Emission sur la vulgarisation de l'apiculture
Un article de Ngoma.
Ce programme vous est présenté par le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural en partenariat avec votre radio. La Voix du Congo Profond Amis auditeurs, bonjour
Dans ce numéro de la Voix du Congo Profond, nous allons parler de l’apiculture, l’élevage des abeilles à miel. Le miel reste un produit très apprécié dans notre pays comme partout dans le monde. L’apiculture est une forme d’élevage très peu répandu dans le pays. Le Bas-Congo est une province qui pratique cet élevage mais en ce moment c’est plutôt sur la route du Bandundu, précisément sur le plateau des Batékés, que nous allons nous arrêter pour parler de l’apiculture.
Dans cette région, le projet Mampu, un projet d’agroforesterie, a introduit cette forme d’élevage pour diversifier les sources de revenus des fermiers qu’il encadre. Une initiative qui a fini par donner des fruits car l’an dernier la communauté des fermiers de Mampu a produit près de 8000 kgs de miel.
Nous allons parler de ces expériences avec Monsieur Jean Claude Muliele, Ingénieur Agronome et Chef de service, implantation des fermiers au projet pour la relance de la production agricole, mieux connu sous le nom Projet Mampu.
Dites-nous Monsieur Muliele, comment l’apiculture a commencé à Mampu?
Tout d’abord, Mampu est un milieu qui dispose des potentialités. C’est une concession mise en place par le Ministère de l’Environnement avec l’appui de la CA à l’époque. Ils ont mis en place une plantation d’acacia de 8000 hectares. Déjà cette espèce, l’acacia, est une plante mellifère, présente vraiment la condition essentielle pour la pratique de l’apiculture.
Nous avons pensé à la diversification des revenus des exploitants et dans ce cadre nous avons pensé à l’apiculture, et à la production du miel. Nous avons eu l’idée de former quelques exploitants et de les envoyer au Bas-Congo, à Kavoia précisément, ou la remise de salie avait déjà commencé en encadrant la population de ce coté là, bien qu’il n’y a pas les mêmes potentialités qu’à Mampu. Ils sont allés en formation et ils sont revenus à Mampu ou ils pratiquent déjà cette activité, encadrée par le projet et par son partenaire, le CADIM.
Quels sont les équipements qui sont indispensables lorsqu’on veut se lancer dans cette activité?
Premièrement il faut être proche d’une forêt. La forêt est le milieu le plus adapté pour cette activité. Ça doit être une forêt qui a des plantes mellifères, des espèces qui fleurissent abondamment.
Si ses conditions là sont remplies, vous pouvez démarrer les activités. Dans la suite il faut avoir du matériel adapté. La première chose a avoir ces sont les ruches et c’est l’instrument principal de cette activité. Des ruches sont des caisses fabriquées avec des lattes au dessus de deux centimètres d’épaisseur. Dans les ruches nous mettons un attractif pour attirer les abeilles, qui proviennent d’elles mêmes quand on place les ruches dans la forêt. La, elles démarrent la construction des rayons pour la production de miel.
Ça c’est juste la première chose pour l’installation. Il faut aussi avoir des tenues, des tuniques, qui vous protègent contre les abeilles. Il faut aussi avoir des bottes pour la protection et des gants pour la manipulation des abeilles. Puis il faut avoir un enfumoir, un instrument qui permet à produire de la fumée et qui diminue l’agressivité des abeilles lors de leur manipulation.
La tenue, la ruche, l’enfumoir, sont des instruments nécessaire quand on veut se lancer dans ces activités. Mais toutes les personnes qui sont intéressées par l’apiculture se demandent certainement comment se procurer de tout cela. Est-ce qu’à Mampu, les exploitants les fabriquent eux mêmes, ou il y a-t-il carrément des endroits approprié ou on peut acheter ces instruments?
Depuis que nous avons démarré l’activité, nous formons les gens, parce qu’ils n’ont pas assez de connaissances. Nous avons commencé à produire les premières ruches au niveau du projet avec des dimensions bien déterminées, fabriquées par un menuisier du projet. Maintenant, il y a plusieurs exploitants de Mampu qui connaissent les dimensions. Ils peuvent s’acheter des planches et fabriquer les ruches eux mêmes. Donc il y a deux possibilités, soit vous achetez des ruches déjà préfabriquées ou soit vous les faites fabriquer par un menuisier.
Il faut combien de temps du moment où on installe la ruche dans la forêt jusqu’au moment qu’on peut récolter du miel?
Tout dépend des techniques que vous avez utilisées, soit de la vitesse de colonisation de chaque ruche. De manière générale, nous préférons récolter deux fois et ces récoltes se font très souvent pendant la saison sèche. Toute la saison de pluie on est sans abeilles et ça nous laisse le temps de fabriquer le miel. Nous récoltons très souvent pendant les mois de juillet et août. Ce sont les deux mois les mieux adaptés pour les grandes campagnes apicoles. Il y en a qui font aussi une petite campagne supplémentaire mais nous le déconseillons parce que les abeilles mêmes ont aussi besoin du miel, parce que le miel n’est pas un produit qu’ils préparent pour les exploitants mais c’est pour eux même. D’une certaine façon, nous les exploitants, on est des voleurs de miel.
En pratique ça se passe comment: vous avez fait faire une ruche par un menuisier, vous allez la placer dans la forêt et c’est parti comme ça. Un matin, vous le trouvez habité par des abeilles qui au bout d’un certain temps vous donneront du miel?
L’approvisionnement des ruches par les abeilles se fait de plusieurs façons. Nous avons d’abord, le premier système que nous utilisons, c’est juste un piège simple. Les lattes que vous mettez sur votre ruche doivent être couvertes de cire d’abeilles. Vous coulez des crêpes de cire et vous les attachez avec la même cire sur certaines lattes en ayant une orientation pour la construction des rayons. Après, vous allez la déposer dans la forêt: la cire, c’est un attractif – une fois que les abeilles peuvent découvrir la ruche, ils peuvent recourir à toute la colonie pour y venir habiter et commencer à travailler.
A part le piégeage, on peut procéder à des captures. Pour les captures, on va nous mêmes chercher les abeilles: il y a des boites de capture avec des ruches plus petites qui servent à capturer les abeilles dans leur forêt et à les emmener chez nous. Vous les capturez lors qu’ils sont dans votre petite boite de capture et vous pouvez maintenant les acheminer dans la ruche. Il peut arriver que vous déposiez votre ruche aujourd’hui, le matin et que vous le trouvez plein le soir ou dans les prochains jours. Mais il arrive que cela prenne beaucoup de temps avant que les abeilles s’y installent.
Le miel est le produit principal que l’on peut retirer de l’élevage des abeilles, mais est-ce qu’il y à d’autres produits qu’on en tire également?
Mais oui, outre le miel, qu’on prend directement et dont on a l’habitude de le récolter, il y a aussi la cire. Quand on extrait le miel, il y a des gâteaux qui restent et ça c’est en fait la cire d’abeille. Ici à Mampu, c’est une des productions qu’on met en valeur. Nous fabriquons des bougies avec de la cire. C’est biologique et c’est très beau. Il y a beaucoup de gens qui préfèrent ce genre de bougies que nous vendons à un prix un peu plus élevé que les bougies produits avec le sous-produit du pétrole.
Donc la cire, quoi d’autre?
Il y a la propolis, qui n’est pas très connue, ni très développée chez nous mais que nous voulons introduire pour que nous puissions commencer à l’extraire aussi. On peut aussi produire de la gelée royale, ce qui n’est pas encore fait chez nous mais dont la technique est entrain d’être introduite. La gelée royale, c’est la nourriture que les abeilles préparent pour la reine et qui a aussi beaucoup de vertus. Il y a aussi le pollen. Jusque là pour ce qui nous concerne à Mampu nous n’avons que développé deux produits: la cire et le miel.
Amis auditeurs, nous vous rappelons que nous parlons aujourd’hui de l’apiculture. Nous recevons ingénieur Jean-Claude Muleli, qui travaille pour le compte du projet Mampu.
Ingénieur Jean-Claude, dites nous, est-ce que finalement ont peut affirmer que l’apiculture est une activité rentable?
Oui, je confirme, c’est rentable. Dans la production de notre concession à Mampu, autre que le charbon de bois d’acacia, le manioc et le mais, il y a le miel qui s’ajoute. En termes de revenus, ça rapporte beaucoup d’argent. Nous avons lancé cette activité dans le cadre de la diversification des sources de revenus des exploitants. Si vous vérifiez si les ruches sont bien soignées, si quelqu’un a bien dirigé sa production, il peut arriver à 300 ou 500 kilos de miel de sa propre production. Vous multipliez cela par 2 dollar le kilo et ça rapporte quand même beaucoup d’argent. Très souvent la vente tombe dans la période ou les enfants rentrent à l’école. Les exploitants peuvent vendre du miel et ainsi couvrir certains besoins familiaux.
300 kilo, c’est quand même une bonne affaire. Mais dites nous: la récolte de miel est elle en fonction du nombre de ruches que l’on place dans sa forêt?
Pas tout à fait. Il peut arriver que vous avez deux ruches mais s’ils ne produit que deux kilo par ruche vous n’avez rien. Par contre il peut y avoir quelqu’un qui a 5 ruches qui donnent 25 ou 30 kilos. Tout dépend de l’activité de la colonie que vous avez dans vos ruches et le suivi que vous exercer. Il est toujours important de diriger la production de miel ou de diriger l’apiculture d’une manière générale.
On peut avoir des attaques de fourmis qui entrent dans les ruches et ainsi compromettre la production. Il est important de bien suivre le comportement de vos abeilles dans les ruches. Je veux dire que la production ne dépend pas du nombre de ruches, mais c’est plutôt le suivi et l’activité de la colonie qui déterminent la production.
Quelles sont les grandes difficultés que peut rencontrer une personne qui se lance dans l’activité de l’apiculture?
Une personne qui se lance dans l’apiculture doit être formée. L’apiculture, c’est un art, une activité d’élevage qui nécessite quelques compétences. Si au départ vous n’avez rien, si vous avez été initié verbalement, ce n’est pas suffisant. Il y a beaucoup de gens, comme dans notre concession, qui ont appris cette activité par un effet d’entraînement. Ils ont vu des gens qui le faisaient et ils ont vu souvent des ruches qui ont été installées et les abeilles qui entrent, mais ils ne voient pas le suivi et les manipulations à faire.
Travailler avec des abeilles c’est très dangereux si on ne sait pas les manipuler. Il y a des colonies sauvages qui se baladent et qui vous attaquent et vous pouvez mourir sur place. L’apiculture demande vraiment certaines compétences. Celui qui veut faire cette activité doit être formé sur les différentes techniques apicoles: comment manipuler les abeilles, comment les suivre, comment récolter. Il est toujours important d’avoir les compétences nécessaires pour se lancer dans l’apiculture.
Est-ce que finalement vous pensez que l’apiculture peut se faire dans un autre milieu que les plantations d’acacias comme à Mampu?
Oui, nous avons dit au départ qu’il faut être proche d’une forêt et qu’il doit y avoir des plantes qui fleurissent abondamment. Ça c’est important. Partout dans la forêt ou le milieu est calme et ou il y a des plantes mellifères on peut faire de l’apiculture.
Plusieurs personnes qui se sont lancé dans diverses formes d’élevage ont été surpris que l’activité demande beaucoup de temps et exige beaucoup de soins. Est-ce également le cas pour l’apiculture?
L’apiculture n’a pas vraiment trop d’exigences. Si vous avez le milieu qui a toutes les potentialités vous pouvez le pratiquer calmement. Il suffit d’installer vos ruches. Lorsqu’elles sont colonisées vous n’avez que des visites a faire. Vérifier l’architecture de la construction des rayons, c’est tout ce qu’il y a à faire. Après la campagne, vous pouvez récolter.
Ça ne demande pas vraiment beaucoup de travail. La plus grande partie du travail est la mise en place des ruches, leur construction, le piégeage et l’approvisionnement de l’abeille. Le reste, ce sont des visites simples qu’on fait pour voir comment évoluent les abeilles dans leur travail dans les ruches.
Une particularité pour le projet, c’est que tous les éleveurs d’abeilles de Mampu se sont regroupés au sein d’une association. Comment ça évolue?
Les apiculteurs de Mampu sont membre de RAMA: le regroupement des apiculteurs de Mampu. RAMA a pour le moment 134 membres, qui après différentes formations forment des différentes catégories d’apiculteurs: les débutants, les amateurs et les professionnels. Nous avons préféré qu’ils se mettent tous ensemble pour chercher des débouchés pour la production. Ils arrivent a produire beaucoup. La campagne passée a rapporté 8 tonnes de miel et ça c’est déjà beaucoup pour trouver un marché ou évacuer le produit. Tous les apiculteurs mettent leur miel ensemble pour ensuite chercher un circuit de commercialisation. C’est un regroupement bien structuré avec un président et un secrétaire qui rendent compte à tous les membres. Ils interviennent aussi dans la récolte du miel.
Pour garantir la qualité du miel, nous préférons que la récolte se fasse par les techniciens du regroupement. Donc il y a des gens qui sont bien formé pour la récolte du miel et qui sont chargé de récolter dans toute la concession. Tout cela est dans l’objectif de garantir la qualité du produit. Cette organisation fonctionne très bien pour ce moment et nous pensons que ce regroupement ira encore plus loin dans l’avenir.
Avant de clôturer cette émission : un coup de projection sur les vertus du miel.
Le miel n’est pas seulement un excellent aliment, il a aussi une valeur thérapeutique. Vous en avez certainement entendu parler. Il est vrai qu’il n’existe pas un miel mais des nombreuses variétés de miel et chaque miel a une composition propre qui lui donne des caractéristiques et des propriétés plus au moins particulière. Sans entrer dans les particularités nous vous proposons des propriétés communes à toutes les variétés de miel.
Le miel est un antianémique, c’est-à- dire, il combat l’anémie. Il stimule également l’appétit, il est donc un apéritif. Il calme la toux et aide à la digestion. C’est un produit dynamogénique, cela veut dire qu’il accroît la force et l’énergie et qu’il stimule. C’est également un produit, qui détend, apaise la fièvre et la douleur et augmente la sécrétion de l’urine.
Au delà, le miel est également cité comme antiseptique, il détruit les microbes. Les vertus anti-infectieuses du miel ont toujours été ventées. Ne dit-on pas que le miel versé dans le lait constitue un remède efficace contre le rhume? Beaucoup plus fort, en 2002, l’équipe des pédiatres de l’Université de Bonn ont tenté une expérience sidérante sur un enfant de 12 ans dont la plaie abdominale était infectée avec risque de propagation à tout l’organisme. Après application de miel, la guérison est intervenue en 48 Ainsi donc termine ce numéro de La Voix du Congo Profond.
Nous avons aujourd’hui parlé de l’apiculture, l’élevage d’abeilles et l’ingénieur Jean-Claude Muliéle était notre invité. Il est ingénieur agronome et Responsable du service «implantation des fermiers» au projet pour la relance agricole, un projet d’agroforesterie où l’élevage d’abeilles pour le miel se porte bien. Merci de nous avoir suivi et à la prochaine. Ce programme vous a été proposé par le Ministère congolais de l’Agriculture et du Développement Rural en partenariat avec votre radio.
Bulletin radio n°1, P5-9

