Fiche technique de Quinquina

Un article de Ngoma.

Culture

Le genre Cinchona appartient à la famille des Rubiaceae. Il compte environ trente-cinq espèces bien connues, mais le quinquina ledgeriana, C. ledgeriana Moens, est l’espèce la plus communément cultivée pour les besoins de la production d’alcaloïdes quinoléiques. Le quinquina ledgeriana est un petit arbre qui peut atteindre 10m de hauteur. Sa couronne est pyramidale, divisée souvent en plusieurs axes centraux. Les feuilles sont opposées, simple, courtement pétiolées, étroites, longues d’environ 20cm et de couleur vert sombre. A la naissance des nervures secondaires il existe des domaties. Les fleurs sont petites, hétéro styles, de couleurs blanc crème, et disposées en grappes de cymes. La fécondation est croisée et a lieu à l’intervention d’insectes. Les fruits sont des capsules ovoïdes, contenant de nombreuses petites graines ailées. L’écorce du tronc, des branches et des racines, constitue la partie utile de la plante. Elle contient des alcaloïdes tels que la quinine, la quinidine, la cinchonine, la cinchonidine et des alcaloïdes mineurs.

Écologies

Les quinquinas demandent une atmosphère humide et des précipitations abondantes, atteignant 2.500 à 3.500 mm, mais ils s’accommodent cependant de 1.500 à 1900 mm par an et d’une humidité relative de 75 à 80%. Ils craignent les vents violents et la grêle. La température moyenne annuelle favorable à la croissance doit se situer entre 16) et 21° C et rester stable. Le quinquina ledgeriana exige dès lors en Afrique une altitude supérieure à 1.000m, sinon les arbres poussent rapidement mais meurent tôt. Au-delà de 2.000m, la croissance est trop lente et les jeunes sujets souffrent de la température trop basse. Le sol doit profond, perméable, bien aéré, à bonne rétention d’eau et de nature limoneuse à sablo-limoneuse. Le quinquina dépérit dans les sols gorgés d’eau, aussi préfère-t-on le planter sur les pentes de colline. Il exige en plus un sol bien humifère et s’accommode de ph du sol variant de 4,5 à 6,5.

La Plantation

Matériel de plantation

Le quinquina ledgeriana peut être multiplié par semis ou par voie végétative. Le semis est délicat. Il se fait en germoir aménagé sous abri. Les graines doivent provenir d’arbres sélectionnés plantés dans un jardin semencier isolé, être fraîches et bien triées ; elles sont semées à la volée à raison de 1,5 à 2g/m2. Un gramme de semences peut fournir 1.200 plantules. L’humidité du germoir doit être entretenue avec soin, sous peine de voir la germination échouer. A cet effet, on procède à des arrosages au pulvérisateur une à deux fois par jour, tout en veillant à aérer le germoir pour activer le ressuyage du lit de germination. La levée commence après 3 à 4 semaines. Lorsque les plantules sont pourvues de trois verticilles de feuilles, soit vers l’âge de 7 à 11 mois, elles sont repiquées dans des manchons disposés sur des plates-bandes bien drainées, recouvertes d’un film en polyéthylène enterré sur les quatre côtés et ombragées. Les plantations établies au moyen de plants greffés sont plus productives que celles constituées de semence aux. On utilise comme porte-greffe le quinquina rouge, C.pubescens, qui confère aux arbres une bonne rusticité. La greffe, en fente de côté, est effectuée en pépinière sur des sujets issus de graines. On peut aussi multiplier des boutures de c. pubescens préalablement greffées avec un clone sélectionné de C. ledgeriana.

La micro propagation in vitro a été mise au point et est vouée à un grand avenir en plantation industrielles.

Etablissement d’une plantation Après in séjour de 8 à 10 mois en pépinière, les plants issus de semis ou multipliés végétativement atteignent environ 30 cm de hauteur et sont susceptibles à ce stade d’être mis en place. La mise en place se fait au début de la saison des pluies par temps très humide, sur terrain labouré profondément pour en extirper toute présence de graminées à rhizome. L’écartement à la plantation dépend de la stratégie d’exploitation.

Entretien

Aussi longtemps que la plantation ne couvre pas le sol, celui-ci doit être maintenu propre, principalement indemne de graminées à rhizome. Durant cette période, le quinquina est en effet très sensible à la concurrence exercée par les plantes adventices. Ensuite, l’entretien se limite au sarclage des dicotylédones adventices et à l’élimination des graminées au moyen d’un herbicide systématique. Une légumineuse de couverture telle que Desmodium intrortum est parfois installée. En site accidenté les haies de légumineuses antiérosives sont maintenues basses en permanence. Chez les plants greffés, les rejets de souches de C.pubescens doivent être enlevés régulièrement.

Récolte

L’exploitation des quinquinas ledgerianas se fait par élagages et éclaircies ou par recépages. Les élagages débutent dès la troisième année ; ils consistent à couper les branches situées dans le tiers inférieur de l’arbre jusqu’à une hauteur de 2 m. Les quinquinas acquièrent ainsi un port d’arbre et l’écorçage des grosses branches élaguées fournit une première récolte. Les éclaircies sont effectuées dès que les quinquinas se touchent ; elles se succèdent ensuite selon une fréquence qui dépend du développement des arbres. A la lumière ne baigne plus la couronne des quinquinas de façon à placer les arbres dans des conditions d’éclairement et d’aération permettant un accroissement des écorces plus grand que la quantité précédemment récoltée. Les éclaircies sont effectuées dès que les quinquinas e touchent ; elles se succèdent ensuite selon une fréquence qui dépend du gouvernement des arbres. A chaque éclaircie un certain nombre d’arbres est enlevé et écorcé. Il faut éclaircir dès que la lumière ne baigne plus la couronne des quinquinas de façon à placer les arbres dans des conditions d’éclairement et d’aération permettant un accroissement des écorces plus grand que la quantité précédemment récoltée. Les éclaircies sont sélectives ou systématiques. La densité du peuplement est ainsi ramenée progressivement à l’exploitation totale. Les arbres exploités lors des éclaircies et en fin de cycle sont essouchés le plus complètement possible. Le recépage périodique est pratiqué dans la plantation conduite en taillis. Les quinquinas, menés généralement sur trois tiges, sont recépés tous les 6 ans environ, quand la teneur en quinine des écorces atteint le seuil commercialisable. Pour obtenir des tiges vigoureuses, les quinquinas doivent être plantés à grand écartement (1,50 x 1,50m). L’exploitation en taillis est indiquée dans les plantations établies avec des plants greffés.

L’écorçage des produits d’élagages, d’éclaircies ou de recépages se fait par battage de l’écorce au moyen d’un maillet. Les troncs et les tiges peuvent aussi être écorcés mécaniquement en les passants entre deux cylindres. Les écorces de racines sont généralement enlevées au couteau. Les morceaux d’écorces sont classés en trois catégories suivant qu’ils proviennent des troncs, des branches ou des racines. La teneur en eau des écorces fraîches atteint 70 à 75%. Le séchage débute au soleil et s’achève artificiellement dans des séchoirs appropriés. Lorsque la dessiccation atteint 6% d’humidité, les diverses catégories sont broyées et mises en sacs pour le transport vers les usines d’extraction ou pour l’exportation. Après dessiccation, elles reprennent jusqu’à 10% d’humidité. Une tonne d’écorces fraîche fournit environ 350 kg d’écorces séchées. Actuellement, la plupart des pays producteurs d’écorces se sont dotés des pays d’extraction et exportent des els de quinine. Maladies

La fonte de semis, due à rhizoctonia solani apparaît fréquemment dans les germoirs entraînant des pertes de plantules très importantes. On prévient la maladie en désinfectant préalablement le lit de germination au moyen d’une solution de formol ou d’un fongicide spécifique et en créant des conditions défavorables au champignon.

Rendement

Le rendement total en écorces sèches ç l’hectare dépend des conditions de sol et de climat, de l’origine des plants, du mode et de l’âge d’exploitation, des soins apportés à la culture. Au Kivu (Congo-Kinshasa), on estime qu’à 1.600m d’altitude, sur bons sols, le quinquina ledgeriana produit au cours d’un cycle d’exploitation de 12 ans de 7.000 à 19.500kg d’écorces sèches à l’hectare ; 2.000m d’altitude, le rendement atteint 5.600 à 14.400Kg en 15 années. Une bonne plantation doit produire environ une tonne d’écorces sèches à l’hectare par an. La teneur en quinine des écorces intervient d’autre part pour déterminer le rendement commercial, lequel s’exprime en poids de sels de quinine à l’hectare.


Agriculture en Afrique tropicale, Dr. Ir. Romain H Raemaekers, Direction Générale de la Coopération Internationale (DGCI), D/2001/0218/1, P1219-1226

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