Projet d'agroforestérie au plateau des Batekes: Mampu
Un article de Ngoma.
Qui a déjà entendu parler de MAMPU ?
MAMPU est un projet à grande échelle prenant place dans la province de Kinshasa et plus précisément sur le plateau des Batekes. Mais en quoi consiste-t-il ? Le principe de ce projet n’est pas bien compliqué en soi mais vaut la peine que l’on s’y attarde… L’activité principale de ce projet est la reforestation à l’aide d’acacia auriculiformis. MAMPU fournit du travail (et donc des revenus) à des gens dans le besoin et permet à toute une population de vivre en groupe. Ce projet a donc un effet à la fois écologique, économique et social. MAMPU est constitué de 320 parcelles de chacune 25 hectares (donc au total plus de 6000 hectares) qui sont distribuées à des personnes sachant cultiver ou non, tant que celles-ci sont prêtes à respecter certaines règles imposées par le centre de direction de MAMPU. Il y’en a quatre principales:
1. Les exploitants doivent suivre les formations données par le centre du projet.power-
2. L’exploitant reçoit 25 ha (une parcelle de forêt) et une habitation – ferme constituée de deux chambres, un salon et une citerne de 12000 litres. En contrepartie, l’exploitant s’engage à rembourser au centre 25 sacs de charbon par hectare cultivé.
3. L’exploitant s’engage à ne pas abattre plus de 2 hectares de forêt par an.
4. Les exploitants s’engagent à habiter sur place. power- Aujourd’hui il reste encore environ 60 parcelles à distribuer, mais la liste d’attente est fort longue, elle compte plus de 1000 demandes… Pourquoi une telle liste? Et un tel succès? Car la famille est directement logée et qu’il est possible pour l’exploitant d’atteindre un salaire mensuel environnant les 200 dollars (sachant qu’à Kinshasa un Congolais vit en moyenne avec 30 dollars par mois). Car de plus en plus de Congolais préfèrent s’éloigner des grosse villes telles que la capitale pour migrer vers les campagnes. On peut s’imaginer aisément que la vie peut être confortable au sein d’un projet comme celui-ci. La fabrication de charbon n’est pas compliquée en soi mais il faut veiller à faire attention à certains points importants. L’exploitant reçoit donc une parcelle de 500m sur 500m,power- donc de 25 hectares, recouverte de forêt dont les arbres (les acacias car ceux-ci ont une croissance particulièrement rapide) ont en moyenne une vingtaine d’années. Tous ces arbres sont espacés de 3m en largeur et de 2m en longueur. Après avoir reçu sa parcelle, le fermier peut commencer à abattre (maximum 2 hectares par an). Le bois ainsi récolté sera élagué puis mis en tas rectangulaire bien organisé de sorte à laisser le moins d’espace entres tous ces troncs. Ce tas sera ensuite recouvert de terre. Par après, le fermier y mettra le feu (étape carbonisation) et à la fin de la carbonisation, le charbon sera prêt.
Pépinière de plantules d’acacias Jeunes plantes d’acacias Il doit aussitôt penser à re-semer pour pouvoir recommencerpower- ce processus. Pour avoir un rendement suffisant en charbon, il faut attendre au moins huit ans avant de pouvoir abattre un arbre. Il doit donc veiller à semer directement après. Il y a deux manières différentes de semer des acacias. L’acacia n’est pas une culture naturelle car la dormance des graines ne se lève pas toute seule, il faut la stimuler. La première méthode consiste à créer une pépinière et replanter par la suite les jeunes acacias dans la zone abattue tout en respectant l’alignement et les distances. Dans ce cas-ci la dormance des graines est levée par un bain d’eau bouillante. La deuxième méthode consiste à attendre la mi-juin pour effectuer l’abattage (donc d’attendre un peu après la deuxièmepower- floraison, que les graines soient formées sur l’arbre). L’arbre tombé, les graines sont ainsi répandues sur le sol et le fermier peut y mettre le feu, en délimitant bien la zone à brûler à l’aide de pare-feu pour éviter l’incendie et pour lever la dormance de toutes les graines qui pourront germer et donner naissance à de nouveaux acacias. Le fermier devra retirer les arbres qui ne sont pas alignés et qui ne respectent pas les distances, pour conserver son alignement d’origine. Le fermier peut effectuer 2 coupes et donc 2 carbonisations par an car l’acacia a deux floraisons chaque année: une au mois de juillet/août et une autre au mois de décembre, celle-ci étant beaucoup moins fructueuse que la précédente. Brûlis et alignement des acacias après la coupe Ces étapes concernent la production pure de charbon. L’exploitant peut, après que les acacias aient commencépower- à croître (c’est-à-dire vers le mois d’octobre), semer du maïs ou du manioc que ce soit pour sa consommation personnelle ou pour une commercialisation future, ce qui lui permet d’obtenir des revenus supplémentaires. La récolte du maïs et son battage se font au mois de janvier.
A côté de ça, le fermier peut encore cultiver des arbres fruitiers, des légumes etc. Aux alentours de sa ferme, il peut aussi élever des cochons, des poules, des abeilles,… On peut se rendre compte que malgré les règles, les exploitants sont assez libres dans leur manière de gérer leur terre et leur ferme. Ils peuvent engager s’ils le souhaitent des ouvriers. Ils peuvent vendre directement leur charbon sur MAMPU ou se rendre sur Kinshasa pour le faire. Si leur ferme est convenablement gérée et qu’elle leur apportepower- suffisamment de moyens ils peuvent se moderniser par un moyen de transport ou par des tronçonneuses, etc. … Mais il faut aussi se rendre compte qu’abattre un hectare à la machette est un travail de longue haleine et qu’une exploitation d’une telle ampleur n’est pas si aisée. Grâce à l’aide apportée par le centre de direction de MAMPU, que ce soit par leur formation ou leur encadrement, les exploitants ont tout en main pour s’en sortir et améliorerpower-power- leur train de vie ainsi que celui de leur famille. Un tel projet a été rendu possible grâce à la contribution de la fondation allemande « Hanns Seidel » et au financement de la Commission Européenne.
La Voix du Congo Profond, RDCongo Pays Magnifique (P.68-70)



