Nos campagnes se vident
Un article de Ngoma.
La campagne, source naturelle de paysages variés, vit et se transforme au rythme des activités humaines. Lorsque ces activités prospèrent bien, la vie des hommes change. Mais quand la nature domine, l’homme cède le pas, les activités diminuent et la vie se meurt.
Le Congo Démocratique aux vastes campagnes en jachère, peut revendiquer le rôle présumé de « grenier d’Afrique » grâce aux immenses ressources humaines et naturelles inexploitées. Cette prétention de « mère nourricière d’Afrique » reste encore lettre morte en raison de plusieurs contraintes et difficultés liées à la dégradation avancée des infrastructures, à la mégestion de l’économie. L’existence humaine est difficile et l’insécurité alimentaire est critique dans un contexte ou les services de santé, d’éducation, et de communication sont délabrés, inadaptés ou d’un coût non accessible pour ces populations totalement appauvries.
Les indicateurs socio-économiques comparatifs classent le pays au plus bas de l’échelle suivant les critères de Nations Unies, tel est le cas du rapport 2006 de la Banque Mondiale sur les indicateurs de développement qui situe la plus value annuelle d’un travailleur agricole sur une année en RDC, à 200 $.
Et pourtant, si la campagne congolaise représente 135 millions d’hectares de terres agricoles, 87 millions d’hectares de pâturages, 86 000 Km² de réseau hydrographique et des réserves forestières infinies, on a enregistré la réduction systématique des superficies cultivées et par conséquent la baisse des productions agricoles et animales accentuant la faim et la malnutrition. Dès lors, la population rurale qui représente 66 % de la population du pays, quitte un peu plus chaque jour la campagne pour rejoindre les centres urbains.
En effet, le manque d’infrastructures socio-économiques de base est à l’origine de l’exode rural massif qui draine les hommes et femmes vers les grands centres où ils trouvent instruction, travail mais où ils sont le plus souvent confrontés au chômage et contraints à l’oisiveté.
La population rurale exporte les produits agricoles, de pêche et de chasse vers les centres de commercialisation moyennant le troc ou à des prix dérisoires. Elle reçoit au retour quelques produits manufacturiers à des prix élevés qui aspirent toutes leurs tontines (épargne). Ces producteurs actifs vieillissent et meurent au rythme de l’environnement anthropologique. Le taux de renouvellement par rapport au taux d’accroissement de la population, la dépréciation des travaux agricoles ne permettent pas aux bras économiquement capables d’assurer l’alimentation quantitative et qualitative au reste des consommateurs chiffrés à plus de 60 millions. Les jeunes hommes valides, les plus forts migrent vers les mines, ou pour faire du transport à vélo pour un revenu immédiat. Les élèves des villes s’inscrivent en masse dans les facultés urbaines surpeuplées d’où ils sortiront plus tard avec un papier cacheté mais sans valeur réelle sur le marché du travail. Pendant ce temps dans les campagnes, peu d’enseignants qualifiés pour l’instruction des femmes rurales ; peu de personnel de santé de haut niveau pour les soins de santé primaire et sauver les vies humaines ; peu d’opérateurs économiques volontaristes pour les approvisionnements des biens de première nécessité ; pas de routes, encore moins de bateaux pour accéder dans les villages et dans des ports y évacuer les produits du terroir ; et vendre juste. Un tel contexte ne peut qu’alimenter le déclin du monde rural. Pas de vente, pas de recette pour contribuer à la reconstruction du pays et se renforce alors le cercle vicieux de la pauvreté.
Que faire pour rebâtir le monde rural afin de redonner confiance aux investisseurs et aux habitants, à croire à la renaissance socio-économique et à la redynamisation du secteur agricole et rural ? Cette relance tant attendue devra impérativement reposer sur l’agriculture paysanne, les moyennes et les grandes exploitations agricoles et la professionnalisation du secteur avec la prise en compte du volet extra- agricole.
Pour ce faire, une exigence majeure : la participation à la réflexion au travail et l’ingéniosité, de tous : paysans, ouvriers, artisans, ingénieurs, médecins, sociologues, enseignants, élus, fonctionnaires, animateurs d’ONG, prêtres etc… marchons ensemble, nous progresserons durablement.
La Voix du Congo Profond n°2 septembre 2007 p. 20 Paulin Ossit


