Fiche technique de pisciculture

Un article de Ngoma.

La pisciculture

A partir de la contribution de L.Dabbadie(CIRAD), J.Lazard(CIRAD) et M.Oswald(APDRAF)

L’aquaculture d’eau douce est sans conteste la plus ancienne activité de production de ressources aquatiques, ses premières traces connues remontent à 2500 ans. Le poisson en est le principal produit, pour ne pas dire seul, et l’étang de terre est à la fois le mode de production le plus ancien et le plus employé, puisque sa contribution à la production aquacole d’eau douce représente 80 à 85% de la totalité.

L’aquaculture d’eau douce diffère des autres systèmes aquacoles par un certain nombre de caractéristiques. Elle permet à différents niveaux, une forte intégration aux systèmes de production agricoles (agriculture et élevage) grâce à l’utilisation de l’eau, au recyclage des déchets comme fertilisants des étangs de pisciculture, ou à l’utilisation de sous-produits agricoles comme aliments pour le poisson. La production aquacole d’eau douce repose principalement sur des espèces à chaine alimentaire courte (carpes, tilapias) et se distingue ainsi nettement de l’élevage d’espèces marines basé principalement sur des poissons carnivores (saumon, sériole). L’aquaculture d’eau douce est surtout mise en œuvre à travers des systèmes de production aquacoles extensifs et semi-intensifs dans lesquels la polyculture, la fertilisation et l’alimentation complémentaire constituent les points essentiels à maîtriser. Ces dernières décennies, des innovations biotechniques majeures ont eu un impact important sur le développement de l’aquaculture d’eau douce : maîtrise de la reproduction artificielle de nombreuses espèces piscicoles, utilisation d’aliments complémentaires ou artificiels, amélioration génétique, introduction d’espèces exotiques dans de nombreux pays. Pourtant, malgré tous les travaux de recherche menés dans ce domaine, l’étang, en tant qu’environnement d’élevage, demeure une véritable boîte noire dans laquelle les poissons se nourrissent à différents niveaux du réseau trophique et ou les espèces interagissent activement. Les progrès des pratiques d’élevage ont été obtenus davantage grâce à des processus d’essai-erreur qu’ç travers une démarche scientifique planifiée.

1. Une production dominée par les poissons d’eau douce

Si on exclut les plantes aquatiques, les poissons et les mollusques d’eau douce dominent la production, ils représentent, en 1995, environ 63% du tonnage total des poissons et coquillages cultivés. Les élevages en eau douce saumâtre (principalement des crustacés) et marine (principalement des mollusques) ont contribué respectivement à 7% et 30%. Parmi les 292 espèces listées par les statistiques de la Fao en 1995 et pour lesquels des données sont disponibles, les vingt-deux premières espèces représentent 80ù de la production totale. Parmi ces vingt-deux espèces, pratiquement tous les animaux élevés sont des filtreurs, des herbivores, ou des omnivores. Une seule espèce, le saumon atlantique, est carnivore et il s’agit clairement d’une espèce mineure en termes de volume de production. Le groupe le plus important est celui des poissons d’eau douce : 12,7 millions de tonnes, en comparaison avec 1,4 millions de tonnes pour les poissons amphihalins et 0,6 millions de tonnes pour les poissons marins. Les poissons d’eau douce sont dominés par les cyprinidés et les tilapias. Avec une contribution de 10,3 millions de tonnes en 1995, les cyprinidés présentent un certain nombre d’avantages comparatifs qui devraient leur permettre de maintenir leur prépondérance à court et moyen terme : ils peuvent utiliser des aliments au contenu en protéines et en farine de poisson limité ; ils peuvent être élevés en polyculture, permettant de valoriser de manière optimale la productivité naturelle des étangs et des plans d’eau dans lesquels ils sont stockés ; ils correspondent aussi à des marchés porteurs dans asiatiques, en raison des traditions et des prix relativement bas.

Les carpes chinoises et indiennes

Quelques espèces de carpes dominent l’élevage des cyprinidés : les carpes chinoises (carpes argentée, carpe herbivore, carpe marbrée, carassin, carpe noire et carpe de vase), la carpe commune, et les carpes indiennes majeures (rohu, catla et mrigal). En 1995, ces dix espèces représentent 80% de toutes les carpes élevées.

Les tilapias d’aquaculture

En 1984 et 1995, la contribution des tilapias d’aquaculture à la production totale de tilapias est passée de 38% (198000 t) à 57% (659000 t). Quatre espèces ou groupes d’espèces de cichlides (tilapia du Nil, tilapias non identifiés, tilapia du Mozambique et tilapia bleu) ont dominé la production entre 1984 et 1995, ou ils ont contribué pour 99,5% à la production de tous les cichlides.


2. Les différents types de pisciculture

Les différents systèmes de production piscicole sont généralement caractérisés par leur degré d’intensification, lui-même défini selon la pratique d’alimentation ; l’aliment exogène représente en effet en général plus de 50% du coût total de production dans les systèmes intensifs. Cependant l’intensification concerne de nombreux autres facteurs de production, comme l’eau, le foncier, le capital, et le travail. Une première classification peut être établie de la manière suivante :

  • Les systèmes de production piscicole extensifs, basés sur la production naturelle de l’environnement ou la structure d’élevage des poissons, sans ou avec très peu d’apports d’intrants. Les systèmes d’intégration entre riziculture et pisciculture (rizipisciculture) appartiennent à cette catégorie extensive, puisque le poisson bénéficie des intrants apportés pour la culture du riz ;
  • Les systèmes de production piscicole semi-intensive reposant sur l’utilisation d’une fertilisation ou sur l’emploi d’une alimentation complémentaire, sachant qu’une part importante de l’alimentation du poisson est fournie in situ par l’aliment naturel. Les élevages associés du type volaille-poisson ou porc-poisson appartiennent typiquement à ce type de pisciculture, ainsi que tous les systèmes piscicoles recyclant différents types de déchets, notamment les systèmes de recyclage direct (étangs à latrines du Vietnam par exemple) ou indirect. Ces différents systèmes permettent d’obtenir des rendements piscicoles élevés ;
  • Les systèmes intensifs et super intensifs, dans lesquels tous les besoins nutritionnels issus d la productivité naturelle du bassin ou du plan d’eau dans lequel le poisson est élevé (lac, rivière).L’aliment utilisé dans ces systèmes d’élevage est généralement riche en protéines (25 à 40%), il est par conséquent couteux. Les principales infrastructures d’élevage de ce type de pisciculture sont les enclos, les cages ou les raceways, avec des taux de renouvellement de l’eau très élevés.
  • Les différents types de systèmes de production piscicole sont présentés dans le tableau 1 selon leur degré d’intensification.

Tableau1 : Différents niveau d’intensification des systèmes de production piscicole (non reproduit) Un exemple intéressant de système intermédiaire entre la pisciculture semi-intensive en étang et l’élevage super intensif de poisson est donné par l’élevage de tilapia en cage flottante dans les eaux productives de plans d’eau tels que les lacs volcaniques des philippines. La densité d’empoissonnement en jeunes tilapias (fingerlings) est adaptée à la taille de la cage à la productivité naturelle de l’eau et au mode gestion. Aux faibles densités d’empoissonnement (jusqu’à 25 poissons/m2), l’alimentation complémentaire n’est pas forcément nécessaire, notamment dans les lacs produits aux périodes ou le plancton est abondant. Mais, pour accélérer la croissance du poisson pendant les mois peu produits, une alimentation complémentaire peut être fournie à raison de 3 à 5% de la biomasse par jouir. Une autre typologie des systèmes de production piscicole peut être proposée, basée sur une différenciation entre :

  • Les systèmes de l’aliment à pour origine essentielle (ou unique) l’écosystème (cas de l’écosystème étang), système appelés pisciculture de production,
  • Et les systèmes de l’aliment est entièrement exogène et ou le poisson se nourrit entièrement grâce à des aliments artificiels, généralement sous forme de granulés et comportant une proportion parfois très élevée de farine de poisson (systèmes comparables aux systèmes d’élevage « hors sol » des animaux terrestres.), systèmes appelés piscicultures de transformation.

La gestion du premier type fait appel à la fertilisation ou à l’alimentation complémentaire, ainsi qu’à la mise en œuvre de la polyculture. Il existe une forte interaction entre la densité d’empoissonnement, le poids individuel final des poissons (taux de croissance) et le rendement qui doit être géré de manière attentive. En revanche, la gestion du second type repose essentiellement sur la monoculture, des densités d’empoissonnement élevées et une alimentation artificielle riche en protéines.

Quel modèle piscicole transférer ?

Pendant longtemps il a été admis que la pratique de la pisciculture de production ne nécessitait qu’un faible niveau de technicité de la part des pisciculteurs en comparaison des systèmes basés sur une alimentation exogène. La réalité est loin d’être aussi simple. Le premier système s’est surtout développé dans des pays ayant une tradition piscicole ancienne et ou le savoir faire ancestral, bien qu’empirique, joue un rôle essentiel. Les nombreuses tentatives de transfert de ces modèles piscicoles vers de pays ou il n’y avait pas de tradition piscicole ont échoué. Les modèles aquacoles intensifs, basés sur des technologies plus évoluées, s’avère en fin de compte peut être plus faciles à transférer puisque leurs principales composantes (densité d’empoissonnement, taux de nourrissage, composition de l’aliment.) sont bien définie et que l’élevage est conduit dans un environnement ou les composantes naturelles non contrôlées interférent peu (élevage en cages en lacs et rivières) ou pas du tout (raceways, bacs). Le niveau de risque, en termes de maladies des poissons, est toutefois considérablement réduit dans les systèmes d’élevage extensifs par rapport aux systèmes intensifs. Les coûts de production et les rendements sont supérieurs dans les systèmes intensifs.

Les étangs piscicoles

En termes de besoin fonciers, pour un niveau de production donné, les étangs nécessitent davantage de surface foncière (ou surface en eau) que les systèmes piscicoles plus intensif qui, eux, nécessitent des taux de renouvellement en eau élevés. Les étangs de pisciculture ont en général un faible impact négatif sur l’environnement. Ils peuvent être utilisés pour recycler différents types de déchets comme les effluents (domestiques ou d’élevage), directement dans des milieux empoissonnés ou indirectement via des bassins de stabilisation et de maturation ou le poisson constitue le maillon ultime.

L’investissement en capital nécessite à la construction des étangs peut être substitué par la capacité de travail du pisciculture, ce qui n’est pas le cas pour les cages, enclos ou bacs qui requirent du matériel devant être acheté, voire importé. L’approvisionnement en intrants des systèmes basés sur l’emploi d’un aliment de haute qualité nécessite un fond de roulement élevé, ce qui n’est généralement pas le cas des systèmes semi-intensifs utilisant des intrants peu couteux comme les sous produits agricoles ou les déchets d’élevage ou agricoles. Exprimée en hommes-jours par unité de poisson récoltée, la quantité de travail requise pour la gestion des systèmes d’élevage est supérieure avec les étangs (principalement pour la maintenance des infrastructures, le nettoyage, la fertilisation et la récolte) qu’avec les cages ou les autres systèmes de production intensive de poisson. L’étang constitue une infrastructure d’élevage du poisson multi-usage, qui peut être utilisée pour le stockage de géniteurs et la maturation, pour la reproduction en utilisant diverses méthodes (naturelle, semi-naturelle et artificielle), l’élevage larvaire et le grossissement. De plus, la production d’alevins peut être réalisée dans des structures comme les hapas utilisés pour le tilapia, structures placées elles mêmes au sein des étangs. Au contraire, les infrastructures de type intensif sont habituellement spécialisées dans la production de poisson de taille marchande.

3. La gestion des élevages piscicoles

La reproduction

La pratique de la pisciculture nécessite un approvisionnement en alevins programmé et en grand nombre d’alevins capturés dans le milieu naturel s’avère insuffisant pour empoissonner les étangs ou cages, les piscicultures doivent obtenir des reproductions en captivités des pissons adultes qu’ils possèdent bien qu’ils soient possible de contrôler la production d’alevins en ayant recours à la reproduction naturelle grâce à des méthodes de gestion de l’environnement, les pontes stimulées par traitement hormonal restent les plus efficaces. Avec une telle méthode, plus la physiologie de la production de l’espèce est connue, meilleures sont les chances de succès.

La stimulation hormonale

Les systèmes nerveux et endocrinien des poissons agissent de concert pour coordonner la production. La stimulation neuronale est à l’origine de la chaîne d’événements, et les liens ultérieurs sont hormonaux. La réception de stimuli de l’environnement, comme la longueur du jour (photopériode), la température et les précipitations ou crues, relèves du système nerveux. Elle comporte le passage de l’information des récepteurs sensoriels au cerveau. Cette information, au moment ou elle atteint l’hypothalamus, détermine l’activité hypophysaire par le biais de messagers chimiques connus sous le nom de libérines ou releasing hormone et ils sont identiques très peu différent chez la plupart des poissons. Ils initient la libération d’hormones gonadotropes par l’hypophyse. Ces dernières influencent la production d’hormones sexuelles stéroldiennes au niveau de la gonade.

Les hormones stéroldiennes sont responsables de la maturation des gamètes et, si les stimuli environnementaux et sociaux sont présents, l’ovulation (ou la spermiation) et la ponte surviennent. La libération des gonadotrophines est inhibée par certains mécanismes, notamment hormonaux. La dopamine est al principale substance inhibitrice de la gonadopine chez les poissons.

Estimer la maturité des reproducteurs

La pisciculture désireuse d’induire la reproduction au moyen d’hormones doit avant toute chose estimer la maturité des reproducteurs, puisque le succès de l’opération repose sur l’exactitude des informations sur l’état de maturation de la gonade. La maturité des poissons peut être estimée a partir de l’apparence externe (abdomen gonflé et mou, et papille génitale enflée chez les femelles, libération de laitance après massage de l’abdomen chez les mâles. ou en utilisant des méthodes plus complexes ou nécessitant du temps, basées sur des biopsies gonadales et des analyses d’ovocytes (diamètre de l’ovocyte et distribution des tailles, morphologie des ovocytes et position du noyau dans la cellule).

Minimiser le stress

Les manipulations de poissons doivent être réalisées de manière à minimiser le stress : utilisation d’anesthésiques, stockage d’un faible nombre de géniteurs, humidification des mains et de tous les ustensiles de manipulation des poissons, couverture des yeux des poissons, couverture des yeux des poissons, réduction du bruit etc. l’homme induisant la ponte est généralement administrée par voie intramusculaire ou intra péritonéale, mais il existe également des techniques d’induction par voie orale ou par implant. Cette dernière permet une libération lente de l’hormone, sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Le choix de l’hormone

Le choix de l’hormone dépend de nombreux facteurs, notamment de l’espèce à reproduire, de son coût et de sa disponibilité, de la formation technique et des installations disponibles pour l’incubation des œufs et l’élevage larvaire. Les pisciculteurs utilisent en général soit une gonadotropine, soit un analogue de GnRH, avec ou sans antagoniste de la dopamine.

Le mélange du sperme et des œufs

Le sperme et les ovocytes des poissons ayant réel un traitement hormonal sont généralement collectés par massage en comprimant doucement l’abdomen, puis ils sont mélangés. Le mélange artificiel des œufs et spermatozoïdes peut aboutir à un taux de fécondation très élevé, supérieur à 90%, mais les techniques varient d’un poisson à l’autre. La méthode scène est la plus employée.


Mémento de l’agronome, fiche technique d’élevage tropical, IEMVT-Cirad, juin 1989

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