Enjeux actuels pour le développment de la microfinance en RDC: pistes de Réflexion

Un article de Ngoma.

Laurent Lhériau (AQUADEV) L’objectif que l’on assigne à la microfinance peut être soit la lutte contre la pauvreté, soit la bancarisation de la population. Au Congo, la population a un grand besoin de microfinance mais pour l’instant, celle-ci n’est accessible qu’à un nombre restreint de personnes, pour l’essentiel dans les zones urbaines seulement. Ces besoins énormes contrastent en effet avec l’absence quasi-totale d’acteurs majeurs dans le secteur. Face à cette situation, une solution possible serait de créer un grand réseau avec une injection importante de capitaux et des subventions des investissements par des bailleurs de fonds. Les résultats d’une telle opération ne seraient cependant visibles qu’au bout d’une dizaine d’années. Sur le terrain, la tendance actuelle au niveau international pousse à privilégier les sociétés de capitaux avec des investissements sociaux ; or, ces sociétés n’atteignent pas les plus pauvres. On remarque donc que ces derniers se tournent le plus souvent vers les ONG, alors que, dans le même temps celles-ci manquent de fonds pour les aider. En zone rurale, les mutualistes restent les principaux acteurs du marché. En outre, le Congo manque cruellement de personnel qualifié et de cadres, en particulier au sein des générations les plus jeunes. Une action efficace de renforce- ment des capacités des ressources humaines ne pourrait faire l’économie d’une analyse visant à déterminer les types de formations les plus appropriés. La tendance actuelle, dans le secteur de la microfinance, est donc de se focaliser sur les zones stables du Congo. De plus, la microfinance classique est avant tout urbaine et elle ne s’intéresse que vaguement à l’agriculture. Cette stratégie des acteurs microfinanciers, risque de perdurer encore un certain temps. En effet, le potentiel en milieu urbain est encore largement inexploité, et les choses n’évolueront donc pas dans l’immédiat en milieu rural. Ce problème n’est pas limité au Congo ; c’est un problème mondial et, d’un certain point de vue, logique au vu des connaissances actuelles en microfinance. Par ailleurs, au vu du «risque pays» que représente encore la RDC, il est peu probable que le développement de la microfinance puisse se faire à partir d’investissements commerciaux et on peut donc estimer probable le fait que la réorganisation de ce secteur se fasse en RDC à partir de fonds subventionnés.

Sommaire

Le système des coopératives est en crise ?

Le système des coopératives nécessite des investisseurs, des lignes de financement et un peu d’appui technique. Il s’agit d’un système mutualiste ; son développement, comme souvent, commence par une phase de mise en confiance, suivie d’une phase de forte croissance et enfin d’une étape de stabilisation. Aujourd’hui, si les coopératives ne parviennent plus à mobiliser l’épargne, ce n’est pas en raison d’une insuffisance de cette dernière ; contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’épargne ne fait en effet pas défaut au Congo, mais 85 % des liquidités se trouvent en dehors du circuit formel. Le problème réside plutôt dans la méfiance des clients vis-à-vis des coopératives, méfiance liée à la mauvaise gouvernance et à la présence, au sein de celles-ci, de dirigeants véreux qui détournent l’argent réduite pour couvrir les coûts, cette difficulté pourrait être surmontée en fusionnant plusieurs coopératives. Ainsi, et même s’il est exact que les efforts actuels sont surtout faits dans les grandes zones urbaines, il existe également des réseaux importants dans d’autres villes plus modestes. Ces réseaux couvrent parfois près de 25.000 clients et ils ne bénéficient d’aucun subside. Si l’on convient dès lors que le véritable problème tient principalement à la mauvaise gouvernance des coopératives, il en découle que celles-ci pourraient parfaitement servir de base à une relance de la microfinance, pour peu que l’on assainisse leurs bases.

Les problèmes de transparence

Si un bailleur de fonds souhaite, avant de financer une IMF, faire réaliser un audit, des problèmes se posent du fait qu’il n’existe pas de cabinets d’audit sur place et que les coûts d’un audit externe seront souvent plus élevés, pour une petite IMF, que le bénéfice annuel que celle-ci pourrait générer. On peut donc se demander si ces coûts ne devraient pas être pris en charge par les bailleurs dans un premier temps. Dans ce cas, pour assurer une meilleure transparence du secteur, il faudrait sans doute mettre sur pied des institutions de rating ou créer un réseau de certification des comptes. La formation d’auditeurs spécialisés dans la microfinance ainsi que la mise en place de normes comptables représentent donc des enjeux primordiaux pour le secteur.

Le financement de l’agriculture ?

Agriculture et microfinance ne sont pas par nature des partenaires idéaux, du fait des délais nécessaires à la création de revenus agricoles et de l’irrégularité des cash flow générés dans ce secteur. La plupart des prêts consentis par les prestataires de microfinance ne dépassent pas 6 mois. Le producteur de café, de cacao, les femmes qui pratiquent les cultures qui ont la meilleure valeur ajoutée dans notre pays ou encore les éleveurs, ont besoin d’investir dans la durée, soit en terme d’années. Certaines activités liées à la transformation des matières premières ou l’élevage de bétail, par exemple pourraient cependant faire l’objet d’un financement par les IMF (torréfaction, savon, mouture, emballage …) De manière générale, il pourrait sembler préférable de financer l’agriculture autrement que via les IMF, par exemple en donnant purement et simplement des subventions, sans prétendre faire du crédit. Mais une population assistée par des subventions répétées risque de s’enliser dans cette forme d’assistance humanitaire. Mais il est déjà fait appel aux subventions dans de nombreux autres secteurs (écoles, santé, etc.) ; et pour être efficaces, les subventions doivent se poursuivre pendant une période assez longue, tout en faisant comprendre clairement aux bénéficiaires que les dons ne seront pas éternels. On ne peut subventionner au hasard la population agricole avec des intrants et engrais, sous prétexte qu’elle est vulnérable (vivant en dessous du seuil de pauvreté) sans lui apporter des solutions pour des activités durables et rentables. En général, les bailleurs de fonds qui pratiquent l’assistance (notamment les agences des Nations Unies) recherchent un auto-approvisionnement en produits vivriers et ne soutiennent pas encore une agriculture de rente, qui crée des revenus. Par exemple, un hectare de maïs représente un chiffre d’affaire de 200 $, quand le café ou le cacao pour ce même hectare, apporte 1.000 $, soit près de cinq fois plus. En Europe, l’agriculture a été appuyée de façon efficace avec des systèmes de garantie, qui prévoyaient par exemple la saisie des terres en cas de non remboursement. L’intermédiaire financier y trouvait son compte en termes de rendement, car il avait une marge pour équilibrer ses opérations. Peut-être faudrait-il envisager la mise en place d’un système de ce type au Congo.

Le facteur limitant juridique

La loi actuelle sur la microfinance fonctionne malheureusement «dans le vide». Les IMF se plaignent que la législation les ignore. Il existe un vide juridique sur certains points, notamment au niveau des règles de provisionnement, des arriérés et de la qualité du portefeuille. En théorie, la Banque Centrale du Congo (BCC) devrait assurer la supervision mais, dans les faits, elle n’est pas vraiment en mesure de le faire. Se poser la question du type d’appui et des stratégies à mettre en place pour s’assurer d’une supervision adéquate semble donc un thème de première importance.

Quelques acteurs de la microfinance en RD Congo

  • PAIDEK Programme d’appui aux initiatives de développement économique du Kivu.

En 1996, à la faveur d’un cofinancement européen négocié par SOS Faim, le Programme Crédit Zaïre (PCZ), au Kivu, a été mis sur les rails avec une structure composée de 6 Comités Locaux de Crédit (CLC) constitués chacun d’environ 5 personnes issues d’organisations locales désignées par l’Assemblée Générale des organisations locales ayant des activités économiques, encadrés par une Equipe d’Appui et de Suivi (EAS), basée à Bukavu et composée de 2 cadres (les 2 directeurs actuels du PAIDEK). L’ensemble du système bénéficiait par ailleurs de l’appui technique de Michel Pelloquin, dans le cadre de missions de courte durée. Chaque Comité de Crédit disposait d’un fonds rotatif à partir duquel elle octroyait des crédits à des petits groupes de personnes engagées dans des activités de l’économie populaire (agriculture, petit commerce, artisanat, etc.). Malheureusement, pour diverses raisons , cette approche participative et décentralisée n’a pas donné les résultats escomptés. C’est pourquoi, fin 1997, les CLC ont été dissous et une remise et reprise a été faite avec l’EAS, entre- temps devenue Bureau de Direction, qui a progressivement engagé des Agents de Crédit professionnels à temps plein pour organiser l’octroi et le suivi des crédits dans les différentes zones couvertes par le programme, entre-temps rebaptisé PAIDEK (Programme d’Appui aux Initiatives de Développement Economique du Kivu). En effet, la mise en place d’un cadre légal pour l’exercice de la micro- finance en RD Congo a amené la PAIDEK à se constituer en asbl (de droit congolais) le 19 mai 2005. Une Assemblée Générale, un conseil d’administration et une commission de contrôle ont dès lors été créés en tant qu’organes de l’association.

3 raisons principales ont été identifiées :

  • (1) les membres des CLC les plus dynamiques, qui devaient mener les activités de crédit en plus de leur travail initial dans leur organisation, ne disposaient pas assez de temps pour faire évoluer le portefeuille de crédits au rythme souhaité ;
  • (2) malgré une formation intensive, la plupart des membres des CLC n’ont pas pu prendre de distance par rapport à la culture assistancielle de leur ONG, inappropriée pour l’activité crédit ;
  • (3) ces personnes ont eu du mal à sortir du milieu des bénéficiaires de l’action de leur ONG pour identifier des clients capables de rembourser des crédits sur la base d’activités économiques viables, si modestes soient- elles.

La Voix du Congo Profond n°1, juin 2007

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