La question du foncier 09/09

Un article de Ngoma.

La question du foncier est au cœur de nombreux débats. On assiste en particulier au développement d’investissements sur de grandes superficies de terres en provenance d’Asie, d’Europe et de Moyen-Orient. Les réactions à ce phénomène sont partagées: d’un côté, ces nouveaux investisseurs injectent des capitaux dans l’économie nationale et participent à la création des connaissances/compétences. De l’autre côté, les récoltes sont uniquement destinées à l’exportation et ne bénéficient donc pas aux populations locales dans une région où la sécurité alimentaire reste fragile.

Quel est votre avis ? Que répondez-vous aux agriculteurs désireux de profiter de cette nouvelle manne financière ?

Aucun agriculteur ne profite de cette manne. C’est un business entre les gouvernements et les investisseurs. C’est pourquoi ce n’est pas durable. On connaît les investisseurs. Quand ils veulent s’installer quelque part, ils font comme nous quand on veut attraper un poisson. Ils dépensent un peu d’argent avant de la même manière qu’on met un hameçon pour attraper le poisson. Une fois qu’ils ont le poisson, ils arrêtent de dépenser de l’argent. Avec l’accord des autorités publiques, ces investisseurs étrangers s’installent dans des zones où il n’y a déjà pas assez de terres pour la population locale qui est installée depuis des générations. Un bail dure 99 ans. Par exemple à « l’Office du Niger » au Mali, une exploitation possède rarement plus de 10 hectares (un, deux ou trois hectares par famille sont une situation courante). Et on apprend qu’on a donné 100 hectares aux Chinois.

Ces investissements ne nous apportent rien en termes de connaissances et de renforcement des capacités. Premièrement, ils ont des systèmes de production qui ne sont pas à notre portée. C’est de la mécanisation à outrance et les pauvres personnes qui y travaillent, gagnent généralement un dollar par jour. Je pense que ce type de situation va amener des problèmes très sérieux dans un avenir proche. Quand les gens mesureront toute l’ampleur et les conséquences, ça va chauffer. Les autorités et les investisseurs sont en train de semer du vent ; ils vont récolter la tempête. Un gouvernement « normal », s’il veut vraiment investir, il définit sa politique agricole et réunit ensuite les acteurs concernés, les organisations paysannes, les producteurs, etc. pour discuter avec les investisseurs. De plus, il n’y a pas beaucoup de terres utiles en Afrique. Il y a la grande superficie mais les bonnes terres utiles, il n’y en a pas beaucoup.

Pourtant le reste du monde pense aujourd’hui que l’Afrique est un des grands réservoirs de terres à venir ?

Je pense que c’est une mauvaise façon de dire les choses. Il faudrait prendre en compte le fait que dans trente ans, nous serons un milliard trois cents millions d’habitants. Trente ans, ca veut dire après-demain. Il faut évaluer la disponibilité des terres considérant l’ensemble du continent et en prenant en compte la croissance de la population. De plus, la désertification progresse avec le changement climatique. Nous n’avons pas suffisamment de terres.

Extrait d’un entretien avec M. Mamadou Cissokho Président d'honneur du Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA). Propos recueilli par CSAO le 17 juin 2009


Le ROPPA - www.roppa.info

Créé en 2000 par des responsables paysans ouest-africains, le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) réunit les plates-formes nationales d’organisations professionnelles agricoles de 12 pays ouest-africains (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone et Togo).

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