Bien connaître le VIH-SIDA
Un article de Ngoma.
HIV/SIDA
Madame Madeleine Lumpungu Kasongo : Coordonnatrice de la cellule de lutte contre le VIH/SIDA et les IST du Ministère de l’Agriculture
La RDC est un pays dont la population est en grande partie constituée des agriculteurs, pêcheurs et éleveurs soit 70 %. Il est par ailleurs démontré qu’une augmentation de 10 % de la production agricole peut se traduire par une diminution de plus de 7 % du nombre de personnes vivant sous un seuil de la pauvreté (2). Des lors, il est fondé d’accorder la primauté au secteur agricole dans la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, et la lutte contre la pandémie du VIH/SIDA pour la relance de l’économie en République Démocratique du Congo en général et du secteur agricole en particulier. L’impact nocif de la pandémie s’attaque à la tranche de la population la plus productive. Elle demeure prédominante dans une couche sociale active. A long terme, ses ravages sévères plongent la population agricole dans le désespoir, d’autant plus que la force de redressement s’affaiblit, la production et les revenus baissent depuis plus de deux décennies.
Cette situation si pandémique demeure tributaire de plusieurs contraintes dont notamment
- L’épidémie de VlH / SlDA
- La précocité des relations sexuelles chez les jeunes agriculteurs non informés ou très peu informés qui véhiculent le VIH / SIDA ;
- D es agressions sexuelles de la part des bandes armées sur les femmes sur qui repose la charge de production maraîchère et vivrière ;
- Les violences et les violations des jeunes paysannes dans l’incapacité de négocier les rapports sexuels ;
- Le harcèlement sexuel de la part des adultes et des pairs;
- L’absence de moyens de protections ;
- La non implication des agriculteurs dans la prévention contre le VIH / SIDA ;
- Les rapports sexuels précoces avec multiples partenaires ;
- Manque des services de vulgarisation et d’encadrement dans le milieu des agriculteurs sur la pandémie VIH/SIDA et les IST
- Mélange des civils aux forces armées ;
- Transmission du VIH / SIDA à l’enfant par la mère non informée sur la pandémie.
Problématique du VIH / SIDA La République Démocratique du Congo sort de plusieurs années de conflit ayant provoqué une dégradation générale du système de santé publique. Les premiers cas de VIH/SIDA ont été déclarés en RDC en 1983 à l’hôpital Maman Yemo de Kinshasa. Depuis cette date, la maladie n’a cessé d’évoluer et continue à faire des ravages importants, surtout parmi la population active. La situation de guerre que connaît le pays depuis août 1998 ne fait qu’aggraver l’expansion de l’épidémie et l’impact socio-économique sur les individus, les familles et la communauté congolaise. Un secteur agricole sain est une priorité pour le bien-être et l’autosuffisance des pays. De l’agriculture dépendent la sécurité alimentaire, le sort de l’économie nationale et la permanence des atouts environnementaux. Selon l’ONU SIDA , elle représente en Afrique 24 % du produit intérieur brut, 40 % des recettes en devises et 70 % des emplois. En 2000 plus de 430 millions d’Africains (environ 56 % de la population) étaient employés dans l’agriculture. Dans notre pays, l’épidémie sape la base agricole ; infectant puis tuant prématurément de nombreux travailleurs agricoles. Il s’ensuit une perte en main d’oeuvre, une diminution des revenus agricoles et des biens domestiques et un abaissement du niveau de sécurité alimentaire des foyers. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO ) estime qu’en 2020, la majorité les pays d’Afrique Australe auront perdu un cinquième au moins de leurs travailleurs agricoles (Villareal 2003 ; FAO , 2003).
Qu’est-ce que le Sida ?
VIH veut dire « Virus d’Immunodéficience Humaine. Le VIH est un virus responsable du SIDA . Il affaiblit notre système immunitaire, c’est-à-dire les défenses naturelles du corps contre les organismes qui provoquent les maladies. Une personne vivant avec le VIH peut toujours paraître et se tenir en bonne santé. Elle peut continuer à mener ses activités quotidiennes. Les personnes infectées par le VIH peuvent ne pas avoir de symptômes apparents de la maladie et peuvent donc contaminer d’autres sans le savoir. SIDA signifie Syndrome d’Immunodéficience Acquise Syndrome: Signifie un ensemble de signes ou de symptômes résultant d’une cause commune ou apparaissant en combinaison et se présentant comme une manifestation responsable d’une maladie. Immuno: Signifie le système de défense naturelle du corps qui le protège contre les organismes responsables des maladies. Déficience: Décrit l’absence de réaction du système immunitaire face aux organismes qui affaiblissent la capacité du corps à se protéger contre les maladies. Acquise: Signifie que c’est le résultat du contact de la personne avec source extérieure, par exemple des partenaires sexuels. Saviez-vous que …
- Le SIDA est provoqué par un virus appelé VI H qui s’attache au système immunitaire de l’organisme et finit par le détruire
- U ne personne a le sida lorsque le virus a causé suffisamment de dommage au système immunitaire pour permettre aux infections et autres maladies de se développer
- De telles infections rendent la personne malade et entrainent sa mort
- Pour chaque personne diagnostiquée porteuse du Sida, il y a plusieurs qui sont infectées par le VI H sans le savoir
- O n ne sait pas combien de temps il faudra pour que les personnes infectées par le virus développent le Sida mais l’on estime que de 25 à 50 % développeront le Sida dans les cinq à dix ans qui suivent d’infection
- Actuellement, il y pas de vaccin ou de remède contre le Sida, bien que des vaccins et plusieurs médicaments soient à l’essai
1. Problématique du V IH / SIDA Pourquoi parler du SIDA, alors que d’autres maladies telles que le paludisme, la tuberculose font rage et tuent par millier ? En voici les raisons :
- 1. le SIDA est une maladie mortelle et incurable ;
- 2. le SIDA n’a pas de vaccin pour prévenir, pas de médicaments pour guérir ;
- 3. le VIH/SIDA s’attaque à la tranche de la population à plus productive sur le plan économique et démographique. De ce fait, il constitue une menace pour le développement
et la prospérité ;
- 4. le VIH/SIDA emprunte plus la voie sexuelle pour transmettre d’un individu à l’autre alors que c’est la même voie utilisée pour la transmission de la vie humaine ;
- 5. l’infection à VIH n’est pas contagieuse, mais transmissible, c’est-à-dire que l’adoption d’un comportement responsable peut renverser la chaîne de transmission ;
- 6. la population doit savoir que le SIDA n’est pas un mythe, n’est pas une punition de Dieu, n’est pas une malédiction familiale, n’est pas un mauvais sort social, n’est pas un envoûtement.
2. L’ampleur du SIDA - Moyenne de séroprévalence en RDC est de 5 %, soit 1 personne sur 20 est porteuse du virus du SIDA ;
- 5.000.000 nouveaux cas sont signalés chaque année au moins soit 10 personnes sont infectées à chaque minute à travers le monde ;
- 3.000.000 de personnes décèdent du Sida chaque année soit 6 décès par minute à travers le monde. Chez nous en RDC, voici le taux de prévalence de chaque province (2004) :
1. Katanga : 7,9 % 2. Kasaï-Oriental : 6,6 % 3. Kasaï-Occidental : 1,8 % 4. Province Orientale : 6,2 % 5. Nord-Kivu : 5,8 % 6. Bas-Congo : 5,7 % 7. Equateur : 5,2 % 8. Maniema : 3,9 % 9. Kinshasa : 3,8 % 10. Sud-Kivu : 3,2 % 11. Bandundu : 2,5 % Les pays qui nous entourent : Zambie : 27,6 % Ouganda : 27,6 % Burundi : 23,2 % Rwanda : 23,2 % Angola : 19,8 % RCA : 12,8% Congo Brazzaville : 6 % Soudan : 5 % Le pays de contacts faciles Zimbabwe 25 % Afrique du Sud 19,9 % Kenya 15 %
Impact du SIDA L’impact du SIDA est extrêmement complexe, il est multidimensionnel et s’exerce à des nombreux niveaux :
- Sur l’individu : physique, psychologique, moral, social, juridique, économique, effectif ;
- Sur la famille d’une personne infectée avec la prise en charge ;
- Sur la communauté : les ménages, la production, le système économique et sur la reproduction.
La partie de la population la plus atteinte est celle comprise entre 20 et 49 ans : c’est la main-d’oeuvre, c’est la force de production. Pour juguler cet impact ; il faut que chaque individu adopte un comportement responsable pouvant mettre fin à la propagation de la contamination. Il faut créer un environnement sain à tous les égards en adoptant un comportement sans risque de contamination et en prenant en charge les IST et les victimes actuelles du SIDA.
Mode de transmission 1. Voie sexuelle : 80 % des cas passent par cette voie
- rapports hétérosexuels non protégés
- activité homosexuelle masculine et féminine sans
préservatif (sécrétion entrent en contact avec l’organe traumatisé du partenaire
- contact bouche, organe génitaux, anus
2. Voie sanguine ;
- transfusion sanguine
- utilisation en commun des objets souillés de sang
infectés
- hémophiles
- baiser profond
3. Voie périnatale (de la mère infectée à l’enfant)
- Une femme enceinte peut transmettre le virus à son bébé au 3e mois ou pendant l’accouchement
- Pendant l’allaitement
Facteurs contribuant à la propagation du VIH / SIDA
- Le lévirat : hériter l’épouse du défunt frère aîné.
- Le sororat : la petite soeur remplace la soeur aînée.
- La pauvreté avec son corollaire de phénomènes chez des hommes surtout en milieu urbain.
- Les mouvements de population suite à la guerre.
- Le trafic sur les populations des pays à forte prévalence sérologique négatives.
- Ouverture sur la mer et les grands fleuves.
Tous ces acteurs contribuent à propager l’infection et à rendre davantage vulnérables les populations rurales et urbaines sur tout les femmes et les enfants.
Les moyens de prévention 1. Les moyens de prévention en rapport avec les voies de transmission sont :
- a) La voie sanguine
- exiger du sang préalablement testé négatif
- exiger les objets blessants neufs, stérilisés et personnels
- b) La voie sexuelle
- l’abstinence sexuelle, c’est la méthode la plus efficace pour prévenir le VIH/SIDA
- la bonne fidélité : réciproque ou mutuelle entre deux partenaires non infectés
- le préservatif : vérifier la date de la fabrication avant l’utilisation, l’utiliser correctement et
systématiquement avant chaque rapport
Les valeurs culturelles, religieuses et sociales qu’ont forgé les opinions et les pratiques concernant les rapports sexuels et l’autorisation du préservatif. Il est souhaitable de négocier l’utilisation du préservatif avant de prendre la décision de passer à l’acte sexuel, sans intimidation ni menaces.
- c) La voie périnatale
- Déconseiller aux femmes séropositives de porter une grossesse
2. Le dépistage volontaire : très important Le Conseil et Dépistage Volontaire (CDV) est une stratégie très importante dans la lutte contre le VIH / SIDA. C’est une charnière entre la prévention et la prise en charge.
Avantages de subir un test de dépistage
- Savoir et confirmer son état sérologique vis-à-vis du VIH / SIDA : le test met fin à la préoccupation vu son état sérologique et permet de savoir si on est infecté ou non ;
- Test avant mariage : avant le mariage, cela permet au couple de savoir qu’ils auront des enfants qui ne seront pas infectés s’ils continuent à éviter l’infection. Il s’agit du test prénuptial demandé par le couple lui-même et ne peut être imposé ;
- Vivre plus longtemps pour ceux qui se découvrent qu’ils sont séropositifs car ils auront la possibilité de s’organiser le reste de leur vie, d’éviter de prendre de nouveau risques en changent de comportement ;
- Prise en charge médicale précoce : la connaissance de sa séropositivité conduit à se faire soigner rapidement au moindre signe de la maladie. Cela permet l’amélioration de la qualité de la vie.
La Voix du Congo Profond n°0 janvier 2007 p. 7
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