Le caoutchouc naturel revient au galop

Un article de Ngoma.

Le caoutchouc naturel revient au galop

La demande mondiale de caoutchouc naturel n’arrête pas de gonfler. elle devrait encore plus que doubler d’ici un quart de siècle. Les petits producteurs des pays ACp pourraient en profiter à condition d’être soutenus et encouragés à planter et à entretenir des hévéas.

Les cours du caoutchouc naturel n’en finissent pas de rebondir. Grâce à ses qualités exceptionnelles d’élasticité et d’imperméabilité, le latex tiré de l’hévéa (Hevea brasiliensis), un arbre cultivé exclusivement en régions tropicales, est plus que jamais indispensable à l’industrie. Ses propriétés lui ont permis de résister à la concurrence du caoutchouc synthétique issu de la pétrochimie, qui subit de plein fouet la hausse du prix du baril.

Malgré les sombres pronostics des années 1980, le latex a tenu bon (40 % de la production mondiale d’élastomères) face à son rival synthétique (60 % en moyenne). Les arguments écologiques jouent aussi en sa faveur : l’hévéa capte d’importantes quantités de carbone et protège les sols de l’érosion.

La demande de caoutchouc naturel, utilisé à 75 % pour fabriquer des pneus, est dopée par l’essor rapide de l’industrie automobile chinoise. Conséquence : les cours du latex sur le marché mondial ont augmenté de 58 % entre 2004 et 2006. La consommation globale devrait encore augmenter de 5,3 % cette année et de 6,8 % en 2008 pour atteindre 10,03 millions de tonnes (Mt), estiment les experts de l’International Rubber Study Group (IRSG).

Elle dépasserait alors la production, estimée à environ 9 Mt en 2006 et assurée à 94 % par l’Asie (voir schéma). Et selon le groupe ivoirien SIFCA, “le marché mondial devrait doubler d’ici 2034 pour atteindre 18 Mt de caoutchouc naturel, ce qui nécessitera la création de 4 millions d’hectares de nouvelles plantations auxquelles s’ajouteront les replantations de 8 millions d’hectares existants”.

Il est temps de planter

Ces bonnes perspectives à long terme sont une opportunité historique pour les petits planteurs des pays ACP qui, contrairement aux grands blocs hévéicoles — en Côte d’Ivoire par exemple —, ne sont pas freinés par le manque de terres. Dans le monde tropical, quelque 30 millions de personnes pratique l’hévéaculture sur environ 8 millions d’hectares. Les plantations villageoises, inférieures à 2 ha, dominent. Parmi les pays ACP, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Liberia et le Nigeria bénéficient de la proximité de l’Europe pour écouler leur production. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, elle, vend son latex à l’Australie.

Des programmes de plantations nouvelles et de rajeunissement des anciennes y sont partout à l’étude ou déjà lancés par des opérateurs privés. En Afrique, la filière hévéa, privatisée à la fin du siècle dernier, est plus que jamais dépendante des grands fabricants de pneus comme le Français Michelin ou le Japonais Bridgestone-Firestone, présents à tous les stades.

L’hévéaculture a l’avantage de procurer aux petits exploitants un revenu régulier et durable presque tout au long de l’année. Mais elle exige un gros investissement de départ pour l’achat de matériel végétal productif — investissement que la plupart ne peuvent réaliser.

Toutefois, le revenu tiré de la vente du bois des vieux arbres, très recherché notamment pour la fabrication de meubles, peut être réinvesti dans de nouvelles plantations. Les mécanismes de rémunération de la fixation du carbone sont aussi une opportunité de financement de nouvelles plantations.

Autre contrainte, l’hévéa ne commence à produire qu’au bout de 4 à 6 ans et ne donne le maximum de latex qu’à 15 ans. Il est possible de limiter ce manque à gagner en associant les jeunes hévéas à des cultures vivrières (riz, igname, arachide, maïs, banane plantain, légumes) ou industrielles (ananas, café), comme l’ont montré des essais menés en Côte d’Ivoire par le Centre national de recherche agronomique. L’entretien des hévéas et leur saignée pour recueillir le latex sont des opérations qui demandent une formation technique sur laquelle insistent les programmes hévéicoles.


Bien entretenir

De mauvaises pratiques épuisent les arbres et les rendent vulnérables aux maladies comme celle de l’encoche sèche et la nécrose de l’écorce. Cette dernière est due à la surexploitation et au stress hydrique, d’après des travaux de l’Institut de recherche sur le développement (IRD), France. Un des grands défis actuels de la recherche hévéicole est de mettre au point des clones à la fois productifs et résistants au champignon Microcyclus ulei qui ravage les hévéas d’Amérique latine et centrale ; il s’agit d’éviter que celui-ci gagne l’Afrique et l’Asie ( Spore 114).

Les petits et moyens planteurs ont besoin de variétés plus productives adaptées au milieu villageois et, comme les grandes plantations industrielles, de techniques de saignée mécanisées afin de limiter le recours à une main-d’œuvre trop importante. Cela rendrait surtout la récolte du latex moins pénible, en particulier dans les immenses plantations du Liberia où les conditions de travail et de vie des saigneurs sont indignes. Les petits producteurs souhaitent aussi pouvoir mieux vendre et valoriser leur production en réalisant eux-mêmes certains traitements après récolte. Il leur faudra également se regrouper s’ils veulent peser plus lourd face aux géants du caoutchouc.

CTA, partageons les connaissances au profit des communautés rurales, 2007 http://www.spore.cta.int

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