Ne baissez pas la garde

Un article de Ngoma.

Grippe aviaire

Ne baissez pas la garde !

Une bonne surveillance, conjuguée à une indemnisation rapide des éleveurs, est, avec la vaccination, le meilleur moyen de stopper la progression du virus H5N1. La nécessité de vacciner lorsque la maladie est devenue endémique a été réaffirmée récemment lors d’une conférence internationale.

Le pire n’est pas arrivé. La situation est sous contrôle, estime-t-on généralement du côté des organismes impliqués dans la lutte contre la grippe aviaire : la FAO, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Pour autant, le terrible H5N1, la forme la plus virulente du virus de la grippe aviaire, continue à faire des victimes animales et humaines.

Au total à ce jour, 47 pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe ont signalé des foyers depuis le début de l’épizootie en Asie, fin 2003. “La majorité des pays touchés a réussi à éradiquer la maladie en 2006. Néanmoins, dans certains pays tels que l’Indonésie, l’Égypte et le Nigeria, la maladie est devenue endémique et de nombreux foyers n’ont pas fait l’objet de déclarations”, révélait l’OIE fin mai.

La quinzième victime humaine en Égypte, une fillette de dix ans, est décédée le 9 juin dernier. Déclarer rapidement la présence du virus s’avère le meilleur moyen d’empêcher sa propagation. Cela permet de prendre, le plus tôt possible, les mesures qui s’imposent, à commencer par l’établissement d’une ceinture sanitaire pour qu’aucun animal ne sorte de la zone contaminée, et l’abattage des animaux.

Les éleveurs sont souvent les mieux placés pour détecter la maladie. Mais pour qu’ils la signalent aux autorités vétérinaires, il faut qu’en contrepartie ils aient l’assurance d’être indemnisés en cas d’abattage de leurs animaux. Sinon, ils se débarrassent des bêtes malades, le plus souvent en les vendant sur les marchés, le plus loin possible de la zone de contamination pour ne pas éveiller les soupçons. Cela favorise la propagation de la maladie.

Pour le Dr Bernard Vallat, directeur général de l’OIE, “une politique efficace pour compenser financièrement les éleveurs qui perdent leurs animaux est impérative, si les services vétérinaires veulent être efficaces dans la détection précoce et l’éradication des maladies”. Pour la même raison, on déconseille désormais aux gouvernements d’interdire les élevages familiaux traditionnels, car cela inciterait les éleveurs à cacher leurs volailles. Les services vétérinaires ne pourraient plus effectuer de surveillance et les éleveurs ne déclareraient pas les foyers.

Des services vétérinaires renforcés

Aucune surveillance indispensable à une alerte précoce ne peut fonctionner sans de bons services vétérinaires. Le Bureau des ressources animales de l’Union africaine (IBAR-UA) met en place, en collaboration avec la FAO et l’OIE, des centres régionaux où tous trois regroupent leurs moyens techniques et humains et coordonnent leurs programmes. Un premier Centre régional de santé animale pour l’Afrique de l’Ouest a été ouvert en juillet 2006 à Bamako (Mali). Un autre pour l’Afrique australe a été ouvert à Gaborone (Botswana) fin 2006.

Dans les Caraïbes et le Pacifique, où aucun cas de grippe aviaire n’a été signalé depuis le début de l’épidémie, la surveillance porte essentiellement sur les importations. Selon un expert international, elle est “satisfaisante” dans les îles du Pacifique, un peu moins dans certaines îles des Caraïbes. Un vaste programme d’évaluation desservices vétérinaires des 169 pays membres de l’OIE est en cours pour repérer les “maillons faibles” de la lutte contre la grippe aviaire, une lutte qui ne peut être qu’à l’échelle de la planète.

Sur le terrain, un nouvel outil pourrait révolutionner les pratiques de surveillance : un véritable laboratoire “de poche” capable de faire les analyses nécessaires à la détection du virus. L’appareil, qui devrait être disponible sur le marché d’ici fin 2008, a la taille d’un petit téléviseur et coûtera environ 1 000 $ US (745 €). “Avec un peu d’entraînement, n’importe qui pourra utiliser cet appareil portable”,

affirme John Crowther qui travaille sur ce projet piloté par la FAO. Toujours selon M. Crowther, les résultats des tests pourrontêtre envoyés à un laboratoire par SMS sur un téléphone portable. Ce sera un gain de temps précieux.

Des règles pour vacciner

Pour les pays où la maladie est devenue endémique (Égypte, Nigeria et Indonésie), les organismes internationaux recommandent désormais la vaccination. Mais celle-ci doit être faite selon les règles avec, en particulier, le maintien d’animaux “sentinelles”. Non vaccinés, ces animaux, quelques-uns par exploitation, alerteront de la présence éventuelle du virus. Il faut aussi prévoir la phase de sortie de vaccination où la surveillance est renforcée pour prévenir tout retour de la maladie.

Enfin, et cela a été rappelé avec insistance lors d’une récente conférence internationale à Vérone, Italie, il faut à tout prix éviter d’utiliser des vaccins non homologués, comme cela se passe au Nigeria, car ils peuvent s’avérer pires que le mal. L’inconvénient de la vaccination, même bien faite, est que la volaille vaccinée développe des anticorps comme si elle avait le virus. Un acheteur précautionneux peut constater la présence de ces anticorps suspects et refuser le stock.

Pour parer à cet inconvénient, une solution consiste à utiliser un vaccin du type H5, mais possédant un autre type que N1 (N2 par exemple) pour différencier les animaux infectés par le virus (porteurs d’anticorps anti-N1) et ceux vaccinés. Les principaux laboratoires vétérinaires occidentaux ont mis de tels vaccins sur le marché. L’ensemble du dispositif en place a permis d’éviter jusqu’à présent que la grippe aviaire ne se transforme en une pandémie incontrôlable.


CTA, partageons les connaissances au profit des communautés rurales, 2007


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