Fiche technique du bananier

Un article de Ngoma.

Le bananier est une plante alimentaire, cultivée sur toute la zone intertropicale, dont la production de fruits est en partie commercialisée à l’exportation. En 1995, la production mondiale a atteint 54 millions de tonnes de bananes Le bananier est une plante de type herbacé à port dressé, dont la taille varie de deux à cinq mètres suivant les espèces. Le stipe, ou pseudo-tronc, est formé par la base des feuilles engainantes qui se développent à partir d’une souche vivace ou rhizome.

L’inflorescence se développe sur l’axe central donnant naissance à un régime qui s’alourdit progressivement ; chaque rangée de fruit constitue une main. Lorsque le régime arrive à maturité, le stipe dépérit. A la récolte, celui-ci est détruit et la survivance de la plante est assurée par le maintien d’un rejet issu de la souche de la plante-mère.

Dans les zones humides ou facilement irrigables où la culture est développée, les aménagements précédant la plantation, comme le défrichement ou le drainage, sont en partie mécanisables. Des aménagements particuliers doivent être envisagés pour la mécanisation ultérieure des opérations culturales sur la bananeraie :

  • le terrain doit être entièrement défriché, essouché et relativement bien nivelé ;
  • la plantation doit se faire en lignes avec des entre-rangs suffisamment larges pour le passage des machines ;
  • le sol doit être suffisamment portant et accessible (passage des fossés), avec éventuellement création de voies d’accès et de desserte ;
  • la surface minimum doit être de 4 hectares.

Sur les terrains en pente des zones montagneuses des Antilles, ou dans des régions à climatologie trop défavorable avec un sol détrempé par les pluies violentes, l’utilisation de tracteurs est quasiment impossible.

Ecologie

Les besoins en eau du bananier sont importants (120 à 150 mm/mois) et exigent une irrigation d’appoint en cas de déficit hydrique sur une longue période. La plante se développe dans les sols très humides à la limite de la saturation (plaines, bas-fonds). L’optimum de température est compris entre 25°C et 30°C. Le bananier est sensible aux basses températures et aux vents. En dessous de 12”C, le développement est arrêté, et la plante est détruite en dessous de 4°C.

Le bananier exige des sols sains, profonds, bien aérés, riches en azote et en potasse. Le système racinaire est relativement superficiel et demande un sol bien ameubli, où le niveau de la nappe phréatique reste à plus de 80 cm de profondeur.

La mise en place de la bananeraie

Sur sol forestier, le défrichement est réalisé soit par abattage progressif du sous-bois, puis des grands arbres, soit par abattage et essouchage systématique.

Le défrichement progressif sans travail profond

Dans un premier temps, le défrichement est limité au sous-bois en utilisant des outils manuels (hache, machette) ou motorisés (tronçonneuse, débroussailleuse), avec une destruction partielle par le feu. Les arbres, en partie calcinés, sont abattus progressivement et se décomposent sur place. La mise en place de la plantation se fait progressivement d’une année à l’autre ; il faut plusieurs années pour que la plantation soit libre de tout arbre (10 ans au Cameroun). Durant cette période, voire même au delà, la mécanisation n’est pas possible sans un aménagement complet de la bananeraie (création de voies d’accès, plantation en lignes, canaux de drainages, destruction des souches...). On veille à conserver le profil naturel du terrain.


Le défrichement systématique suivi d’un sous-solage

La méthode la plus courante consiste à employer des engins motorisés puissants (matériel de génie civil à chenilles) avec des équipements adaptés pour l’abattage, I’andainage, l’extirpation des souches et l’éclatement du sol en profondeur.

Le travail est relativement rapide mais coûteux, parfois difficilement réalisable dans les bas-fonds humides, voire impossible OU déconseillé dans les terrains en pente. Le défrichage, éliminant toute la végétation, est suivi d’un sous-solage croisé pour nettoyer et ameublir le sol en surface, mais aussi pour éclater les couches en profondeur afin d’accroître la perméabilité. La profondeur conseillée est de 60 à 80 cm et l’écartement de 1 à 1,5 m, plus serré en sol lourd.


L’installation du réseau de drainage

En plantation « traditionnelle » sur terrain humide, inondable, les bananiers sont plantés sur des buttes hautes et larges permettant de relever le niveau d’enracinement par rapport à celui de la nappe phréatique. Ce travail est entièrement manuel, et les fossés sont nettoyés périodiquement pour assurer I’ évacuation des eaux excédentaires. En plantation mécanisée de zone humide, le drainage est indispensable, et la densité du réseau dépend des qualités physiques du sol, de la pente et des quantités d’eau à évacuer. En terrain plat ou en pente très faible, le drainage se fait par des fossés ouverts :

  • de 0,8 m à 1 m de profondeur sur le réseau primaire, avec des écartements variant de 10 à 100 m ;
  • plus profonds (jusqu’à 2 m aux Philippines), et beaucoup plus larges sur le réseau secondaire de collecteurs, perpendiculaires aux premiers, à des intervalles de 50 à 200 m ;
  • avec un fossé de ceinture pour collecter les eaux de ruissellement provenant des terrains voisins.

Les travaux sont réalisés mécaniquement à l’aide de pelles hydrauliques ou de machines à canaux, suivant un tracé facilitant le travail en bandes, avec des passages pour les voies d’accès. En terrain lourd et/ou légèrement en pente, le réseau primaire peut être enterré à une profondeur d’au moins 80 cm et relié au réseau collecteur, celui-ci étant en général ouvert. Ce système demande une étude technique préalable du terrain, et la pose de drains en matière plastique peut être entièrement mécanisée (draineuse automotrice).

La préparation de la bananeraie avant replantation

De nombreux planteurs pratiquent une replantation périodique. Celle-ci consiste à détruire les anciens bananiers, à prélever et replanter des rejets après aménagement de la plantation. Les opérations sont mécanisables, sous condition que le terrain soit libre de tout obstacle encombrant (troncs décomposés, souches enlevées) et que le réseau de drainage en surface ne soit pas trop dense. Plusieurs méthodes sont appliquées suivant l’état du terrain et les disponibilités en matériel et en main-d’œuvre.

Après prélèvement des rejets, une première méthode consiste tout d’abord à détruire les anciens bananiers par deux passages croisés d’un pulvériseur lourd à disques de grand diamètre (Rome plow), à grande vitesse, suivi de plusieurs passages avec les disques « ouverts » pour incorporer les résidus au sol. Puis, on effectue un ameublissement profond par deux passages obliques d’une sous-soleuse à 80 cm de profondeur, pour favoriser l’aération et la pénétration de l’eau, suivi d’un sillonnage à la machine à canaux, effectué sur sol sec.

Dans d’autres cas, le travail est limité à I’ essouchage par un sous-solage à proximité des bananiers, puis le tout est poussé au moyen d’une lame frontale (bouteur) en dehors de la plantation.

Quand l’ancienne plantation a été réalisée en lignes avec de grands intervalles, ceux-ci sont ameublis en profondeur par plusieurs passages de sous-soleuses et les plants sont directement prélevés sur les anciennes souches pour être remis en terre dans les zones travaillées. Les anciens plants sont détruits sur place (tronçonnage manuel) et les souches sont évacuées en cas de forte infestation. Les débris sont placés entre les deux nouvelles lignes, puis le terrain est ameubli (sous-solage) et aplani (nivellement grossier) pour favoriser les travaux d’entretien.

Tous ces travaux, réalisés avec du matériel lourd, doivent être effectués pendant les périodes sèches quand le terrain est bien ressuyé, pour limiter les risques de bourrage, surtout en terrain argileux.

La plantation

La préparation du sol

Le sous-solage est la principale opération de travail du sol avant la replantation dans les sols compacts et lourds, mais aussi dans les sols sableux qui se tassent et durcissent en profondeur après plusieurs années de culture. Deux ou plusieurs passages sont nécessaires, en général croisés ou obliques à 60-80 cm de profondeur. Mais le sous-solage n’est efficace durablement qu’en terre sèche ; il est déconseillé en zone humide ou dans les sols à forte rétention d’eau. II est parfois remplacé par un labour profond à la charrue de défoncement.

Le sillonnage et la trouaison

Pour mettre en place les rejets, il faut creuser des trous ou des sillons de plantation. Sur les plantations de petite dimension ou les replantations de moindre importance, les trous sont faits au moyen d’une tarière portée sur un tracteur à roues. Le diamètre préconisé varie de 40 à 60 cm et la profondeur de 60 à 70 cm. En terrain humide, surtout si les sols sont argileux, la trouaison est difficile car la terre colle, et les parois lissées empêchent le développement ultérieur du système racinaire (culture « en pot B).

Le sillonnage est la technique la plus courante sur les grandes plantations. Un sillon profond à fond plat, d’une largeur de 25 à 30 cm, est réalisé au moyen de corps sillonneurs traînés par un tracteur à chenilles, ou d’une excavatrice (fraise rotative utilisée pour creuser les fossés). Le sillonnage est parfois la seule opération culturale réalisée au moment de la plantation. Dans le cas d’une plantation mécanique, la planteuse est équipée de corps sillonneurs qui ouvrent directement le sillon.

La densité et le module de plantation

La densité et le module de plantation sont établis en fonction de l’altitude et de l’ensoleillement, ainsi qu’en fonction des techniques culturales appliquées -mécanisation des travaux d’entretien, haubanage (figure 65). Avec une plantation en lignes simples, l’écartement entre les rangs est constant (3 à 4 mètres). Mais les possibilités de mécanisation sont réduites à cause du déplacement des souches au cours des cycles successifs.

La plantation en lignes jumelées a l’avantage de permettre la mécanisation des travaux dans le grand écartement et de pouvoir faire le haubanage entre les deux lignes rapprochées sans gêner le passage des machines. Souvent, la plantation est faite en quinconce pour avoir une meilleure utilisation du rayonnement solaire. La densité varie de 1 800 à plus de 2 300 plants par hectare. Mais les densités trop élevées sont à l’origine de l’allongement des pseudo-troncs (fragilité, casse) et de la création de microclimats favorables à la prolifération des champignons parasites.

La mise en place des plants

La plantation doit être effectuée dans les trois jours qui suivent l’arrachement des rejets et la préparation du terrain. Les plants sont préparés (parage) puis transportés sur le terrain à proximité des trous ou sillons. La mise en terre est une opération assez longue si elle est effectuée à la main : les plants sont placés au fond du sillon et légèrement recouverts de terre. Puis, de la terre est rapportée au cours des premiers traitements de contrôle de I’ enherbement et de fertilisation.

La plantation mécanique en lignes simples ou jumelées est effectuée au moyen d’une planteuse s’adaptant sur le relevage d’un tracteur de forte puissance. Cette machine, dérivée d’une planteuse à canne à sucre, comprend :

  • un ou plusieurs corps sillonneurs à ailes réglables ;
  • un distributeur d’engrais ;
  • une grande trémie contenant les bulbes.

Un ou deux ouvriers assis à l’arrière de la machine glissent les bulbes dans le sillon à intervalles réguliers (déclenché par un signal sonore). Deux déflecteurs réglables repoussent la terre pour couvrir les rejets.


L’entretien des plantations

Les soins à donner aux bananiers sont essentiellement manuels (sillonnage, soins aux inflorescences, tuteurage...), mais plusieurs travaux d’entretien de la plantation sont mécanisables.

L’entretien superficiel

Le bananier est sensible à la concurrence des adventices. Le paillage du sol, effectué en début de plantation, permet de limiter leur développement, mais cette technique entièrement manuelle est d’un coût très élevé. Sur les jeunes plantations, la taille réduite des plantes et le faible développement racinaire facilitent l’entretien mécanique du sol. Le travail superficiel durant les trois premiers mois de végétation peut être réalisé au moyen d’un pulvériseur léger ou d’une bineuse rotative à faible profondeur. Ensuite, l’herbe est coupée régulièrement, le plus ras possible, par gyrobroyage.Mais ces opérations ne sont pas toujours réalisables à cause de l’état du terrain (difficulté d’accès, mauvais nivellement) et des risques d’érosion et de tassement du sol par roulage et de prolifération des adventices à rhizome. De plus, ce travail doit être complété par un entretien manuel à proximité des plants.


L’entretien en profondeur

Certains sols ont tendance à se compacter, empêchant ainsi le développement des racines en profondeur. Un ou plusieurs passages de sous-soleuse ou d’instrument à dents (chisel à dents rigides) peuvent être effectués dans les entrerangs, mais il faut éviter tout travail à moins de 80 cm des plantes, et pendant la période de la floraison à la récolte.

Le désherbage chimique

La technique actuelle la plus courante de lutte contre les adventices est I’ application de produits herbicides :

  • herbicide de pré-émergence épandue avant plantation ;
  • puis pulvérisation d’herbicide de contact en cours de plantation.

Sur les grandes plantations, l’application se fait au moyen d’un appareil de traitement (pulvérisateur ou atomiseur) porté derrière un tracteur équipé d’une rampe qui passe dans l’entre-rang le plus large. Le travail à proximité des plants, entre les bananiers, dans l’entre-rang étroit et sur les plantations d’accès difficile ou de moindre dimension, est réalisé avec des appareils de traitement portés à dos d’homme.

L’épandage d’engrais

La fertilisation se fait au moment de la replantation en apportant une quantité importante d’engrais de fond (1 à 2 tonnes/hectare), puis par des apports fractionnés en cours de culture. L’engrais de fond, présenté en granulés, est appliqué en général avec un épandeur centrifuge ou pendulaire, porté ou traîné derrière un tracteur, aux moments des travaux de préparation des sols. En cours de culture, les doses apportées périodiquement sont beaucoup plus faibles (50 à 100 kg/ha). L’épandage d’engrais soluble se fait de plus en plus par le système d’irrigation (C fertigation))).

L’irrigation

Les besoins en eau sont importants, surtout en période chaude et de forte insolation ; c’est un des facteurs déterminants dans le rendement et la qualité de la production. Les besoins sont estimés ainsi :

  • en forte insolation : 50 m3/ha/jour ;
  • par temps mi-couvert : 36 m3/ha/jour ;
  • par temps couvert : 19 m3/ha/jour.

Le maintien du niveau de la nappe phréatique à proximité du réseau racinaire est difficile à maîtriser en période sèche. Plusieurs systèmes d’irrigation sont appliqués, et le choix varie en fonction des caractéristiques physiques du sol, du climat, de la disponibilité en eau et de la taille des plantations. L’irrigation par ruissellement sur planches comme en agrumiculture est souvent appliquée sur les petites plantations.

L’irrigation par aspersion est la plus courante :

  • par canon à eau et enrouleur permettant de couvrir une bande large de plus de 100 mètres ;
  • par asperseur sous frondaison.

L’irrigation contrôlée (en goutte à goutte) tend à se développer de plus en plus. Le traitement antifongique contre la cercosporiose est le plus important. II est renouvelé périodiquement. Pour être pleinement efficace, chaque traitement se fait en deux phases :

  • tout d’abord par voie aérienne au moyen d’un avion, d’un hélicoptère ou d’un Ulm (ultra léger motorisé) équipé de buses micronaires ou de rampes de pulvérisation ;
  • ensuite par un traitement sous frondaison par voie terrestre au moyen d’un pulvérisateur pneumatique à dos ou porté derrière tracteur.

Contre les nématodes destructeurs des racines, on effectue un épandage de granulés nématoïdes à la base des bananiers deux à trois fois par an.

La récolte

Les bananes sont cueillies vertes. La détermination du moment favorable pour la coupe des régimes est fondée sur le degré de grossissement des fruits. Les rendements varient de 20 à 60 tonnes/hectare selon la qualité des techniques Culturales, les variétés et les conditions écologiques.

La récolte des régimes est manuelle. Elle est effectuée par deux hommes : un coupeur et un porteur. Le régime est sectionné à une trentaine de centimètres au-dessus de la dernière main, puis le pseudo-tronc est coupé et laissé sur le champ.

Le transport

Une fois cueillis, les régimes sont transportés vers le centre de conditionnement. C’est au cours des manutentions et du transport que les risques de dégradation de la qualité des fruits sont les plus importants. Le transport par remorque se fait régime debout ou couché, en plaçant un matelas en mousse entre les régimes ; mais les torsions et les flexions exercées sous le poids des régimes entraînent de nombreuses blessures. Une variante est la remorque à plateaux superposés, chargés de berceaux garnis de matelas de mousse. Chaque berceau amovible est placé directement sous le régime à récolter, puis transporté sur l’un des plateaux de la remorque, assurant de ce fait une bonne protection dès la coupe.

Le transport par câble ou table-way

Des câbles fortement tendus sur des arceaux en hauteur (à plus de 2 mètres du sol) dans les allées servent de chemin de roulement à des chariots qui transportent les régimes verticalement. L’installation comprend un câble central simple ou double qui raccorde les câbles secondaires à la zone de stockage située à la station d’emballage. Les câbles secondaires situés de part et d’autre du câble central sont espacés d’une centaine de mètres et couvrent toute la plantation.

Les régimes récoltés manuellement sont suspendus puis halés par des chariots-tracteurs à moteurs hydrauliques commandés par un petit moteur thermique. Sur les câbles secondaires, les régimes sont en général poussés à la main. L’installation ne peut pas s’adapter à toutes les topographies D’autre part, le coût est relativement élevé, et le transport des régimes nécessite plusieurs manutentions, source de blessures des bananes.

Le transport en main

Les « mains » sont séparées de la hampe sur le champ, posées dans des caisses rangées sur des palettes, puis transportées jusqu’au hangar de conditionnement. Si le travail est soigné, les risques de blessures sont réduits, mais ce système nécessite une main-d’œuvre importante pour la récolte sur le champ.

La Motorisation dans les cultures tropicales, par Roland Pirot, P189-200

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