La recherche agronomique à l'Inera à Yangambi

Un article de Ngoma.

Cette interview réalisée par Jérôme Roux à l’INERA donne aux lecteurs de la Voix du Congo un état des lieux de la recherche et la situation de la station de Yangambi essentiellement axée sur les cultures de rente. La station dispose de collections végétales importantes mais souffre de maux divers dont l’isolement et le manque de moyens de fonctionnement

La recherche porte sur 2 objectifs majeurs, les maladies et le rendement des plantes ; le but est de produire du matériel végétal productif résistant aux maladies : amélioration génétique (le rendement), techniques culturales (recherche appliquée), la défense des cultures (phytopathologie).

La recherche à l’Institut National de Recherche Agronomique, est organisée en programmes nationaux. A Yangambi, il y a 5 programmes nationaux de recherche

  • 1. Cacao : Dr. Limba + 1 chercheur
  • 2. Caféier : Ir. Bantodisa + 2 chercheurs
  • 3. Palmier à huile : Ir. Lawazani + 1 chercheur
  • 4. Riz : Ir. Mateso, coordonnateur national
  • 5. Gestion et conservation des ressources naturelles (agro- climatologie, sciences du sol et agroforesterie)

Antennes ou sous programmes de Yangambi dont la direction est située dans d’autres stations de l’INERA

  • Fruits et bananes (programme national à M’Vuazi)
  • Recherche et développement (Mulungu- Bukavu)

Manioc et maïs : recherche et vulgarisation avec les paysans

  • Pisciculture (programme national à Kipopo)
  • Elevage (programme national à Nioka)
  • Ressources phytogénétiques (programme national à M’Vuazi)

L’INERA n’est pas une société de commercialisation mais son métier c’est la production des semences de base et de matériel végétal. L’INERA est une structure para étatique, avec une certaine autonomie. L’Etat finance les frais de fonctionnement, les salaires des fonctionnaires. Mais l’essentiel des ressources vient des bailleurs de fonds, PAM, FAO, FIDA, PNUD, UE, Coopération Belge. Un partenariat privé est en cours de négociation en particulier avec ACPT « Achat Cultures des Produits Tropicaux » (Groupe Agro Pastoral). C’est un exploitant de palmier à huile, qui dispose une structure d’achat des produits tropicaux et achète le latex (hévéa) conditionné. Une perspective à envisager pour relancer Yangambi, est donc que le secteur privé s’occupe de la commercialisation.

Palmier à huile : 500 Ha

Champ généalogique : collections de tous les matériels génétiques et lignées.

  • Il y a à Yangambi, 2000 lignées d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie ; sans doute la meilleure collection du monde (1935) ; c’est à partir de cette collection que l’on fait la recherche et on prélève les clones.
  • 2 variétés de palmier soit :


  • 1. l’Elaeis Guinéensis, le palmier africain, défaut « allongement » tronc très élevé (grimpeur spécialisés, coupure de haut palmier), rendement = 14,5 T /Ha de régimes de noix de palme, soit 4 à 5 T d’huile de palme /Ha /an.

Prix local 10 $, 20 l soit 500 $/tonne.

  • 2. le palmier américain Elaeis oleifera melanococa, prédilection : endroits marécageux : tronc qui longe le sol puis se redresse.
  • L’hybride est un palmier africain moins haut mais non « rampant ». La qualité de l’huile est bonne : toujours fluide, riche en acides gras non saturés. Le rendement en huile est de 3 T/Ha
  • A Yangambi, on effectue une recherche pour des palmiers plus productifs et plus résistants aux maladies (500 Ha de recherche) + 2500 Ha de palmier en production (jeunes et vieilles palmeraies) à développer dans le cadre d’un partenariat privé.

Riz (Dr. Mateso) en partenariat avec FIDA


Site expérimental, production de semences de base pour le programme national de multiplication. Rendement 3-4 t/Ha sans engrais, cycle de 3 à 4 mois semis, possible en saisons A et B. Prix semences de base : 2 $ /kg, prix de vente, sacs de riz blanc 30 à 40 $/kg

  • Riz pluvial
  • Quelques variétés expérimentales de riz de bas fonds

500 lignées et variétés de riz

Café

Parc à bois de 7 clones d’élite Rendement 1500 Kg/ Ha

Le but est de reconstituer des champs détruits par la trachéomycose et de tester les clones pour les rendre résistants à la maladie.

Ce parc à bois permet de récolter les semences de café, que l’on met en germoir. Prix de vente de semences, 25 $/kg soit pour 4 à 5 Ha ; ou sous forme de plantule soit 2 $ la plantule ; il faut 1300 plantules/Ha.


Hévéa : palmier et hévéa sont les 2 principales cultures industrielles de la station.

  • 100 clones en champ d’expérimentation (la plus belle collection d’hévéa au monde ?)
  • La collaboration ACPT –INERA, a permis la récupération de 10 Ha de champs d’exploitation (projet pilote)

Cacao : Gaston Limba

  • 1. Sélection

Mise au point du matériel avec une capacité de production de 3 T de cacao marchand par hectare (initialement 800 Kg/ Ha)

  • 2. L’agronomie : le but est de promouvoir la culture de cacaoyer en plein air destinées aux provinces du Bas-Congo, Equateur, Province Orientale, mais aussi au Nord et Sud Kivu et Maniema
  • 3. l’INERA effectue des recherches sur les techniques de fermentation, de séchage et stockage pour éviter les moisissures.

La production de plants performants se fait par greffe du matériel génétique sélectionné et résistant sur du matériel local. Des planteurs de Beni et Kahuzi Biega sont venus récemment à Yangambi pour le cacao.

Il y a également 1 Ha de champs pilote de cacao ou association avec des cultures vivrières telles que banane, manioc, maïs, cacao, …

Problèmes :

  • Problème N° 1 : la main d’œuvre est âgée, et non motivée ; il y a insuffisance de budget pour payer la main d’œuvre, donc il n’ y a pas assez personnel disponible ; il n’y a pas non plus de produits phytosanitaires, tels fongicides, herbicides, insecticides pour pallier à ce manque de main d’œuvre. Le salaire moyen est de 5000 Fc/ mois soit 10 $ par mois.
  • Il y a aussi un découplage entre la station de Yangambi et la Direction à Kinshasa, par exemple, pas d’Internet, absence de connexion au monde scientifique.
  • Matériel non disponible, sachets, couteaux, cerdang (pour soigner l’hévéa) greffes, scies…matériel industriel de transformation approprié, moyens de transport, ….
  • La commercialisation pose problèmes et les partenariats avec le secteur privé doivent être encouragés.


La Voix du Congo Profond n°2 septembre 2007 p. 19

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