La mosaique Africaine du manioc au Sud-Kivu

Un article de Ngoma.


Réalisations effectuées dans le cadre d’un projet interinstitutionnel cible à la Faculté d’Agronomie de l’Université Catholique de Bukavu

Le manioc est la principale denrée des populations d’Afrique Subsaharienne ; plus de 50 % de la population de cette partie de l’Afrique vit du manioc. La mosaïque africaine du manioc est maintenant une contrainte majeure dans toutes les régions productrices. Vers les années 1990, et précisément en 1997, une pandémie de mosaïque a été observée en Uganda, d’où elle a envahi presque tous les pays de l’Afrique de l’Est et l’Est de la République Démocratique du Congo.

Des programmes de recherches ont été mis sur pied pour répondre à la menace de la mosaïque du manioc ; pendant ce temps, la R.D. Congo était isolée à cause de la guerre. C’est seulement vers 2003 que, grâce à l’appui de la Coopération Universitaire au Développement (CUD), sous forme d’un projet interinstitutionnel ciblé promu par Professeur Claude Bragard de l’Université Catholique de Louvain et son étudiant Espoir Bisimwa de l’Université Catholique de Bukavu, que les premières recherches sur la pandémie en R.D. Congo vont se mettre en place.

Quatre objectifs étaient assignés au projet interinstitutionnel ciblé :

  • la quantification de la pression de la maladie en termes d’incidence et de sévérité ;
  • l‘évaluation de la résistance vis-à-vis de la maladie des variétés utilisées et des pertes de rendement dues à la maladie ;
  • l’identification des souches virales présentes dans la région et leurs similitudes/différences par rapport aux souches responsables de la pandémie en Afrique de l’Est ;
  • identification des pratiques culturales susceptibles de réduire ou d’amplifier la pression de la maladie.

A ces objectifs s’ajoute un des objectifs de la coopération interuniversitaire, à savoir le renforcement des capacités de l’équipe de recherche de Bukavu.

Activités réalisées et résultats

Des enquêtes épidémiologiques sur la pression de la maladie dans la Province du Sud Kivu ont été réalisées sur base de l’incidence (nombre de plantes malades par rapport au nombre total de plantes dans un champ, exprimé en pourcent) et la sévérité, utilisant une échelle de cotation en usage, allant de 1 à 5 (où 1 représente une plante saine et 5 une plante sévèrement atteinte). Les enquêtes ont montré une pression impressionnante dans la plaine de la Ruzizi en territoire d’Uvira et dans le territoire de Kalehe, où les fréquences des champs attaqués à 100 % sont élevées. Pour ce qui concerne la sévérité de la maladie, les données moyennes sont élevées : en moyenne, les plantes enregistrent des cotes de sévérité entre 3 et 4, avec une fréquence élevée des plantes ayant la cote 5.

Des essais comprenant 42 variétés locales et exotiques (sélectionnées et diffusées par l’IITA) ont été mises en étude en 2004 et 2005 pour leur résistance à la maladie. En gros, il a été remarqué que les variétés locales que l’on utilise dans les milieux ruraux sont sensibles à des degrés divers mais il n’a pas été trouvé de variétés résistantes. Les variétés sélectionnées introduites par l’IITA ont manifesté de la résistance, même si parfois on a remarqué des cas de sensibilité par - ci par - là à travers les essais et les champs de multiplication de ces variétés. Il y a cependant des observations assez intéressantes découvertes sur certaines variétés locales : une variété fortement attaquée (sévérité supérieure à 3) a produit un rendement assez impressionnant (supérieur à certaines variétés exotiques résistantes), alors qu’on s’attendait qu’à ce degré d’attaque la production soit très affectée. Les recherches devront donc se poursuivre pour tirer profit de cette particularité intéressante chez les variétés locales.

En appui à cet objectif, les variétés locales vont subir une analyse des protéines produites par la plante attaquée et la plante saine pour faire la comparaison entre les types de protéines produites en vue de vérifier s’il y a un mécanisme de production d’un type particulier de protéines associée à la résistance. Cette étape se réalisera en Belgique.

En ce qui concerne le troisième objectif, une récolte systématique des échantillons de feuilles de manioc malades a été faite sur les axes Bukavu – Kalehe et Bukavu – Fizi. Des extractions d’ADN viral et des analyses PCR suivies de séquençage d’ADN viral ont été effectuées à Namulonge en Uganda et à Louvain la Neuve en Belgique pour déterminer les souches de virus présentes dans la province. En utilisant des amorces AC2, AC4, EAC2 et EAC4, on a constaté que les souches rencontrées appartiennent aux groupes d’ACMV et EACMV, ce dernier étant le groupe provenant de l’Uganda., avec une fréquence élevée d’infections mixtes qui accroissent la virulence de la maladie. Pour ce qui est de l’individualité des souches, il s’est dégagé une similitude entre les souches présentes au Kivu et celles déjà identifiées dans les pays voisins mais jamais à 100 %, ce qui laisse penser que la diversité est fort accentuée dans la province. En rapport avec les analyses des souches, un équipement ELISA a été acquis à Bukavu pour une première séparation des souches.

Dans la recherche des moyens de gestion efficace de la maladie et du vecteur, les effets de différentes associations culturales sur la sévérité de la maladie et la dynamique des populations de mouches blanches (vectrices du virus). Les résultats préliminaires laissent entrevoir une réduction de la pression de la maladie et du vecteur.

En terme de renforcement des capacités de recherches à l’Université Catholique de Bukavu, un laboratoire de test ELISA est opérationnel et on attend les réactifs pour commencer les expérimentations. Le gros des données va être valorisé pour constituer la thèse de doctorat à soutenir à l’UCL par Espoir Bisimwa.

Dans sa forme actuelle, le projet prend fin au mois d’Août avec l’organisation d’une conférence internationale à Bukavu, à laquelle sont conviées toutes les personnalités nationales, africaines et étrangères travaillant dans les divers domaines du manioc (protection, biotechnologie) et des virus en général.


Fait à Bukavu, le 1 mai 2007

La Voix du Congo Profond n°2 septembre 2007 p. 6 Prof. Dr. Ir. Walangululu Masamba

S'inscrire à la

Revue de presse