Emission de vulgarisation sur la pisciculture
Un article de Ngoma.
ENTRETIEN AVEC MONSIEUR FAUSTIN KADIMA (expert pisciculture)
A coté du fleuve Congo qui traverse le pays du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest, la RDC compte de nombreux cours d’eaux poissonneux. Faut-il citer certains d’eux comme le Lac Upemba, le Lac Moero, ou encore le Lac Tanganyika réputé pour ses nombreuses variétés de poissons et sa grande densité de poissons ?
Non, nul n’est besoin. Même avec toute cette richesse dans nos eaux, les congolais des grandes villes et même ceux des coins plus reculés, consomment du poisson importé. Il est donc nécessaire pour le pays de développer l’activité de pêche, mais aussi de promouvoir la pisciculture:
L’élevage des poissons.
La Voix du Congo Profond parle aujourd’hui de la pisciculture. Notre invité, Faustin Kadima, est ingénieur agronome et expert piscicole.
Questionnaire
1. Notre pays la RDC, a un réseau hydrographique très vaste et poissoneux. Y a-t-il un avantage pour nos populations de faire de la pisciculture, alors qu’ils peuvent aussi bien pêcher du poisson directement dans le fleuve, dans nos lacs et nos rivières ?
Je pense qu’avoir des cours d’eau poissonneux ne suffit pas. Il faut encore avoir la possibilité de pêcher facilement ces poissons. Dans notre pays c’est la pêche qui pose des problèmes. Elle n’est pas très développée. C’est une activité encore pratiquée de manière traditionnelle et artisanale. Seules les populations riveraines arrivent à consommer ces poissons alors que le pays est très grand et la demande de poissons très forte. C’est justement cette forte demande qui fait que le prix de vente du poisson frais ne soit pas à la porté de toutes les bourses. La pisciculture est justement une solution à cela. Si on arrive à développer cette activité, on aura plus de poisson frais dans nos marchés et ce poisson sera vendu à un prix plus bas.
2. Par où faut-il commencer si on veut faire de la pisciculture?
Pour faire la pisciculture, il faut d’abord acquérir des connaissances de base sur cette activité. Cela est possible que par une petite formation. On peut également faire ses premiers pas en pisciculture avec l’accompagnement d’un technicien piscicole qui vous apportera régulièrement des conseils et vous aidera à bien évoluer dans cette activité.
Au delà de ceci, la pisciculture c’est l’élevage de poissons comme on le sait tous, donc faire cette activité suppose pourvoir compter sur un cours d’eau qui pourra approvisionner vos étangs en eaux. Il faut également que la vallée où vous allez creuser vos étangs puisse, par sa forme, faciliter l’aménagement des étangs.
3. La pisciculture semble être une forme d’élevage très exigeante, faut-il beaucoup de moyens pour la pratiquer?
Non, pas du tout. Il y a la pisciculture intensive, la pisciculture semi-intensive et la pisciculture extensive. De manière générale, c’est la pisciculture extensive qu’on pratique dans le pays et cette forme de pisciculture ne demande pas beaucoup de moyens, il faut juste réunir la main d’œuvre qui va vous aider à terrasser les étangs et il faut aussi réunir des moyens matériels c’est à dire des petits outils aratoires : houes, bêches, machettes, haches, etc.
4. Y a-t-il une période favorable dans l’année pour creuser des étangs ?
Il est plus facile de creuser les étangs pendant la saison sèche parce qu’on travaille plus tranquillement, on n’est pas dérangé par les pluies qui pourraient venir remplir d’eau les étangs en aménagement. Notons par ailleurs que selon leurs modes d’aménagement, il y a 2 sortes d’étangs: les étangs de déblai qui sont fait en creusant dans la terre ferme et les étangs de remblais où l’on construit simplement des digues autour de l’emplacement choisis pour son étang. Ainsi, pour les étangs de remblais, il faut traverser une période de pluies pour vérifier la résistance des digues.
5. Quelles sont les principales parties d’un étang, et quel rôle joue chaque partie ?
Nous avons premièrement la berge. C’est cette partie à l’intérieur de l’étang où repose l’eau. C’est là que sont façonnés les nids de poissons. C’est l’une des parties essentielles de l’étang parce que s’il n’y a pas de bonne berge, il n’y aura pas non plus de bonne production d’alevin.
La banquette c’est la partie tout autour de l’étang. Elle doit avoir une largeur de 1.50 mètre minimum. Nous avons également les tuyaux d’adduction d’eau et les tuyaux de vidange. Ils doivent être placés bien au milieu de l’étang. Le tuyau d’adduction permet d’approvisionner l’étang en eau et le tuyau de vidange aide à évacuer facilement l’eau de l’étang, après une période donnée. C’est cette période qu’on appelle le cycle de l’élevage.
6. Quelles sont les autres étapes à suivre?
On approvisionne son étang en eau. A ce niveau, il y a un choix à faire, soit on travaille en eau claire, soit on travaille en eau verte. Pour la pisciculture semi-intensive et la pisciculture extensive, il est recommandé de travailler en eau verte. Et l’eau de l’étang est rendue verte après fertilisation.
Vous devez donc commencer par fertiliser votre bassin en apportant du fumier et d’autres matières végétales que vous placez dans la compotière, c’est ça qui va faire en sorte que les benthos et les planctons puissent se multiplier dans l’eau, c’est ces minuscules êtres vivants que les poissons mangent.
C’est déjà une première nourriture que vous apportez dans l’étang. Il est important de se rassurer que l’eau est bien rendu fertile avant de pouvoir empoissonner l’étang.
7. Quelle espèce de poisson conseillez- vous de mettre dans les étangs ?
Dans notre pays la RDC, il y a toute une diversité de poissons d’élevage, mais il faut dire qu’on a des bons résultats quand on élève en association les tilapias et les clarias gariapinus appelé communément piki ,« ngolo » en lingala.
8. Où peut-on trouver des alevins pour démarrer la pisciculture?
Il faut aller dans des centres d’alevinage. On en trouve quelques-uns dans le pays. Le CADIM au Plateau de Bateke par exemple, a une bonne souche de Tilapia qu’ils ont fait venir de Tiange en Belgique et des clarias. Si vous pouvez avoir ce genre d’alevins, vous pouvez démarrer votre élevage de poisson.
9. Est-il mieux de commencer avec des gros poissons ou avec des alevins ?
Il faut faire attention, quand vous mettez déjà des gros poissons dans vos étangs au début. Il y a beaucoup de chance qu’ils puissent passer à la casserole après quelques jours, surtout quand il s’agit d’une pisciculture familiale. Un poisson de 100 g est déjà consommable donc vous risquez de vous retrouver avec un étang vide après une semaine!
Une fois que vous avez des alevins, il faut les « sexer », c'est-à-dire séparer les males des femelles. Les males seront engraissés. Ils ont l’avantage de gagner plus vite en poids que les femelles. C’est tout à fait naturel parce que les femelles passent tout le temps à incuber les œufs dans la bouche. Elles n’ont pas le temps de manger beaucoup et par conséquent, elles gagnent très peu en poids.
Donc les males que vous séparez des femelles, vous les mettez dans un autre étang à raison de 2 petits poissons par mètre carré. Il faut prendre la précaution de les associer à un poisson régulateur de population comme le clarias et même le paracanas qu’on appelle en lingala « mungusu ». L’avantage pour le clarias est qu’il est omnivore, il peut en même temps réguler la population des tilapias et corriger
les éventuels erreurs de sexage parce que quand on sexe, il peut se glisser une ou deux femelles et la reproduction va reprendre après un temps.
10.Vous parlez de poisson régulateur de population, mais dites nous pourquoi il est nécessaire de mettre dans un étang un poisson régulateur de population? Si vous laissez les males et femelles ensemble, ils se multiplient sans cesse et ils arrivent vite à la surpopulation. Et quand il y a surpopulation, il y a la compétition pour la nourriture. Quand les poissons ne mangent plus à leurs faim, ils ne peuvent pas prendre du poids et leur croissance est freinée. Conséquence : vous n’aurez pas de poissons de bonne taille.
Le poisson régulateur de population mange les tout petits alevins qui viennent de naitre et cela permet de maintenir en équilibre de la population de poissons dans votre étang.
11. Comment nourrir correctement les poissons élevés dans les étangs ?
Ils se nourrissent généralement des particules fines dissoutes dans l’eau et des êtres vivants, des macros invertébrées. Il y a par exemple des larves des mouches et autres insectes qui servent de nourriture aux poissons. Voilà pourquoi je le répète, il est important de fertiliser son étang avant de l’empoissonner. A coté de tout ceci, il y a les phytos et les zoo planctons, ce sont des petits êtres vivants du règne animal, des crustacée d’eau douce. Les petits poissons aiment bien les manger, ils les filtrent à partir de leurs branchies.
12. Les poissons des étangs sont-ils souvent menacés par des maladies ?
Généralement, les maladies de poissons surviennent avec l’augmentation de densité. Elles sont beaucoup plus visibles en pisciculture intensive. Quand on concentre beaucoup de poissons dans un petit espace, ils sont vite attaqués par des maladies. Les tilapias sont souvent attaqués par des parasites de genre tricodines ou dactilogiros.
Ils se traitent facilement, il faut simplement baigner les poissons dans de l’eau salée à raison de 5g de sel dans un litre d’eau.
13. Comment savoir que vos poissons on atteint la bonne taille, le bon poids, et que finalement ils sont prêts à la consommation?
Il faut faire des pêches de contrôle. Cela consiste à vérifier le calibre, le poids de vos poissons avant de vous décider de les pêcher. On ne pêche pas automatiquement après 6 mois les tilapias comme certains peuvent le penser, Il faut voir si la taille recherchée par le marché est atteinte. Et pour cela, il faut faire des pêches de contrôle.
14. Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les pisciculteurs qui démarrent ?
C’est surtout le manque de matériel approprié, mais aussi un problème d’encadrement. Il y a très peu de techniciens piscicoles formés, les quelques rares qui existent sont noyé dans la masse de pisciculteurs, ils ne savent pas travailler correctement par manque de matériel et de motivation. Aussi, la pisciculture est souvent négligé car beaucoup de personne en pensent encore que c’est une activité de seconde valeur et peu rentable. Mais si on fait de l’intégration, c’est à dire associer d’autres types d’élevage à la pisciculture, on peut être sûre d’avoir des bons résultats.
15. Quel autre type d’élevage peut-on associer à la pisciculture?
L’élevage de lapins est conseillé, parce que les déjections de lapins vous aident à fertiliser vos étangs. Vous avez juste de l’herbe à donner aux lapins et un peu de concentré pour leurs permettre d’avoir des suppléments alimentaires nécessaires à leur croissance.
Si vous avez un peu plus de moyens, vous pouvez aussi faire l’élevage de poules. Il faut dépenser plus d’argent pour acheter les aliments pour les poules, mais la filante de poule fertilise mieux les étangs que les crottes de lapin.
L’élevage des porcs au bord de l’étang donne également de très bons résultats. Nous avons aussi essayé l’élevage de canard et cela marche très bien, les canards sont une véritable machine à fertiliser, L’autre avantage pour la pisciculture c’est que quand les canards nagent sur les eaux des étangs, cela permet de renouveler l’oxygène.
16. Est-ce que la commercialisation des poissons d’étangs est facile ?
C’est bien facile et je peux même dire que le marché des poissons d’étangs est encore vierge. Les poissons qui sortent du fleuve sont souvent vendus très cher, donc réservé à une partie de la population.
Si on arrive à augmenter la production de poissons d’étang, c’est sûr que le prix de vente de ce poisson va baisser.
17. A combien se vend le tilapia?
Il n’y a pas de prix uniformisé. Souvent, les poissons se vendent directement au bord de l’étang, soit à la pièce, soit au kilo. Généralement le prix d’un kilo de tilapias varie entre 3 à 6 dollars.
18. Pensez- vous la pisciculture a de l’avenir ici au Congo ?
La pisciculture à un bel avenir dans notre pays, le Congo. Mais pour son développement, il est important que tout le monde s’implique. On doit mettre en place des mécanismes pour accompagner ceux qui exercent déjà l’activité piscicole et ceux qui veulent s’y lancer.
Ce qui est vrai est que la population paysanne qui la pratique ne met pas toujours beaucoup de sérieux dans cette activité, peut-être faute d’encadrement. Le Congo est très vaste, et a beaucoup de cours d’eau. On peut encore mener des recherches, tiré d’autres espèces de poissons du fleuve, les isoler et amener vivre dans des petits bassins. Vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas de nous Contacter. Pour nous joindre par téléphone, appelez le 09 98 36 16 06.
Bulletin radio n°4, P3-6

