Ne laissez pas les paysans sur leur faim
Un article de Ngoma.
Le soutien des donateurs pour le développement de l’agriculture locale durable en faveur des pays en développement est insuffisant. En termes réels, l’aide au développement agricole a mondialement diminué de 48% au cours des années 90. L’accent est toujours mis sur l’aide alimentaire plutôt que sur le développement agricole durable. 11.11.11 revendique le droit à l’alimentation, 11.11.11 veut mettre fin à la faim et à la pauvreté. L’agriculture y joue un rôle crucial. Mondialement, l’agriculture est toutefois contrainte à s’adapter aux exigences du libre-échange. C’est la raison pour laquelle 11.11.11 consacre sa campagne « Droit à l’alimentation » à l’actuelle politique agricole, commerciale et d’aide au développement.
Les Nations Unies, PAM « Goliath » et FAO « David ». L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation (FAO), qui est chargée de la production alimentaire, a en tout dépensé 315 millions d’euros en 2005, dont 40% à des projets d’aide temporaire. Sa contrepartie en matière d’aide alimentaire, le Programme alimentaire mondial (PAM) disposait d’un multiple de ce montant, soit environ 2,5 milliards d’euros. Ces chiffres démontrent que l’accent est mis sur l’aide alimentaire plutôt que sur le développement de la production alimentaire locale. De surcroît le PAM importe la majeure partie de cette aide alimentaire, qu’elle pourrait également se procurer auprès des paysans locaux (éventuellement dans d’autres régions). En 2004, le PAM a distribué 62.000 tonnes d’aide alimentaire au Congo, dont seulement 1.872 tonnes de provenance locale. Nous n’insinuons pas que l’aide alimentaire n’est pas nécessaire, mais nous disons qu’elle devrait aller de pair avec des investissements et des mesures qui soutiennent la production alimentaire locale et un développement durable.
L’Union Européenne peut mieux faire
La politique de développement européenne comprend des tas de programmes pour le développement rural. Souvent cela signifie l’aménagement de routes, l’amélioration des marchés et le soutien lors de pertes de revenus d’exportation. L’aide alimentaire reste toutefois un point d’attention important. Les enveloppes des différents pays comprennent également un nombre important (dans certains cas presque la moitié) de projets dans le cadre du développement rural. Nous sommes sur la bonne voie. Sauf que dans la pratique ces programmes se concentrent souvent trop sur l’aménagement de routes et de grands travaux d’infrastructure. Des travaux d’infrastructure sont nécessaires mais ne suffisent pas pour pouvoir parler de soutien à l’agriculture locale durable.
Politique agricole versus politique commerciale à la coopération belge
L’agriculture et la sécurité alimentaire font partie des cinq thèmes prioritaires repris dans la politique belge d’aide au développement. La Belgique n’a pourtant consacré que 4,1% de son aide au développement à l’agriculture. Il y a vingt ans, le pourcentage s’élevait encore à 7,2%. En 2004, la majorité de l’aide au développement belge était employé à l’allègement de la dette (21 %), l’éducation (14 %) et l’aide temporaire (10 %). Toute cohérence entre l’aide au développement et la politique agricole et commerciale belge. Suivre l’UE et l’OMC dans leur volonté d’ouverture des marchés s’oppose violemment au soutien d’une agriculture durable au Sud.
Des solutions structurelles
Subvenir aux besoins alimentaires de l’humanité contemporaine nécessite cent fois le volume de l’aide alimentaire actuelle et plus que le volume actuel du commerce international en produits agricoles et alimentaires. Il s’agit donc d’une démonstration manifeste que ni l’aide alimentaire, ni le commerce actuel peuvent mettre fin au problème mondial de la faim. Des problèmes structuraux demandent des solutions structurelles.
Accroître les revenus des paysans pauvres
La création de conditions dans lesquelles tous les paysans au monde peuvent produire un maximum d’aliments de qualité sans nuire à l’environnement est primordiale. Garantir des prix stables et assez élevés à l’ensemble de la population agricole est une des conditions essentielles à l’agriculture durable. Mettre fin à la pauvreté et à la malnutrition ne peut se faire sans l’augmentation des revenus des agriculteurs appauvris et faméliques, afin de leur permettre de se nourrir eux-mêmes et leurs familles.
OPERATION 11 11 11 : CAMPAGNE 2006, Dossier politique et livre d’action complète sur http://www.11.be/campagne
La Voix du Congo Profond n°2 septembre 2007 p. 23

