Le Marché Mondial du Cacao

Un article de Ngoma.

Le cacao est la troisième denrée exportée dans le monde, après le café et le sucre. La production du cacao est fluctuante en raison des conditions climatiques et très concentrée : 60 % de la récolte mondiale est réalisée en Afrique, principalement en Côte d'Ivoire, 40 % en Amérique Latine, et 20 % en Asie. L’Europe de l’Ouest achète environ la moitié de la production mondiale. Le chocolat fait l’objet de directives européennes permettant l’introduction de matières grasses végétales autres que le cacao dans sa fabrication. Ce qui n’est pas sans impact négatif sur la demande mondiale en cacao. Les pays ACP suivent attentivement l’évolution de ce dossier et ses amendements.

Sur le marché du cacao, dans les cinq dernières années, il y a eu, concernant la filière, de nombreux changements. Le nombre de négociants de cacao a fortement diminué, et est aujourd'hui inférieur à dix. Le tableau statistique ci-après présente le poids des différents pays producteurs. La production d'Amérique Latine, d'où est originaire le cacaoyer, est en déclin.

                 PAYS PRODUCTEURS DE CACAO DANS LE MONDE
PAYS PRODUCTEURS 1987 / 1988 1996 / 1997 1997 / 1998
Côte d'Ivoire 674 1.125 1.110
Ghana 188 323 395
Indonésie 58 320 320
Nigéria 150 160 155
Brésil 383 185 160
Malaisie 227 100 95
Total Afrique 1.195 1.767 1.189
Total Amérique 665 487 401
TTotal Asie 337 465 452
Production mondiale 2.197 2.719 2.672

Source ICCO, 1998, chiffres en milliers de tonnesTexte italique

Sommaire

Les importations

Les mouvements de concentration et d'internationalisation ont été très importants. Aujourd'hui, six entreprises achètent 50 % de la production mondiale de cacao. En effet, Kraft General Foods a racheté la marque Suchard, Nestlé a racheté Rowntree (fabriquant de Smarties, After Eight, et Kit & Kat), et Hershey a acheté les usines américaines de Cadbury. Un grand nombre d'usines de broyage ont été installées dans les pays producteurs.

Les mouvements de privatisation dans les pays producteurs ont conduit à une quasi disparition des centrales d'achat et de services d'appui, et à l'apparition d'un grand nombre de petits acheteurs peu expérimentés. Le tableau ci-après présente le poids des importations pour les différents pays producteurs de chocolat.

                           MOUVEMENTS D'IMPORTATION DANS LE MONDE
PAYS PRODUCTEURS 1987 / 1988 1996 / 1997 1997 / 1998
ETATS UNIS 212 445 353
PAYS BAS 202 405 465
ALLEMAGNE 211 203 217
ROYAUME UNI 114 248 176
Ex-URSS 164 104 170
FRANCE 143 217 248
BELGIQUE / LUXEMBOURG 35 45 54
JAPON 39 49 54
EUROPE DE L'OUEST 750 1.290 1.134
EUROPE DE L'EST 249 175 234
ASIE & OCEANIE 154 236 257
IMPORTATIONS MONDIALES 1.395 2.198 2.223

Source ; ICCO, 1998, chiffres en milliers de tonnes


La production de chocolat en Europe

On peut ainsi observer que l'Allemagne domine largement la France quant à ses importations de fèves de cacao. L'économie du chocolat est beaucoup plus développée Outre-Rhin. Non seulement la consommation annuelle par habitant est beaucoup plus élevée, mais elle produit également plus que la France, non seulement pour son marché intérieur, mais également pour l'exportation. Si les Etats-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de chocolat, au niveau européen, cinq pays fournissent les 3/4 du marché des 15.


En Europe, la part dans la production européenne se décompose comme suit :

  • Allemagne 31 %
  • Royaume Uni 23 %
  • France 11 %
  • Italie 5 %
  • Espagne 5 %
  • Autres 25 %


Au niveau européen, l'Allemagne est le premier producteur de chocolat en volume. Elle réalise trois fois le volume de la France. Les principaux acteurs du marché du chocolat sont Nestlé, Mars, Kraft Jacobs Suchard, Ferrero, Cadburry-Scheppes, Lindt et Sprüngli.

En Allemagne, Kraft Jacobs Suchard se positionne en seconde place derrière Ferrero.


La consommation de chocolat en Europe

Alors que la France importe plus de cacao que l'Allemagne, notre voisin allemand en consomme moins. En effet, ses exportations sont plus dynamiques que les exportations françaises.


Importations de chocolat 1994 / 1995 / 1996


Allemagne 233.519 / 192.714 / 215.908

France 220.641 / 243.037 / 248.017

Exportations de chocolat

Allemagne 326.043 / 310.104 / 372.883

France 199.450 / 235.305 / 239.700

Chiffes en milliers de tonnes


En 25 ans, la consommation de chocolat a doublé. Un européen consomme en moyenne 2.3 Kg de cacao par an, soit 7.45 Kg de produits chocolatés. On doit observer une forte disparité de consommation entre le nord de l'Europe et le sud de l'Europe. Consommation annuelle de chocolat (en Kg par an et habitant) :

  • Suisse 9.6
  • Allemagne 8.8
  • Autriche 8.2
  • France 6.5
  • Italie 3.1

Source : Cacao & chocolat, utilisation et caractéristiques, Lavoisier - Tec & Docs

Enfin soulignons les goûts variés selon les pays européens. En matière de chocolat, chaque pays a des habitudes de consommation bien spécifiques. Tandis que l'Anglais préfère un caramel ou une cacahuète enrobée de chocolat, le consommateur belge le préfère très crémeux, l'allemand opte, quant à lui, pour des chocolats très sucrés, et le français pour des chocolats bien noirs.


Tribulations européennes

Pour simplifier la législation européenne sur les produits alimentaires, la Commission de Bruxelles avait proposé en avril 1996 de modifier la directive européenne sur le chocolat de 1973. Cette initiative a été très mal ressentie tant par les consommateurs que par les industriels européens, ainsi que par les producteurs de beurre de cacao. Selon la proposition de la Commission, les Etats membres auraient la possibilité d'introduire jusqu'à 5 % de matières grasses végétales (MGV) dans la fabrication du chocolat, qui doit obligatoirement contenir au minimum 35 % de matière sèche de cacao, soit au moins 18 % de beurre de cacao. Ces matières grasses végétales (MGV) ainsi autorisées pourraient provenir du beurre de karité, d'illipé, ou encore de l'huile de palme. Il faut savoir que jusqu'à maintenant sept des quinze pays membres de l'Union Européenne (Grande- Bretagne, Irlande, Danemark, Suède, Finlande, Autriche, et Portugal), bénéficiaient d'une dérogation qui les autorisent à commercialiser chez eux, sous le nom de chocolat des produits contenant des matières grasses végétales. Cependant ils ne peuvent vendre dans les autres pays membres de l'Union ce "chocolat".

Les matières grasses de substitutions coûtent environ 10 % du prix du beurre de cacao qui intervient lui-même pour 8 à 9 % dans le prix du chocolat. D'où l'intérêt pour les industriels du chocolat d'utiliser des matières grasses végétales. Mais, dans le même temps, cela entraînerait, selon les pays producteurs de beurre de cacao, une baisse de la demande estimée selon une fourchette 130 à 200.000 tonnes sur un volume annuel de 2.3 millions de tonnes. C'est pourquoi, la Côte d'Ivoire, principal fournisseur de l'Union Européenne en beurre de cacao, et les autres pays de l'A.C.P 1 ont mené une véritable campagne de lobbying, contre le texte de la Commission Européenne. Les parlementaires de Strasbourg les ont partiellement entendu. En effet, le Parlement Européen, qui dispose sur ce dossier d'un pouvoir de co-décision avec le Conseil des ministres de l'Union Européenne, a voté le 23 octobre 1999 toute une série d'amendements qui sont autant de garde-fous très contraignants pour les industriels du chocolat. Ainsi, les partisans du chocolat pur, qui ne disposent pas de majorité au Parlement, n'ont pas pu refuser l'introduction de matières grasses végétales, qui peuvent désormais remplacer, dans la limite de 5 % le beurre de cacao dans la composition du chocolat. En revanche, les MGV devraient être obligatoirement d'origine tropicale et ne pas être obtenues au "moyen de procédés de productions enzymatiques". Cette décision élimine du même coup l'huile de palme beaucoup plus économique que l'huile de karité et d'illipé. Cet amendement offre une perspective de compensation pour les pays producteurs de cacao de la zone A.C.P qui craignaient de faire les frais de la directive.


De plus, la mention "chocolat de qualité" ne pourra être attribuée aux produits à teneur réduite en cacao. Par ailleurs, le Parlement a voté un amendement qui demande que la directive chocolat n'entre en vigueur qu'après la mise au point d'une méthode fiable d'analyse permettant de vérifier la proportion exacte des matières grasses végétales dans le chocolat. Or, les méthodes actuelles comportent une marge d'erreur d'environ 30 % et surtout, semblent très difficiles à perfectionner.


Un autre amendement prévoit que la mention"contient aussi des matières grasses végétales autres que le beurre de cacao" figure de façon bien distincte dans la liste des autres ingrédients, sur la face supérieure du produit et non pas sur une partie moins visible de l'emballage. Une manière de protéger les consommateurs et de faire une distinction entre le chocolat de qualité et les autres.


Les députés européens ont infligé un camouflet à la Grande-Bretagne et à l'Irlande, puisque ces deux pays ne pourront plus commercialiser sous l'appellation "chocolat au lait", des produits qui contiennent plus de 20 % de matière lactée. Les industriels britanniques devront donc changer à terme leurs emballages en supprimant la mention "chocolat au lait" pour y substituer "chocolat de mélange de lait", lorsque leurs produits comporteront trop de lait et pas assez de chocolat selon les termes de la directive de la Commission.


Ainsi, les pays de l'A.C.P producteurs de cacao, la Côte d'Ivoire en tête, peuvent être satisfaits des amendements plus favorables aux intérêts des pays en développement. Selon une étude commandée par la Côte d'Ivoire, si la directive avait été approuvée telle quelle, les pertes pour les pays A.C.P producteurs de cacao, auraient atteint entre 530 et 780 millions de dollars par an. En effet, une baisse de 130.000 à 200.000 tonnes d'exportation de fève de cacao vers l'Union Européenne aurait entraîné une chute immédiate de 20 % des cours mondiaux de cacao. Quoi qu'il en soit, le texte de la Commission, amendé par le Parlement Européen, doit être adopté par le Conseil des ministres de l'UE, avant de revenir en seconde lecture devant les députés européens.


La Voix du Congo Profond n°2 septembre 2007 p. 16

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