité d’une approche plus entrepreneuriale de la pisciculture. Cela demande un changement d’attitude aussi bien dans le secteur donner des résultats. En R.D. Congo, des équipes mobiles de spécialistes en information et transfert de techniques ont permis des progrès importants. Au Cameroun et au Malawi, la recherche participative a conduit à une meilleure adoption de technologies, même dans les communautés les plus pauvres.
Au Kenya, des paysans qui participaient à des essais organisés par la station piscicole Sagana et un programme USAID de soutien à la recherche en aquaculture et dynamique des étangs ont multiplié leur production par 5 ou 10. Reste à prévenir le vol de poissons et à instaurer une comptabilité et une gestion des étangs efficaces. Les résultats de terrain montrent qu’une bonne gestion peut doper la production jusqu’à 400 %. Mais gestion améliorée rime souvent avec investissement, ce qui soulève la question difficile du crédit : beaucoup d’institutions de crédit considèrent encore la pisciculture comme une activité à haut risque. Quoi qu’il en soit, il est crucial de bien connaître le fonctionnement des activités aquacoles.
Des entrées précipitées dans ce secteur — souvent encouragées par des ONG bien intentionnées — ont conduit à l’introduction de trop d’espèces exogènes.
CTA, partageons les connaissances au profit des communautés rurales, 2007

