L’appui de la Commission européenne à la relance agricole en RDC. Une approche adaptable au contexte
Un article de Ngoma.
Houben, P.
Responsable secteur agricole, à la représentation
de la Communauté Européenne à Kinshasa
patrick-jacques.houben@cec.eu.int
Summary: The Support of the European Commission to Agricultural Revival in DRC, an adaptable approach
Agricultural production is dependent on several sectors which cause a good number of funded projects to have a more or less direct impact on agriculture. The quality of roads and transport occupies a considerably important place in the excitation of production while ensuring an evacuation of agricultural products and commercialisation at a competitive price. Several actions concerning road infrastructures and agricultural transit mud roads are financed by EU to a value superior to 80 Millions euros. The article herein only considers projects that are specifically agricultural.
Introduction
La coopération entre la Commission européenne et la RDC a repris officiellement en 2002. Le Fonds européen de Développement (FED) est l’outil financier chargé d’appliquer l’Accord de Cotonou. Cet accord cadre régit l’aide communautaire au développement de 77 états ACP (Afrique Caraïbes Pacifiques) dont la RDC. Le FED est constitué des contributions spécifiques des états membres de l’Ue (Union européenne), complémentaires aux cotisations obligatoires constituant le budget de l’Ue. Le Programme Indicatif National du 9ième FED (signé en 2003) en RDC s’élève actuellement à 475 millions d’euros pour une période de 5 ans, faisant de l’UE le principal donateur pour la RDC. Le soutien au processus électoral mobilise une bonne partie de ces ressources, de même que les programmes « infrastructures » et « santé ». En plus du FED, des « lignes budgétaires (LB)» du budget de la Commission apportent également des moyens pour le développement de pays tiers. Ces LB sont thématiques telles que « Sécurité alimentaire », « cofinancement ONG », « forêts et environnement », « droits de l’homme » et « VIH/Sida ». Consciente de l’importance d’une agriculture efficace pour une amélioration rapide des conditions de vie d’une large majorité de la population, la Commission européenne (CE) continue de mobiliser ses différents outils financiers pour soutenir la relance du secteur agricole en RDC.
Les projets en cours
La production agricole est dépendante de plusieurs secteurs qui font que bon nombre de projets financés ont un impact plus ou moins direct sur l’agriculture. La qualité des routes (figure1) et du transport tient une place de première importance dans la dynamisation de la production en assurant une évacuation des produits agricoles et une commercialisation à prix compétitif. Plusieurs actions concernant les infrastructures routières et les pistes de dessertes agricoles sont financées par l’Ue pour un montant dépassant 80M€. Nous n’aborderons toutefois ci-dessous que les projets spécifiquement agricoles.
La relance agricole bénéficie d’une convention de financement « contribution à la relance de la production agricole » de 12M€ (FED) qui se décline en 7 projets répartis sur l’ensemble du territoire (Figure 3). Ces projets, dont l’initiation remonte à 2002, se sont essentiellement concentrés sur des structures déjà actives en RDC, ou des activités existantes, nécessitant un soutien pour reprendre une ampleur significative et contribuer à la relance du secteur. Cette stratégie était tout à fait adaptée à la situation de sortie de crise qui prévalait en 2002 au moment de la reprise de la coopération. Comme pour tous les projets soutenus par la CE, l’essentiel des activités comprend le renforcement des associations villageoises et d’exploitants, la promotion et la diffusion de matériel végétal et animal de qualité, la formation et la sensibilisation des paysans sur des techniques agricoles permettant d’augmenter les productions, la transformation et commercialisation des productions avec pour objectif un accroissement significatif de la marge bénéficiaire des producteurs.
Les différentes tables rondes sur la sécurité alimentaire et la relance agricole ont clairement mentionné les déficiences de la recherche comme étant un frein à la redynamisation de la production. Dans ce cadre, plusieurs études ont été financées par l’Ue pour analyser les capacités de l’INERA (Institut National pour l’Etude et la Recherche Agronomique). Dans la suite des recommandations de ces études, un programme de relance de la recherche agricole et forestière a été signé en mars 2006 entre la CE et le gouvernement congolais pour un montant de 8M€. La coopération belge développant un programme complémentaire, ce sont au minimum 8 stations de l’INERA (figure 2) qui bénéficieront de réhabilitations et d’équipements ainsi que d’un large volet de renforcement et recyclage des ressources humaines. Il est espéré une diffusion rapide des résultats vers les producteurs et une réinsertion de la recherche congolaise dans le réseau de recherche internationale.
Le projet PACE (PAnafrican Control of Epizootie) renforce le pays dans ses capacités de contrôle des grandes maladies animales avec un budget de 1,3M€ sur 4 ans. Un réseau national d’épidémiosurveillance (RENES) est en place. Si la peste bovine a jusqu’ici été la maladie faisant l’objet du plus d’attention, l’actualité liée à la grippe aviaire redirige logiquement les activités vers la surveillance de cette maladie de la volaille, dans le cadre du plan national de lutte contre cette possible pandémie.
L’aide humanitaire d’urgence de la Commission européenne est à la charge d’ECHO (l’office d’aide humanitaire de la Commission européenne) qui dispose de près de 40 millions d’euros par ans pour la RDC. De nombreux projets financés par ECHO avec des ONG incluent une composante de relance agricole avec fourniture d’intrants de base aux populations pour permettre une auto production capable de satisfaire les besoins alimentaires familiaux.
Le programme LRRD (Link Relief Rehabilitation and Development) fait le lien entre les actions d’urgence soutenue par ECHO et la programmation plus classique du FED dirigée vers le développement. Essentiellement basé sur la partie Est du pays, ce programme d’un montant en cours de 27M€ (démarrage d’une deuxième tranche de 65M€ d’ici quelques semaines) comprend plusieurs projets de relance agricole.
En complément du FED, une cinquantaine de projets sont actuellement en cours en RDC sur des financements provenant de lignes budgétaires pour un montant de plus de 33M€. Une dizaine de ces projets concernent la relance agricole, pour un montant total de 7M€ essentiellement financé par la ligne thématique « sécurité alimentaire ».
En additionnant toutes les actions en cours, et à venir, financées par la CE en matière agricole, ce sont plus de 20 projets qui font l’objet de subventions pour un montant dépassant 35 millions d’euros. Toutes les provinces ont été touchées par ces actions au cours des 4 dernières années. Cet ensemble de projets, dans le contexte de la reprise de la coopération a été une réponse adaptée aux besoins urgents des populations en matière de relance de leurs activités agricoles.
Les perspectives
Les élections et la mise en place d’un gouvernement issu du suffrage des électeurs congolais laissent entrevoir une administration plus forte sur laquelle les politiques de développement des différents bailleurs pourraient s’appuyer. Il est besoin de la définition et de la validation par le gouvernement des différentes politiques sectorielles. Plusieurs études et réunions ont déjà été réalisées et pourraient servir de base à l’élaboration d’un telle politique agricole qui pourrait se décliner jusqu’au niveau provincial. L’examen du secteur agricole (Banque Mondiale), le plan de restructuration du Ministère (FAO), l’étude en cours sur les cultures de rente (BM) ainsi que les compte-rendus et suivis des tables rondes provinciales sont autant d’analyses du secteur sur lesquelles une politique agricole pourrait être construite. La Délégation de la Commission européenne pourrait s’investir dans ce processus de construction d’une politique agricole pour la RDC pour soutenir le gouvernement dans cet effort et donner une base institutionnelle à ses actions à programmer dans le cadre du prochain FED. L’appui institutionnel serait une évolution significative dans le mode d’appui au secteur. Vu les faibles moyens disponibles face à l’ampleur des besoins, les futurs programmes de la CE, alliant des projets directement en contact avec les producteurs et un appui institutionnel pourraient se concentrer sur une aire géographique donnée, sous la coordination d’une administration assumant son rôle de contrôle et de certification. Un appui institutionnel demande une administration forte et volontaire ayant clairement défini ses priorités d’action. Les mois à venir peuvent donc être cruciaux pour cette évolution du contexte permettant d’envisager une adaptation des modes d’actions de la CE dans le secteur agricole en RDC.

