Bandundu : une étude détaillée pour la mise en place d’un programme agricole et d’un portefeuille de projets agricoles
Un article de Ngoma.
un dossier en cours sur financement C.E mais qui peut servir de modèle d’inspiration pour les études similaires dans les autres provinces de la RDC
La province du Bandundu qui abrite 11 ,5% de la population nationale, soit plus de 6 millions d’habitants, dispose d’une variété d’agro-écosystèmes permettant tous les types de cultures et d’élevages. La proximité de la capitale lui assure un débouché de première importance. Le développement agricole de la province de Bandundu, basé sur les cultures vivrières dites de subsistance, repose essentiellement sur les producteurs paysans.
Le paysannat constitue en effet les deux tiers de la population ; celle-ci croît au rythme de 3,3 % l’an, pendant que les productions vivrières et animales augmentent avec un taux de croissance en deçà de 2 %. Il est donc fondamental de résorber le déficit alimentaire chronique pendant que la demande à l’extérieur de la province (ville province de Kinshasa, centres miniers de Kasaï, du Katanga, Congo Brazza, Angola, etc …) ne cesse de croître.
Le Bandundu constitue le grenier potentiel qui permettrait de limiter les importations des denrées alimentaires pour la ville de Kinshasa. Un processus de relance exige la mise sur pied des plans d’action « à la base » qui rebâtissent et revalorisent les systèmes productifs « terre, capital, travail », afin de reconstituer les chaînes intégrées de productions/commercialisation. L’analyse des facteurs de production oriente l’expertise sur les études de la terre, de la population qui l’occupe et de sa capacité à rentabiliser les investissements par un travail productif et rentable.
Ce processus sera complété par l’examen du volet extra- agricole caractérisé par l’inaccessibilité aux marchés et au mauvais état des infrastructures de transport et de commercialisation qui constituent une entrave au développement durable de la province et du pays. L’objectif est de créer les conditions qui caractérisent l’accès à une alimentation suffisante, équilibrée et régulière à toutes les couches de la population et d’exploiter les potentialités qu’offrent chaque district ainsi que tout les avantages comparatifs de la province.
Historique de la nouvelle planification agricole en RDC
Déjà en mars 2004, une table ronde nationale sur l’agriculture, organisée sous l’égide du Ministère de l’agriculture avec l’appui technique de la FAO et l’apport financier de la Belgique, avait souligné la nécessité d’une relance agricole fondée sur la réhabilitation des infrastructures rurales et l’ouverture des marchés, l’accès des producteurs aux intrants de qualités, le renforcement des institutions et associations rurales pour le renforcement de la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté.
Dans le même esprit s’est tenue en mai 2005 une table ronde provinciale sur l’agriculture au Katanga dont les recommandations portaient, entre autres, sur l’urgence de l’élaboration et de l’adoption d’une fiscalité agricole simplifiée visant à favoriser les investissements dans le secteur, ainsi que la nécessité de réguler la production et la commercialisation des semences.
Les conclusions de ces tables rondes ont été judicieusement utilisées dans la préparation de l’examen du secteur agricole pilotée par la Banque mondiale et le DSCRP (Document de stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté) sous l’égide du Ministère du plan avec l’appui des bailleurs de fonds, notamment le PNU D. Ces deux ouvrages, dont les versions finales sont parues en juillet 2006, relèvent que l’insécurité alimentaire est l’une des premières manifestation s de la pauvreté en RD Congo et mettent en exergue le rôle du secteur agricole et rural pour la relance rapide d’une croissance partagée, pro-pauvre.
Par ailleurs, le DSCRP recommande aux provinces de préparer des DSCRP provinciaux, qui se voudraient de applications détaillées des politiques et stratégies énoncées dans le DSCRP nationale. D’où la nécessité de préparer de programmes agricoles provinciaux comme composantes des DSCRP correspondants. La note d’orientation de politique agricole nationale, qui devrait servir de base aux programmes provinciaux, a fait l’objet d’un examen approfondi lors du Forum sur l’agriculture tenu en mai 2006 sous le patronage du Ministère de l’agriculture appuyé par la FAO et la Coopération Belge.
Les caractéristiques agricoles et nutritionnelles de la province du Bandundu
- Incidence de la pauvreté : 89 %
- Malnutrition due à la faible consommation d’aliments protéiniques surtout d’origine animale ; déficit en viande et poisson respectivement de 11.000 et 15.000 tonnes/an ;
- Insuffisance des productions de légumineuses (haricot, niébé, soja)
- Absence de production de sucre ;
- Faible revenu monétaire dû au disfonctionnement des circuits de commercialisation :
- Absence d’infrastructures de stockage, de fabrication, de conditionnement de conservation ;
- Insuffisance de moyens de transport, délabrement des voies de communication, de réseaux de distribution ;
- Faible implication des organisations communautaires à la base ;
- Relâchement de services d’encadrement ;
- Dégradation de terres agricoles causées par l’agriculture itinérante sur brûlis ;
- Nécessité d’une restructuration du ministère, redéfinition des rôles… ;
- Exode rural et fuite des cerveaux.
L’incidence de la pauvreté atteint 89 % dans la province du Bandundu selon les enquêtes relatives au DSCRP. A noter que les dépenses alimentaires interviennent pour plus de 80 % pour la ligne de pauvreté totale évaluée à 153265 FC (340 $ US) par personne et par an en milieu urbain et 97655 FC (217 $US par personne par an en milieu rural. Le Bandundu est donc avec l ’Equateur où l’incidence se situe à plus de 93 %, l’une des provinces les plus pauvres du pays, où l’incidence globale est de 71,34 % [4] .
La réhabilitation programmée de la nationale n°1 entre Kinshasa et Kikwit (UE + BAD + BM) laisse entrevoir de nouvelles possibilités de développements du secteur agricole de la province, jusqu’à présent figé par le manque de voies de communication.
Intérêt et justificatif de l’étude
Le DSCRP national recommande aux Provinces de préparer leurs propres DSCRP qui devraient être en fait des applications adaptées et détaillées sur le terrain des grandes de politiques et stratégies retenues au niveau central. C’est dans cette logique que s’inscrit l’étude spécifique du secteur agricole sur le Bandundu qui permettrait l’élaboration d’un programme agricole visant à renforcer la sécurité alimentaire et à contribuer à la réduction de la pauvreté tout en sauvegardant l’environnement dans le cadre d’un DSCRP provincial.
L’étude concerne l’évaluation des potentialités des sous-secteurs des productions végétales, animales, halieutiques, ainsi que des activités non agricoles, relatives au monde rural ; elle procédera ensuite à l ’identification et à l’analyse des contraintes inhibant le développement dans ces domaines, formulera des stratégies pour lever ces contraintes et , sur cette base, formulera des propositions concrètes d’actions prioritaires et de projets à l ’intention des producteurs et autres opérateurs économiques, de la société civile, des pouvoirs publics ainsi que des bailleurs de fonds , principalement la Commission européenne.
L’étude s’appuiera sur les travaux récents du BCECO/Banque mondiale sur les cultures de rente dont le palmier à huile qui fût jadis un pilier majeur de l’économie du Bandundu. Elle exploitera également les résultats des études actuellement menées dans 5 provinces dont le Bandundu dans le cadre du Projet GCP/DRC/ 031/BEL : études des filières des principales cultures vivrières (manioc, banane, maïs, riz) visant à déterminer leur rentabilité à divers niveaux – production, conditionnement, commercialisation, et interactions entre principaux acteurs impliqués; enquête socioéconomique dont l’objet principal et d’évaluer, pour les ménage ruraux, les contraintes d’accès aux facteurs productifs –terre, capital physique et financier, mais aussi capital humain et social sous forme de formation professionnelle et l ’accès à l’information, appartenance à des associations à intérêt économique et/ou social.
L’étude s’appuiera sur un processus participatif impliquant toutes les catégories d’acteurs et examinera toutes les thématiques liées à la production agricole et aux circuits de commercialisation. Ce processus participatif sera concrétisé par la tenue d’une table ronde sur l’agriculture du Bandundu (à l’instar de celle du Katanga évoquée plus haut) qui définira, sur base de l’étude et d’autres travaux, ainsi que des consultations élargies, les priorités et les grands axes stratégiques du programme agricole provincial, en tenant compte des moyens disponibles ou potentiellement disponibles.
Ces priorités pourront constituer une base d’action sectorielle pour les futures actions de la Commission Européenne et d’autres bailleurs de fonds dans la province du Bandundu. L’administration provinciale disposera, à travers ce portefeuille d’actions prioritaires et de propositions de projets, d’un outil concret de recherche de financement, tant public que privé.
La table ronde sera précédée par la tenue d’ateliers dans quatre districts (3 futures provinces), qui devra déboucher sur :
- Une meilleure compréhension de la situation, de la conduite et de la performance de systèmes de production et de la commercialisation des produits vivriers pour les divers marchés de façon à mettre en évidence leurs points faibles et de pouvoir recommander des politiques, des investissements et des actions qui l’améliorent.
- Une appropriation de ces constats et des solutions proposées par les représentants de la population, des exploitants et des structures administratives.
- Des stratégies permettant d’asseoir la sécurité alimentaire, l’accroissement des revenus des paysans et l’amélioration des conditions de vie des populations; La table ronde sur l’agriculture de la province de Bandundu n’est pas un recueil de recettes. Il donne à tous les agriculteurs, membres des comités de districts/provinciaux ou non, des initiatives, des responsabilités, des moyens ; à eux de réfléchir à leurs problèmes, et d’imaginer les solutions à présenter.
Le programme agricole de la province du Bandundu sera fondé sur une approche multidisciplinaire et multisectorielle (farming system approach) et s’inscrira dans une perspective cohérente de développement durable. L’accent portera sur ce qui se passe avant et après les étapes de production et sur l’impact potentiel sur les autres secteurs économiques (volets extra- agricoles).
Objectifs
- Objectif global : renforcer la sécurité alimentaire et contribuer de manière durable à la réduction de l a pauvreté dans la Province du Bandundu.
- Objectifs spécifiques : élaborer un programme agricole provincial visant à relancer, sur une base durable, les productions végétales, animales et halieutiques ; ouvrir/assainir les circuits de commercialisation ; stimuler les activités productives extra agricoles du monde rural.
1. Résultats attendus
- La problématique du secteur dans la province et les districts est décrite et des solutions pratiques sont proposées
- Un plan d’action provincial est établi, validé et approprié par les acteurs
- Le rôle des différents acteurs est défini
- Des priorités sont identifiées et font l’objet de demandes de financement
- Des structures de suivi-évaluation sont mises en place
Méthodologie
L’atteinte de l’objectif spécifique nécessitera plusieurs étapes, certaines pouvant se dérouler simultanément :
- Des études sectorielles/thématiques complémentaires menées par des consultants dans les différents districts de la province du Bandundu
- Un rapport synthétique
- Des ateliers de discussions et de validation organisés dans les 4 districts avec la représentation de tous les acteurs. Les priorités par district sont identifiées.
- Une table ronde provinciale est organisée pour valider et amender le rapport de synthèse. L’ensemble des acteurs est représenté.
- Un rapport final est produit identifiant des actions prioritaires.
- Un programme agricole provincial est proposé à l’administration, aux opérateurs économiques et aux bailleurs de fonds.
- L’administration, les opérateurs économiques valident le programme agricole (plan triennal/ quinquennal) de la province du Bandundu par un processus participatif
- Un portefeuille de projets prioritaire est conçu et proposé au financement (public et privé).
Un ensemble de consultants locaux réalisera les différentes études sectorielles. Un de ces consultants sera coordonnateur de l’étude globale, responsable des synthèses préparatoires aux différentes tables rondes. Les missions de terrain seront réalisées conjointement entre les différents consultants par soucis de rationalisation et d’économie. Un consultant international contribuera au lancement de l’étude et à la finalisation du document de synthèse ; il rédigera le programme agricole provincial et le portefeuille de projets à financer.
Composition de la mission : Sept consultants seront mobilisés pour la réalisation de cette étude.
1. Expert International Chargé du lancement de l’étude sur le terrain, de la finalisation du document de synthèse et de la rédaction programme agricole provincial, document à valider par le Gouvernement et les opérateurs économiques). Il sera également responsable de la rédaction de fiches succinctes et de la budgétisation des projets prioritaires définis lors des tables rondes sous la forme d’un portefeuille de projets.
Durée : 45 jours (comprenant deux missions sur le terrain).
2. Expert national chargé de la coordination globale et de l’étude sectorielle sur les cultures vivrières, chargé de la mise en forme de la synthèse finale et la finalisation du portefeuille des projets avec l’expert international. Cet expert est choisi notamment selon sa capacité à faire le lien entre le processus en cours en province et les groupes de contacts spécifiques à Kinshasa ; idéalement, c’est un agent du Ministère de l’Agriculture.
Durée : 120 jours. Suivi des recommandations des tables rondes. (MINAGRI)
Les 5 experts nationaux sont choisis au sein des projets, ONG les plus représentatives au dans la province.
3. Expert national chargé de l’étude sectorielle sur les cultures de rentes Durée : 45 jours (CDI-IRM-SECID)
4. Expert national chargé de l’étude des productions animales et halieutiques
Durée : 45 jours. (SENADEP-IRM– CAVTK- Dév.Rural) ASES
5. Expert national chargé de la dynamique communautaire et du « gender ».
Durée : 45 jours (ASES-INADES-SNV-CADIM)
6. Expert national chargé de l’étude sur les infrastructures, l’énergie, la
commercialisation, la transformation et le transport.
Durée : 45 jours. (DVDA (Dév. Rural), Experts ou la CTB, CDI)
7. Expert national chargé de l’étude du contexte institutionnel (fiscalité, foncier, formation, tracasseries, etc.)
Durée : 45 jours. (ANAPI, Groupe contact fiscalité)
Plan de travail
Merci de contacter la rédaction ou le Ministère de l’Agriculture pour obtenir le dossier complet de cette étude et avec le budget tel qu’il se présente.
La Voix du Congo Profond n°0 janvier 2007 p. 3

