C’est quoi, le réchauffement du climat ?

Un article de Ngoma.

Le Soir 09/12/2009


Entre l’immense majorité de la communauté scientifique et ceux qui ne croient pas au réchauffement climatique ou à son origine humaine, la polémique est d’une incroyable violence et aucun coup bas n’est exclu.

Entre l’immense majorité de la communauté scientifique et ceux qui ne croient pas au réchauffement climatique ou à son origine humaine, la polémique est d’une incroyable violence et aucun coup bas n’est exclu. D’un côté : recherches financées en sous-main par des groupes pétroliers, vols de courriels, présence massive sur les forums internet et dans les blogs, manipulation des données… De l’autre, crispation sur les résultats des études, mise au ban des négateurs. Et au centre, l’opinion déboussolée, sceptique et parfois trop heureuse de penser à rebrousse-poil en invoquant l’un ou l’autre complot.

Les études scientifiques sur le climat sont synthétisées dans les rapports du Giec, le groupe intergouvernemental d’experts sur le climat. Celui-ci ne réalise pas de recherche mais se base sur les travaux de milliers d’experts de plusieurs disciplines scientifiques. Le point.

Y a-t-il un réchauffement ?

La Planète se réchauffe, c’est « irréfutable ». Les mesures montrent que la surface de la Terre s’est réchauffée en moyenne de 0,74º au XXe siècle. L’essentiel de cet accroissement (0,6º) a eu lieu depuis le début des années 70. Signe d’accélération du phénomène. Par ailleurs, cette moyenne masque d’importantes disparités. Si le centre de certains océans s’est refroidi, les zones polaires, elles, se sont réchauffées de 2 à 4º. Et les prévisions évoquent un accroissement de la température globale de 0,2º par décennie si aucune mesure n’est prise. Selon les scénarios d’émissions de gaz, les études scientifiques compilées par le Giec prévoient que la température moyenne augmentera de 1,1 à 6,4 degrés en 2100 (par rapport au niveau pré-industriel de 1750). Quant au niveau moyen des mers, il a monté de 17 cm et poursuit son expansion avec une hausse de 3 mm par an. Peu de chose ? Les impacts sont déjà sensibles aujourd’hui (voir plus loin).

Quelle en est la cause ?

« Très vraisemblablement » (une certitude à 90 %) les émissions de gaz à effet de serre, principalement le CO2. La concentration de dioxyde de carbone était de 280 ppm (parties par million en volume, soit 280 cm3 par m3 d’air) avant l’ère industrielle. Elle a atteint 379 ppm en 2005. Elle est environ de 388 aujourd’hui. Au cours des 800.000 dernières années, elle n’a que rarement dépassé 300 ppm. La corrélation entre l’augmentation des gaz à effet de serre et la hausse des températures a toujours été quasi parfaite. L’autre souci est la rapidité du phénomène. En un siècle, l’émission annuelle de gaz carbonique a été multipliée par 17.

Qui sont ces gaz à effet de serre et d’où viennent-ils ?

Ils sont six. Le principal est le CO2 (dioxyde de carbone). L’homme en produit essentiellement par la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), les transports, les bâtiments et l’industrie. Mais on estime qu’un tiers des émissions humaines de CO2 est causé par la déforestation. Les autres gaz sont le méthane (CH4) provenant des activités agricoles, de l’élevage, des ruminants, du riz et des décharges d’ordure ; le protoxyde d’azote (N2O) issu des engrais azotés et de divers procédés chimiques ; et les gaz fluorés – les hydrofluorocarbones (HFC), les perfluorocarbones (PFC), surtout des gaz réfrigérants utilisés par les climatiseurs, et l’hexafluoride de soufre (SF6).

L’activité solaire cause-t-elle le réchauffement ?

A l’inverse des gaz à effet de serre, l’activité du soleil – actuellement à un niveau très bas – contribue faiblement au réchauffement. En termes techniques, le coefficient de « forçage radiatif » est de 0,12 pour le soleil, 1,66 pour le CO2, 0,48 pour le méthane et 0,34 pour les gaz fluorés.

L’homme en est-il responsable ? On peut lui attribuer « la presque totalité du réchauffement », répond le climatologue de l’UCL André Berger. Certes, les principaux producteurs de gaz à effet de serre sont les océans, les sols et les forêts. Mais jusqu’à présent, ils étaient autant « absorbeurs » qu’« émetteurs » d’émissions. Et ils nous offraient en plus la générosité d’absorber environ la moitié des émissions d’origine humaine. Mais bien que proportionnellement faibles (4 % du total), les émissions d’origine humaine n’ont fait qu’augmenter. Petit à petit, les océans et les forêts ne peuvent pas suivre le rythme et absorber l’excédent. Pire, au-delà d’une certaine hausse, ces « puits » pourraient devenir émetteurs nets de CO2 et de méthane.

La concentration de gaz dans l’atmosphère augmente rapidement pour quatre raisons. Les deux premières sont la croissance économique continue au profit d’une population de plus en plus nombreuse, combinée avec une grande « intensité en carbone », c’est-à-dire basée sur la combustion d’énergies fossiles productrices de CO2 (pétrole, gaz, charbon, 97 % du CO2 émis). La troisième raison de l’augmentation de la concentration de CO2 est l’affaiblissement de l’efficacité des « piégeurs de carbone » que sont les océans et les forêts. Cette baisse de régime est plus importante qu’on ne le prévoyait. Enfin, l’homme a aussi créé avec les halocarbures des gaz de synthèse artificiels contribuant à l’effet de serre.

Quels sont ses impacts aujourd’hui ?

L’augmentation moyenne de 0,8º a déjà des impacts visibles. Le plus spectaculaire est sans doute la fonte des calottes glaciaires, la diminution de la couche neigeuse et le recul des glaciers. La glace d’été en Arctique a fortement diminué. Et il semble que la calotte continuerait à fondre même en hiver. La fonte des glaces polaires contribue à l’élévation du niveau des mers. Celle des glaciers prive les territoires en contrebas d’une eau douce indispensable à la biodiversité mais surtout à la vie humaine. Le réchauffement des températures affecte également le rendement des céréales (maïs, froment et blé).

Qu’est-ce qu’on ne sait pas ?

Pas mal de choses en fait, ce qui explique la prudence du Giec qui publie des fourchettes très larges ne tenant parfois pas compte d’éléments fondamentaux comme l’impact de la fonte des calottes glaciaires sur l’élévation du niveau des mers. On étudie encore l’effet radiatif des aérosols, les interactions entre la biosphère et l’atmosphère ainsi que la dynamique de la circulation océanique et son comportement en cas d’arrivée massive d’eau douce dans l’eau salée. L’impact du climat sur les pluies et sur les événements climatiques extrêmes est aussi à l’examen. Le climat terrestre est une machine à la fois très délicate et très complexe dont personne ne prétend connaître le fin mot.

MICHEL DE MUELENAERE

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