Fiche technique du palmier à huile
Un article de Ngoma.
Le Palmier à Huile
Le palmier à huile (Elaeis guineensis) est originaire d’Afrique tropicale humide. Sa culture est signalée en Afrique au XVIIIe siècle, et a été introduite en Asie du sud-est au milieu du XIXe siècle. Les plantations se sont développées au XXe siècle et surtout depuis les années 50 à 60 . Le palmier à huile produit 1 000 à 1 500 fruits (drupes) par régime de 15 kg environ. La partie charnue des fruits (pulpe) donne I’ huile de palme et l’amande de la graine donne I’ huile de palmiste.
L’huile de palme est utilisée :
- dans l’alimentation humaine : huile de table, friture, graisses végétales, margarine, vitamines A et E ;
- dans l’alimentation animale : sous-produits ;
- dans l’industrie : savonnerie, étamage, cosmétiques, pharmacie. L’huile de palmiste (concurrente de I’ huile de coprah) est utilisée :
- dans l’alimentation humaine : margarinerie, confiserie ;
- dans l’industrie : savonnerie, acides gras, lipochimie. La production d’huile de palmiste avoisine 10 % de la production d’huile de palme.
La plante et son exploitation
Le palmier à huile est un arbre à croissance continue. Ses besoins sont les suivants:
- eau : 120 à 150 mm par mois;
- insolation minimale : 1,4 mégajoule par m’ et par jour ;
- hygrométrie supérieure à 70 % ;
- température minimale absolue : 18°C ;
- sols de texture moyenne ;
- bien que s’accommodant de sols relativement pauvres, le palmier à huile répond aux fumures K, P, Mg, N. Les récoltes exportent principalement du potassium (dans les rafles).
La production d’une plantation en exploitation est continue, avec des pics et des creux plus ou moins importants : minimum mensuel de 4 à 6 % de la production de l’année et maximum mensuel de 12 à 18 %. Ces données sont capitales pour l’organisation des chantiers de récolte. Une parcelle entre en production lorsque les palmiers atteignent 4 à 7 ans. La production n’est plus récoltée dès que la hauteur de l’arbre entraîne une contrainte économique trop forte.
La multiplication et la production du matériel végétal
Le palmier à huile se reproduit naturellement, uniquement par graines. Les graines utilisées pour la création de plantations sont produites par fécondation artificielle de matériel végétal sélectionné. Les arbres obtenus sont du type Tenera. Pour que leur germination soit satisfaisante, les graines doivent être forcées dans un milieu artificiel ; ensuite les plantules sont placées en pré pépinière, où elles restent 3,5 à 4 mois, puis en pépinière où, en 7 à 8 mois, elles Deviennent des plants aptes à la transplantation définitive au champ. Un hectare de plantation (143 arbres en triangle équilatéral /ha) nécessite 220 graines à mettre en germoir 15 à 16 mois avant plantation.
Les germoirs
Pour les plantations importantes, on utilise des bâtiments (appelés « germoirs ») isothermes, qui sont chauffés soit par air chaud (peu fréquent), soit par circulation d’eau chaude (thermosiphon) ou par électricité. Cette phase de préparation des semences dure 4,5 mois dont 3 mois de chauffage à 39°C. 198 Le palmier à huile
Les prés pépinières
Pré pépinières et pépinières sont établies à proximité d’un point d’eau. Sur un terrain plat, la surface des prépépinières, très réduite, représente 0,G % de celle à planter, soit une surface de 60 ares pour un programme de 1 000 ha. Les graines germées sont placées dans des sachets de polyéthylène remplis avec du terreau, que l’on peut prélever à la surface des andains décomposés (reliquat du d’ef rrc h ement) ou dans des couches superficielles de sol de forêt. Ces sacs une fois remplis ont les dimensions suivantes : hauteur = 18 cm, diamètre= 8 cm, volume = 0,8 litres, poids = 1 kg.
La collecte du terreau pourrait être effectuée par un tracteur agricole muni d’un chargeur frontal équipé d’un petit godet. Elle est en général effectuée manuellement. Le terreau est tamisé (maille : 1 cm), éventuellement mélangé avec du sable et conditionné par un cribleur-tamiseur de terreau, mobile, actionné par un moteur de 3 à 5 ch, qui permet un débit horaire de 3 à 6 rn’ (Grégoire, Toy, Turbe,...). La mise du terreau en sacs de polyéthylène peut se faire avec une ensacheuse.
Les pépinières
La pépinière est conduite en sacs de polyéthylène noir : sa surface, beaucoup plus importante que celle de la prépépinère, représente environ 1 % de celle à planter, soit 1 ha pour un programme de 1 000 ha. Les opérations de piquetage des planches, d’installation des sacs remplis et de plantation sont manuelles. Le creusement de petits fossés d’assainissement (irrigation en pleine surface) peut être mécanisé a l’aide d’une sillonneuse ou d’une rigoleuse.
La mise en sacs de polyéthylène
Comme pour les prépépinières, il faut disposer de terreau et le mettre en sacs de polyéthylène noir, de 40 X 40 cm. Ces sacs, une fois remplis, ont un diamètre de 25 cm, une hauteur de 32 cm, une capacité de 15 I et un poids de 25 kg. Les mêmes problèmes de motorisation se posent que pour les prépépinières ; cependant, les tonnages concernés sont beaucoup plus importants (près de 3 m’ pour 1 ha de plantation).
L’entretien des pépinières
L’ARROSAGE
Les pépinières ayant un besoin d’eau important, on devra disposer d’une quantité suffisante pour alimenter un système d’arrosage pouvant débiter au minimum 7 m3/ha/h, qui sera fonction de l’étendue de la pépinière et du dispositif : réservoir en charge avec tourniquets, motopompe et canon d’arrosage...
LES TRAITEMENTS FT LE DÉSHERBAGE
Les nombreux traitements, tant fongicides qu’insecticides, peuvent être réalisés avec des pulvérisateurs à dos. Dans les pépinières en sacs de polyéthylène, le désherbage manuel est minutieux, délicat et coûteux : aussi est-on amené à utiliser des désherbants chimiques sur le sol, entre les sacs. On utilise à cet effet des pulvérisateurs à dos, le plus souvent à pression entretenue, munis d’une lancée équipée d’une buse à miroir et d’un cache. II faut traiter en l’absence de vent.
La mécanisation des opérations culturales
La plantation de premier cycle après forêt est de plus en plus rare. Elle a encore lieu après savane, ou après jachère. La replantation après palmeraie ou autre culture (hévéa..) est devenue un cas de figure courant.
Le Dispositif de plantation
Les palmiers sont plantés selon un dispositif en triangle équilatéral de 9 mètres de coté, qui nécessite un écartement de 7,80 m entre les lignes et 9 m sur la ligne, soit 143 arbres par hectare. L’orientation nord-sud des lignes n’est pas Obligatoire et il faut plutôt privilégier l’adaptation au modelé du terrain (pente, bas-fonds...) et au réseau routier (travail sur carte).
En conséquence, les andains de défrichement (forêt, palmiers ou hévéas) seront disposés à 15,6 m, soit un interligne sur deux. II faut observer la plus grande prudence vis-à-vis d’écartements plus grands comme l’ont montré des expériences de plantations industrielles antérieures. L’écartement entre les pistes de collecte est classiquement de 252 m. Mais il faut l’adapter à la topographie et à la morphologie des parcelles sans I’ accroître, pour conserver une longueur de parcours de portage de la récolte qui ne soit pas exagérée.
Le défrichement
Dans le cas d’une plantation de palmiers après abattage de forêt, on préfère maintenant des techniques légères qui préservent les qualités des sols :
- abattage complet à la tronçonneuse ;
- découpage en tronçons courts (1 à 2,s m) de toutes les parties (troncs,branches) pour faciliter leur déplacement ;
- brûlage ;
- ouverture de lignes ou d’interlignes (allées) par andainage. L’opération peut être mécanisée classiquement à l’aide d’un chenillard équipé d’un râteau. Pour faciliter I’andainage, les couronnes sont sectionnées et les billes de plus de
50 cm sont tronçonnées et placées parallèlement à l’axe des futures allées.
La disponibilité en terres pour des plantations en zone de savane est désormais elle aussi réduite. Le défrichement par travail aux disques doit être remplacé par un traitement herbicide contre la principale espèce présente (Imperata). La caractéristique des plantations en savane est de ne pas comporter d’andains et d’avoir tous les interlignes dégagés.
Dans le cas d’une mise en place après ancienne plantation, l’élimination des vieux palmiers s’effectue :
- par abattage, soit manuel avec ou sans exploitation du vin de palme, soit mécanique simple à l’aide d’un chenillard type D6 muni d’une flèche, soit par déchiquetage sur ‘pied à l’aide d’un godet tranchant au bout du bras d’une pelle
mécanique (peu diffusé) ;
- par l’empoisonnement sur pied par injection d’herbicide, non suivi d’abattage; l’extirpation des souches peut être effectuée avec des dents amovibles sur lame bull. L’andainage peut être réalisé comme dans le cas d’une forêt, décrit
ci-dessus. En cas d’infestation d’adventices comme Imperata ou Chromolaena,il faut réaliser un traitement herbicide avant l’abattage afin de limiter leur développement ultérieur.
La décompactions avant replantation de seconde génération D’après des études en Côte d’ivoire, dans la savane de Dabou, le compactage du sol était à l’origine de rendements inférieurs dans certaines palmeraies de seconde génération. Des mesures correctives ont été proposées. Les essais de sous-solage avant replantation ont montré un effet positif de cette technique sur la croissance des jeunes palmiers, et une amélioration du rendement. La conception des dents de sous-solage a été étudiée en fonction des conditions de sol et de l’effet recherché (figure 61). Mais le fait de disposer de mesures correctives ne doit pas dispenser de raisonner les opérations mécanisées dans le sens de la préservation d’un état satisfaisant du sol, en particulier en adaptant la pression au sol des engins.
L’installation d’une plante de couverture
La plante de couverture (Pueraria phaseoloïdes) est semée manuellement à la volée ou en poquet. Les graines sont recouvertes par un pulvérisage ou simplement au pied (sur poquet). La plante de couverture est destinée à protéger le SOI mais aussi à recouvrir les stipes de l’ancienne plantation, lieu de multiplication des ravageurs. On peut adjoindre une autre espèce, Mucuna cochinchinemis, plante annuelle dont le développement est très rapide, en particulier sur stipes des vieux palmiers. En dispositif continu, on trouve 135 palmiers plantés par hectare aménagé (plantation + route).
La plantation
Environ trois mois avant la date de plantation, on procède à la trouaison. Les trous doivent avoir 60 cm en toutes dimensions. Cependant, la profondeur peut être sensiblement supérieure selon la nature du sol. La trouaison peut être mécanisée au moyen de tarières portées par le relevage hydraulique du tracteur. Les plants, conditionnés en sacs de polyéthylène, sont acheminés au bord de la parcelle par camion ou tracteur agricole et remorque. Le réseau routier doit donc être ouvert. Le transport motorisé est possible jusqu’au trou si I’ interligne est bien dégagé (après savane ou lors d’une replantation) ; sinon, on recourt au portage manuel (3,5 à 4 tonnes à transporter par hectare).
L’entretien de la jeune palmeraie
L’entretien des arbres comprend la coupe des feuilles sèches à la machette et éventuellement l’ablation de l’inflorescence. Pour traiter les insectes nuisibles au feuillage ou au bulbe du plant, les pulvérisateurs mécaniques à pression entretenue et pneumatiques à dos suffisent. Le rendement journalier est d’environ deux hectares par opérateur. L’entretien des ronds (désherbage autour des jeunes palmiers, au delà des feuilles basses touchant le sol), se fait en général manuellement. II est nécessaire de passer 5 à 8 fois par an selon les conditions de milieu. II est possible, mais risqué, de traiter chimiquement le rond pour retarder le développement de Pueraria. Avant que le feuillage des palmiers couvre la totalité du sol (environ 5 ans), l’entretien des interlignes est nécessaire. Mais, très fréquemment, la main d’œuvre fait défaut et des recrûs arbustifs d’espèces adventices s’installent. II Faut alors les détruire chimiquement par humectation avec une bouillie herbicide concentrée (badigeonnage au pinceau,) Si les arbustes ont plus de 10 cm de diamètre, il faut entailler le tronc à la machette et badigeonner les blessures. Le rabattage de Pueraria à l’aide d’un gyrobroyeur ne se pratique plus souvent ; les ronds doivent donc être d’autant mieux entretenus.
L’entretien des arbres matures L’élagage
Le palmier émet des feuilles selon un angle de divergence d’environ 135” en constituant des spires qui tournent soit vers la droite soit vers la gauche. L’élagage est pratiqué en dehors de la récolte, une à deux fois par an, afin de Favoriser la fécondation et de repérer plus rapidement et plus sûrement les régimes mûrs, de les couper et de contrôler la récolte effectuée par les ouvriers. Cinq à quinze feuilles sont coupées à chaque tour selon l’âge et le niveau de productivité, le niveau d’élagage est déterminé à partir du régime arrivant à maturité : on conserve la palme qui le soutien et toutes les palmes plus jeunes, soit environ 35 à 40.
Un régime mûr se trouve à l’aisselle d’une feuille. Le régime ayant un pédoncule assez court (10 centimètres), il est fortement encastré entre les pétioles des feuilles. Lors de la récolte, pour couper et extraire le régime, il faut abattre au préalable une ou plusieurs palmes, en particulier celle qui le soutien.
Les outils utilisés pour l’élagage sont la machette ou la faucille emmanchée, selon la hauteur des arbres. Pour les plus hauts (au-delà de 12 m) on emploie encore des grimpeurs équipés d’une ceinture et de chaussures à pointes. Les feuilles doivent être coupées en biseau aussi vertical que possible et au plus près de leur insertion sur le stipe. La coupe doit être franche pour assurer une cicatrisation saine et rapide. Les palmes tombées doivent être débarrassées de l’interligne où l’on circule, et entassées dans I’andain. Cette opération est généralement effectuée par des manœuvres et non par les élagueurs.
II est recommandé, à cette occasion, de séparer d’un coup de machette la base du pétiole épineuse qu’on jette dans I’andain, du reste de la feuille qu’on dispose dans l’interligne où il sert de couverture anti-érosive. L’entretien des ronds Le nettoyage de la périphérie du pied des arbres facilite le repérage des régimes mûrs par la vue rapide des fruits qu’ils ont laissé tomber. II permet aussi, lors de le récolte, de ramasser tous les fruits détachés, ce qui revêt une importance économique certaine.
L’entretien des ronds comprend un tour de désherbage
Manuel, souvent réalisé juste après l’élagage, et un à deux traitements chimiques par an. Les appareils utilisés sont des pulvérisateurs à pression entretenue ou des pulvérisateurs centrifuges qui appliquent la bouillie à bas volume (Figure 62).
Une comparaison des coûts d’une stratégie de sarclage « tout manuel » et d’une stratégie de sarclages alternés (manuekhimique) faite sur 21 hectares au Cameroun montre une économie considérable (de 3 à 1) lorsqu’on applique cette seconde stratégie. Une autre comparaison faite également au Cameroun a montré que le traitement à bas volume était moins coûteux que le traitement classique (3 450 Fcfa/ha contre 4 150 Fcfa/ha en 1990).
L’entretien des interlignes
L’entretien des interlignes est effectué au gyrobroyeur et on cherche à limiter la fréquence des passages pour des raisons économiques et agronomiques Figure 62. Désherbage chimique des ronds. (Risques de tassement). Un à deux passages par an suffit généralement.
L’objectif de cet entretien est seulement de pouvoir circuler dans les interlignes. Un désherbage chimique peut être nécessaire contre certains adventices (Chromolaena). II est éventuellement mécanisé. De façon pratique, pour des andains de 250 m, on traite 5 andains avec un appareil de 800 1. Les opérateurs se déplacent dans l’interligne et traitent chacun un demi-andain avec des lances.
La fertilisation
L’épandage d’engrais peut être mécanisé à partir de 7 ans environ. II est effectué une fois par an. II faudra cependant veiller à la pression au sol des engins circulant dans les interlignes : tracteurs, remorques... II en va de même pour les Sous-produits (liquides, boues, rafles) qui peuvent être épandus dans les plantations. Différents matériels peuvent être utilisés selon la consistance du sous-produit : épandeurs de lisier, de boues ou de fumier.
La défense des cultures
Au cours de son développement, le palmier à huile peut être infesté par des maladies, être attaqué par des ravageurs ou par des déprédateurs. On doit adapter le mode de traitement et l’appareillage en fonction du stade végétatif du palmier et de la surface colonisée par l’agent nuisible, en fonction de l’agent lui-même, et en fonction du type de plantation : palmeraies industrielles de grandes dimensions ou palmeraies villageoises petites et dispersées. Sur les plantations âgées de 5 ans et plus, on peut réaliser les traitements avec un pulvérisateur du type « Fludair canon jumelé ». Le rendement est de 2 à 2,5 ha/h, à 3 km/h environ (figure 63).
Lorsque les parcelles sont inaccessibles à des pulvérisateurs tractés, la thermo nébulisation constitue une solution efficace et peu onéreuse. Elle est réalisée avec des pulvérisateurs thermiques à main utilisant les gaz d’échappement d’un pulso-réacteur. Ils créent un brouillard de fines gouttelettes qui a cependant l’inconvénient d’être sensible à la dérive. Dans la lutte contre Coelaenomenodera minuta Uhman, dont les larves sont mineuses de feuilles, on utilise un injecteur d’insecticide systémique dans le tronc. Les rendements sont de 4 ha traités par jour et par équipe. Les moyens de traitement terrestres contre les ravageurs du feuillage ne permettent d’intervenir que sur des superficies infestées ne dépassant pas 100 ha. Au-delà de cette limite, on doit recourir à des moyens plus rapides :
les traitements aériens. Des poudrages et des pulvérisations réalisés à l’aide d’un avion ou d’un hélicoptère ont donné de très bons résultats. Le rendement moyen dans les deux cas est d’environ 55 ha par heure de vol. Le traitement par voie systémique est réalisé en une seule fois, alors qu’avec les autres modes d’intervention, on doit traiter trois fois à 15 jours d’intervalle, à cause des sorties échelonnées des C. minuta adultes. Les traitements contre les chenilles défoliatrices ne nécessitent, par contre, qu’une seule intervention par voie terrestre ou aérienne.
La coupe des régimes
II faut adapter l’outil de découpe du régime en fonction des palmes que l’on s’autorise à couper et de la hauteur des arbres. II est important de laisser au jeune palmier entrant en production le plus grand nombre de feuilles fonctionnelles. Dans les premières années de récolte (arbres de 2,5 à 6 ans), les régimes sont coupés avec un ciseau emmanché qui, en se glissant facilement entre le stipe et les bases pétiolaires, permet la coupe du régime sans supprimer les palmes sous-jacentes. II faut cependant extraire le régime encastré entre les pétioles de palme ; ce travail est effectué avec le manche du ciseau.
A partir de six ans environ, les régimes sont récoltés à la machette. Les deux feuilles subsistant généralement après l’élagage, sous le régime (feuille porteuse et feuille émettrice), peuvent être coupées pour atteindre son pédoncule.
L’utilisation d’une faucille emmanchée sur un bambou devient nécessaire dès que les régimes ne sont plus à « hauteur d’homme » : grâce aux caractéristiques de poids et de flexibilité du bambou, les manches peuvent atteindre 9 mètres. Après avoir sectionné la feuille porteuse, le régime coupé peut tomber sans que la feuille émettrice soit coupée. A ce stade de végétation, il est intéressant de préserver cette feuille émettrice. Au besoin, le récolteur fait basculer le régime avec la pointe de la faucille. La faucille (en particulier de type malais) est d’une remarquable efficacité car elle est plus ouverte. L’effort induit par le seul travail de coupe reste très modeste et l’habileté des récolteurs est grande. La productivité est donc satisfaisante.
Le problème de l’accès à la couronne des arbres hauts
Au-delà de 9 m, limite de longueur des bambous, l’accès à la couronne devient plus difficile. De 9 à 12 m (mesurés au régime), on utilise des faucilles emmanchées sur des tubes de Duralumin. Le poids et la flexibilité de ces tubes approchent ceux du bambou. Le manche est constitué de deux tubes coulissants de 6 m permettant de régler la longueur totale. Un tube télescopique peut aussi servir à allonger les bases de manches en bambou. La pénibilité s’accroît avec la hauteur des arbres et donc la productivité du travail diminue. On considère que la récolte devient impossible quand les arbres dépassent 12 m.
Dans le créneau 1 O-l 2 m, la baisse de productivité du travail des récolteurs et le taux de régimes non récoltables (hors d’atteinte ou non repérés) sont les deux critères ayant motivé les études de mécanisation de la récolte. Parmi les voies explorées, l’élévation du récolteur au niveau de la couronne a fait l’objet des études les plus nombreuses. Elles ont porté sur l’adaptation de matériels existants (nacelles élévatrices de voirie, chariots élévateurs...) ou sur la conception de matériels spécifiques. Cependant, les conditions économiques (prix de I’huile) et l’insuffisance des performances techniques n’ont pas conduit au développement de cette forme de mécanisation.
Disposant d’une énergie mécanique à partir de la nacelle, certains fabricants d’outils de coupe ont été associés aux études de motorisation de la coupe des régimes et palmiers. Différents principes ont été expérimentés : scies à chaîne, ciseau percuteur, sécateur hydraulique. Mais les outils manuels (faucille emmanchée) ont des performances remarquables pour le travail de coupe proprement dit. II ne faut donc probablement pas attendre de la motorisation une amélioration de la productivité de la récolte.
Le ramassage et le transport en bout de ligne
Le portage manuel des régimes est le plus répandu (paniers). Mais de nombreuses plantations utilisent aussi des brouettes. Elles sont parfois renforcées, à la fois pour augmenter leur durée de vie, pour être reconnaissables et pour éviter les vols. Le transport à l’aide d’animaux bâtés ou tractant des remorques est également pratiqué. Les risques de compaction du sol existent aussi avec ce type de remorque. Les régimes sont déposés en bout de ligne dans des containers ou en tas sur des filets qui seront chargés sur des camions pour l’huilerie.
Des dumpers ont été utilisés en Afrique (Côte d’ivoire...), comme engin de transport motorisé de petite capacité. Cette solution n’a pas connu de développement significatif. Leur rentabilité n’a pas été satisfaisante dans un contexte de baisse des cours de I’ huile, alors que la main-d’œuvre reste disponible. Ils n’ont présenté d’intérêt, dans ces conditions, que lors des périodes de pointe (1 à 3 mois par an). L’usage de mini-tracteurs pour le transport des régimes en bout de ligne a commencé en Malaisie. Des brouettes motorisées ont été expérimentées.
Des fruits se détachent du régime avant la récolte (indicateur de maturité) et au moment de sa chute sur le sol. Ce sont les plus mûrs, les plus riches en huile et leur récupération revêt une importance économique certaine. Le ramassage est manuel.
La prévention de la compaction du soi
Des engins roulants ont commencé à être utilisés comme aide à la récolte (nacelles), pour le ramassage des régimes, ou le sont régulièrement pour certaines opérations d’entretien. Or tous, même les plus petits, sont susceptibles de compacter le sol si la pression qu’ils exercent est exagérée pour un état du sol donné. II est donc important d’adapter la pression au sol des engins circulant dans les interlignes. Plusieurs moyens sont envisageables :
- choisir des pressions de gonflage appropriées ;
- choisir le cas échéant des modèles de pneu à basse pression ;
- jumeler des roues à pneus classiques ;
- utiliser des engins à chenilles métalliques ou en caoutchouc, même pour les plus petites puissances (y compris les motoculteurs).
Le transport de la parcelle à l’huilerie
Le transport de la parcelle à l’huilerie est effectué par des moyens classiques de transport : tracteurs agricoles et remorques pour des distances courtes (4 à 7 km) ou camions pour toutes distances.
La transformation
En Afrique de l’ouest, certains groupements de producteurs transforment les fruits du palmier. A côté des presses manuelles que l’on trouve au Nigeria, il existe au Cameroun un matériel motorisé qui effectue le dépulpage et le pressage en un seul passage (Speichim). Sa capacité est d’environ 200 kg à l’heure avec un moteur de 1,7 kW. Cette machine est en fait issue d’une presse française « Collin », qui n’avait pas eu de développement car elle devait être Actionnée manuellement.
La Motorisation dans les cultures tropicales, par Roland Pirot, P189-200


