Emission de vulgarisation : Le SIDA parmi nous
Un article de Ngoma.
Thème : Le SIDA parmi nous Invité : Laure Kitanu (Personne Vivant avec le Virus) Durée : 20 min Annonce Amis auditeurs bonjour, En ce mois de décembre, mois consacré à la lutte contre le SIDA, nous nous faisons le devoir de parler de cette maladie, aujourd’hui devenu la principale cause de décès d’adultes actifs en Afrique subsaharienne. On le constate tous, le sida ne cesse de faire des victimes dans les grandes villes, mais également en milieu rural. Les discours des spécialistes sur le VIH, on les entend beaucoup.
En ce jour nous avons choisi de tendre notre micro à quelqu’un qui vit réellement le SIDA. C’est une femme, mère de cinq enfants. Elle a le virus du SIDA et elle mène une vie normale. Son temps, elle le consacre désormais aux activités de lutte contre le SIDA. Laure Kitanu c’est ainsi qu’elle s’appelle est présidente de l’ASPVV, l’Association s’occupant des PVV. Elle nous raconte la vie de séropositive qu’elle mène.
Mesdames et messieurs, bienvenus à cette émission.
Entretien
1. Madame Laure Kitanu, bonjour. Vous êtes PVV, c’est à dire que personne vivante avec le VIH, depuis quand avez vous découvert que vous aviez le virus du SIDA ?
Voici maintenant 6 ans depuis que j’ai découvert que j’étais infecté du SIDA.
2. Comment l’avez vous découvert ?
Je suis allé faire teste de dépistage ensemble avec mon mari, c’est là qu’on nous dira qu’on est atteint du Sida. Déjà le fait d’apprendre cette nouvelle m’a profondément choqué, j’en ai beaucoup souffert. J’ai pleuré pendant des heures et des heures.
3. Qu’est ce qui vous a emmené à faire ce test ?
Pendant près de trois mois notre fille est resté malade, elle avait beaucoup maigri, c’est ainsi que le médecin qui la soignait nous a recommandé un test de dépistage de virus du sida pour elle, mais aussi pour nous ses parents. Le test à révélé que ma fille était atteinte et nous, ses parents aussi. Je pense que c’est moi qui a contaminé ma fille. Elle a été transfusé une fois avec mon sang.
4. Et comment avait réagit votre mari?
Il ne savait pas comment réagir. C’était un petit coureur de jupon. Quand on a reçu la nouvelle, c’est vrai qu’il était également triste, mais il se sentait peut être trop coupable et il n’a montré aucune autre réaction. Moi par contre je n’ai cessé de pleurer. On nous a immédiatement amené chez des personnes qui devaient nous aider avec des conseils pour nous aider a traverser cette épreuve difficile.
5. Je pense que vous avez condamné votre mari qui aurait par ses nombreuses aventures hors du mariage, amené le SIDA dans le foyer ?
Non, je ne me suis pas donné le temps de condamner mon mari. Je suis chrétienne et j’ai seulement rendu grâce à Dieu. Vous savez, il y a beaucoup de personne qui ont attrapé le SIDA, qui sont morte juste après, moi j’ai la change de vivre encore. Ma fille est morte c’est vrai, et je pense que c’est seulement parce qu’elle avait trop peur de la maladie. Moi j’ai accepté les choses telle qu’elles sont et je vis encore.
6. Comment les choses ont elles évoluées par après. Est-ce que, quand on reçoit une telle nouvelle toute la vie ne s’écroule t-elle pas?
Deux semaines après qu’on nous ait annoncé la nouvelle on est allé au CTA, une centre qui se trouve sur l’avenue KABINDA dans la commune de Kinshasa, et où sont pris en charges les personnes atteintes du Sida. Là-bas ils ont fait plusieurs examens médicaux, et après on nous a mis sous cure permanente de Bactrimes.
7. Comment on fait pour annoncer une telle nouvelle à ses proches? Est-ce que vous l’avez dit à votre famille et est-ce que votre mari l’aégalement annoncé à sa famille?
Les deux familles n’ont pas été informées immédiatement. A Kinshasa les gens réagissent souvent mal quand elles apprennent qu’une personne est atteinte du SIDA. On la méprise et on la critique sans arrêt. C’est comme ça que nous avions jugé bon de ne rien leur dire.
8. Racontez nous la suite. Il est vrai que quelques temps après la mort de votre fille, votre mari est mort également.
Au début on avait trouvé un moyen de vivre normalement. Un temps après, mon mari commençait à être malade et bien qu’on avait décidé de ne rien dire à nos proches, certains ont fini par le découvrir. Mon mari est mort, sa famille m’a abandonné toute seule avec les enfants. Ils nous ont pris tous nos biens, même les plus petits ustensiles de cuisine et mes habits. J’ai fini par trouver une petite maison et je me suis réinstallée toute seule avec mes enfants et je me suis décidée de vivre une vie normale. Depuis plus de 3 ans, je ne vois plus personne, ni les membres de ma belle famille, ni les membres de ma famille.
9. Voici déjà plus de 5 ans depuis le jour où on vous a annoncé que vous êtes séropositive. Vous ne montrez aucun signe de maladie. Comment vous faites pour vous maintenir en bonne santé?
Je prends des médicaments, j’ai pris des Bactrimes pendant longtemps mais maintenant, je suis également sous ARV. Je les prends matins et soir. Le matin je les prends à 8 heures et le soir je les prends à 20 heures, et c’est comme ça chaque jours, je ne me donne pas de temps de m’inquiéter de ma situation, je la trouve normale.
10. Les ARV, ce sont les Anti-Rétro-Viraux. Est-il facile de s’en procurer à Kinshasa et ailleurs dans le pays ?
Les médicaments sont distribués gratuitement mais on peut encore améliorer la disponibilité. Avant on nous donnait suffisamment d’ARV pour couvrir une période de deux mois, mais maintenant, on en a plus que pour deux semaines et ce n’est pas facile partout dans le pays d’en avoir. Notre souci est de voir ces produits disponibles dans tout le pays. C’est qui est deja bien c’est que c’est gratuit. C’est sur que si on devait les vendre, personnellement je n’aurais pas eu suffisamment de moyens pour en acheter. A part ces ARV, on nous donne aussi d’autres produits comme des médicaments contre la malaria, quand on se sent faible. Quand il faut se faire transfuser, c’est gratuit pour nous.
11. Laure Kitanu vous diriger une association, l’ASPVV, l’association s’occupant des personnes vivantes avec le virus du SIDA. Comment cetteassociation est-elle née?
Mon mari était encore vivant quand un jour, j’ai entendu comme une voix qui me demandait de créer une association qui encadrerait les personnes qui ont le SIDA et c’est de là que tout est parti.
12. Parlez-nous des activités menées au sein de cette association. Comment on fait pour devenir membre de votre association ?
Notre association compte 20 membres adultes, des personnes adultes atteintes du SIDA. A coté de cela il y a des enfants orphelins du SIDA que nous encadrons, ils sont au nombre de 84. Pour adhérer à notre association il faut simplement nous contacter, venir à nos bureau et se faire enregistrer.
13. Vous étés mère de famille, vous prenez soin de vos enfants comme tout parent. Ont –ils également le SIDA, comme vous ?
Non, mes enfants qui sont resté n’ont pas le SIDA. C’est ce qu’on appelle dans notre jargon des PA: c'est-à-dire personnes affectée. Ils n’ont pas le virus mais parce qu’ils vivent avec moi, leur mère qui est infectée, ils sont quelque part touché par les conséquences de la maladie et ils doivent être encadré pour cela. Les plus grands des mes enfants ce sont des jumeaux: un garçon et une fille. Ils entrent maintenant en période de puberté. Tout dernièrement de leurs ai annoncé que j’avais le SIDA et je leurs ai recommandés un comportement responsable.
Le garçon, je lui ai donné des préservatifs. Je veux qu’il sache que c’est important de se protéger.
14. Les mots pour définir le SIDA, on ne les cherche plus. Vous qui vivez avec le SIDA, que pouvez-vous dire de cette maladie ?
Pour moi le SIDA est une maladie comme toute autre. Les gens meurent bien de la malaria, de la fièvre thyroïde,.. Pourquoi mystifier le SIDA, pourquoi avoir peur du SIDA ?
15. Pour vous quelle est la meilleure façon de lutter contre le SIDA ?
Il est important de se faire dépister, de savoir si vous avez le SIDA ou pas. Beaucoup des gens sont ‘sero-ignorant’. Ils ne connaissent pas leur état sérologique et ça ce n’est pas bien. Si vous êtes sero-negatif, adoptez un comportement responsable. Si vous êtes atteint: ce n’est pas la fin du monde.
16. Madame Kitanu, vous dirigez une association des PVV, quelles sont vos autres activités à part la lutte contre le SIDA.
Dans l’association, nous nous occupons de l’éducationdes enfants orphelins du SIDA. Nous avons obtenus des fonds d’une institution Belge pour prendre en charge la scolarisation de ces 84 enfants de notre association. A part cela nous faisons de l’exploitation agricole. Nous avons une concession de plus de 15 hectares au Plateau de Bateke et cette année on a planté 5 hectares de patates douces que nous allons recoller ce mois ci.
Certaines personnes pensent que la vie s’arrête quand on vous dit que vous avez le SIDA mais moi, je ne le pense pas. On a tous droit à la vie, même quand on est séropositif.
17. Beaucoup de gens ont peur de faire le test de dépistage. Dites- nous quelle est l’avantage de se faire dépister à temps quand on a le virus duSIDA?
Il est très important de passer un test de dépistage. Pourquoi?
Si tu est déjà atteint et que tu te fait dépister avant que le virus ne t’affecte, il y aura encore beaucoup d’anticorps dans ton organisme qui te permettront de lutter contre la maladie. En ce moment le médecin peut tout simplement te prescrire des Bactrimes pour rester en bonne santé et si tu as moins d’anticorps, tu seras mis sous ARV. On peut vivre longtemps comme ça, avec ce traitement.
C’est bien mieux que de rester dans l’ignorance et de se laisser ronger par le virus et attendre de faire de crise de malaria, de thyroïde, ou faire la diarrhée, pour découvrir qu’on est séropositif. Il est aussi important de savoir si on est séropositif pour ne pas mettre en danger la santé d’autres personnes.
18. Quel est votre message à ceux qui sont entrain de nous suivre maintenant
Tout le monde doit trouver le courage de se faire dépister. Aux personnes mariées je dirais de rester fidèle l’un à l’autre.
19. Aujourd’hui dans la lutte contre le SIDA, ont met un accent particulier sur la sensibilisation. Mais un constat vrai est que beaucoup des parents n’arrivent pas encore à parler du SIDA à leurs enfants. Quel conseil pourriez vous leurs donner?
Si vous aimez vos enfants, apprenez les à se préserver du SIDA car le SIDA n’épargne personne. Enseigner leur à s’abstenir ou à utiliser le préservatif. C’est pour le bien de votre famille. 10 Questions sur le VIH/SIDA
1. Qu’est-ce que l’infection par le VIH ? 2. L’infection par le Virus de l’Immuno déficience Humaine (VIH) fait partie des infections sexuellement transmissibles (IST). Le VIH est le virus responsable du SIDA (Syndrome d’Immuno Déficience Acquise). La maladie SIDA est l’étape la plus avancée de l’infection par le VIH.
2. Qu’est-ce que prendre un risque ?
C’est avoir un rapport sexuel sans préservatif avec une personne contaminée par le VIH (séropositive) ou une personne dont on ne sait pas son état sérologique. Il y a également risque si le préservatif glisse ou se rompt. C’est partager du matériel d’injection (seringue...) lors d’un usage de drogue par voie intraveineuse.
3. Comment se transmet le VIH ?
Seules, les sécrétions sexuelles, le sang et le lait maternel sont des vecteurs de transmission du VIH. C’est pourquoi ce virus peut se transmettre : • Lors d’un rapport sexuel sans préservatif avec une personne infectée par le VIH ;• lorsqu’on utilise du matériel d’injection souillé par du sang d’une personne infectée ; • de la mère à son enfant pendant la grossesse, l’accouchement ou lors de l’allaitement. Mais il ne se transmet pas :
- par le don du sang. Lorsqu’on utilise du matériel à usage
unique, on s’expose à aucun risque
- par la salive, les larmes et la sueur. On ne risque
absolument rien en partageant un repas, en buvant dans le verre d’une personne contaminée, en l’embrassant ou en la touchant ;
- par les moustiques ;
- par le piercing et les tatouages à condition que le
matériel utilisé soit bien désinfecté au préalable ou destiné à usage unique.
- Le VIH n’est pas une contamination issue de la sorcellerie
ni du spiritisme.
4. Qu’est-ce qu’être séropositif ? Séronégatif ? Avoir le SIDA ?
Être séronégatif, c’est ne pas être infecté par le VIH. Être séropositif, c’est être infecté par le VIH. La présence du virus dans le corps ne se manifeste pas forcément par des signes particuliers. On peut être séropositif, ne pas le savoir et transmettre le virus à son ou sa partenaire ; Être séropositif nécessite un suivi médical mais n’empêche pas de mener une vie, une scolarité normale. Avoir le sida, c’est l’étape la plus avancée de la maladie.
5. Comment se protéger?
Les préservatifs masculin ou féminin sont les seuls moyens de se protéger et de protéger l’autre des IST et du sida lors des relations sexuelles. Ce sont aussi des moyens de contraception. Les incantations divines (prières, jeûne, sacrifices,...) ne préviennent pas la contamination au VIH.
6. Qu’est-ce que le dépistage ?
Il s’agit d’une démarche libre et volontaire qui permet : • de savoir si l’on est séropositif ou séronégatif ; • d’abandonner l’utilisation du préservatif dans un couple stable si les deux partenaires sont séronégatifs ; • de bénéficier le plus tôt possible d’un suivi médical en cas de test positif, et d’éviter de transmettre le VIH à son/ sa partenaire. Un test de dépistage se fait à partir d’une simple prise de sang. Le résultat du test n’est valable que pour soi-même. Chaque partenaire doit faire son propre test. La consultation et le test sont gratuits et accessibles à tous dans les centres de dépistage volontaire (CDV)
7. En quoi consistent les traitements ?
Il n’y a pas de vaccin contre le VIH. Seuls des médicaments efficaces permettent de ralentir l’évolution de l’infection mais ne la guérissent pas. Un homme ou une femme séropositifs peuvent aujourd’hui avoir des enfants avec assistance médicale à la procréation (PTME). Il existe également un traitement d’urgence si un risque important a été pris (après un cas de viol, par exemple). Dans ce cas, il faut se rendre le plus vite possible dans une consultation de dépistage ou aux urgences d’un hôpital (48 heures au plus tard).
8. Quel est le nombre de personnes infectées par le VIH en RDC ?
En 2007, on estimait le nombre de personnes vivant avec le virus à 1.300.000 en RDC
Dans notre pays et dans le monde la solidarité avec les personnes atteintes est fondamentale. Lutter contre l’indifférence, le rejet, l’exclusion, la discrimination doit faire partie de l’engagement individuel et collectif.
10. Où s’informer ? Où et avec qui en parler?
Dans les centres de santé, dans les centres de dépistage volontaire, dans les centres de jeunes, dans les ONG de prise en charge tels que AMO CONGO Et sur les sites Web suivants: http://www.unaids.org http://www.filsantejeune.com

