Questions et réponses sur le CARG
Un article de Ngoma.
Le CARG est une structure qui vient de s’implanter dans les territoires des différentes provinces. Actuellement, ils sont au nombre de 65. L’installation de ces CARG et le lancement de leurs activités ont suscité pas mal de questions de la part de leurs membres, des participants aux ateliers, mais aussi d’autres personnes qui suivent les évolutions dans le secteur agricole. Cette rubrique est destinée à répondre à ces questions. A vous de nous les poser !
Quelle est la relation entre le CARG et le CLD (Comité Local de Développement) ou le CLER (Comité Local d’Entretien des Routes) ?
Il est possible que dans un territoire où le CARG est installé, existent déjà d’autres structures de concertation. Le CARG ne vient en aucun cas les remplacer, mais souhaite collaborer avec elles.
Pour tout acteur impliqué dans l’agriculture ou le développement rural, l’état ou l’absence de routes est un grand problème. Alors que le CLER (Comité Local d’Entretien des Routes) se limite aux routes, le CARG se préoccupe, quant à lui, de tout ce qui influence l’agriculture et le monde rural. Il est donc intéressant que des membres des CLER participent au CARG et vice versa.
Les CLD (Comité Local de Développement) sont des structures qui sont concernées par les problèmes d’une localité en général, dans tous ses aspects. Certains membres d’un CLD peuvent adhérer à un CARG de part leur apport en matière agricole. Des membres du CARG peuvent également siéger dans le CLD pour y défendre et promouvoir l’agriculture et le monde rural.
Comment les CARG travaillent-ils avec les bailleurs ? Quelles sont les modalités de financement du CARG ?
Le bailleur ne finance pas directement un CARG par la distribution de jetons de présence, car le CARG perdrait alors sa neutralité. Mais il faut néanmoins que les prestations du CARG soient rémunérées !
Le but de cette note est de préciser les relations des CARG avec les grands bailleurs là ou ils sont implantés, particulièrement avec la Banque mondiale au Nord Equateur , mais aussi avec le FIDA, (PRAPE, PRAPO, futur PIRAM), la CTB, et ISCO au Bandundu, en ce qu’ils appuient le processus modèle du plan agricole de la province de Bandundu. Ces considérations pourront être modulées selon le milieu, à savoir là où il y a beaucoup d'ONG compétentes, et là où il y en a peu.
Gardons à l'esprit le modèle des structures syndicales, comme SYDIP et FOPAC, où ce sont les membres du syndicat, c’est-à-dire les agriculteurs et éleveurs, qui financent l’organisation par leur cotisation. Ce qui garantit leur impartialité et constance dans la défense des intérêts des membres. D'ailleurs, certains CARG avancent sur cette voie de l'autofinancement, qui fonctionnent grâce aux cotisations de leurs membres.
Ce qui nous intéresse en termes de résultats durables, c’est l’augmentation de la production et des revenus des agriculteurs. Ce qui résultera principalement :
1. de la dynamique communautaire et de la qualité de l'encadrement (multiplication des formations), pour mieux travailler ensemble et échanger les expériences (techniques agricoles, agroforesterie),
2. de la qualité du matériel végétal ou animal adapté à un milieu donné, et de la rapidité de la diffusion,
3. de la maîtrise de la récolte, du stockage, de la transformation et de la connaissance des prix, afin de majorer le prix de vente au départ du producteur,
4. des moyens d'évacuation et d’accès à des marchés solvables.
Le CARG est une structure de concertation qui mène des diagnostics du territoire, qui liste les problèmes et les solutions possibles, ainis que les acteurs et les actions permettant ainsi une synergie entre elles, et qui identifie les filières pilotes . Le CARG joue un rôle de plaidoyer vis–à-vis des bailleurs pour des actions en rapport avec les besoins.
Le CARG relaie aussi les informations et les besoins vers les autorités, avec l'administrateur de territoire (voir la feuille de route), et vers le Ministre provincial de l'Agriculture, via les inspecteurs.
Les CARG identifient les besoins en matière de formation, en rapport avec les problèmes et filières prioritaires pour les communiquer ensuite aux bailleurs. Dans un appel à candidatures, certains experts du CARG peuvent être retenus. Mais le CARG peut également servir de structure de référence aux bailleurs pour évaluer le choix des experts, le suivi de la qualité, la pertinence et l’impact des formations.
Les CARG capitalisent des efforts en matière d'introduction de matériel végétal, à commencer par les boutures de manioc. Beaucoup d'argent a été dépensé, mais il n’y a pas eu assez d'appropriation. Les CARG peuvent donc y jouer un rôle.
Par ailleurs, les autorités de Kinshasa ont souvent besoin de certaines informations en matière de sécurité alimentaire, de prix et de marchés. A terme, les CARG seront les meilleures structures pour communiquer ce type d’informations. Mais une période de transition plus ou moins longue sera nécessaire avant que les bailleurs n'acceptent de recourir aux services des CARG en lieu et place de ceux qu'ils ont eux-mêmes implantés. A terme, il sera donc possible de trouver un financement en vue d’assembler l’ensemble de ces informations pour qu’elles soient diffusées à partir de Kinshasa, et qu’elles remplacent celles issues des projets des bailleurs dispersés dans tout le pays. . Les CARG feront également la cartographie des actions de l'aide, et deviendront une banque de données de référence sur les territoires.
Quel est l’apport des CARG dans la relation entre les investisseurs et la paysannerie ?
Comment amener l’investissement privé au cœur du Congo profond ? Comment favoriser l’investissement privé souhaité sans que cela se fasse au détriment du monde paysan? Comment garantir des transactions honnêtes entre petits et grands ?
A ce jour, le problème de l’investissement agricole en RDC reste entier. Le crédit ou le microcrédit dans le Congo profond est très rare, tout comme les investissements de l’Etat. Même l’investissement le plus élémentaire, le cantonage manuel pour la réparation des routes pose un problème de financement. L’appui des bailleurs au niveau des organisations de base pour la construction des filières est encore trop localisé. Les transactions commerciales ne favorisent pas le paysan car c’est le commerçant de Kinshasa et le transporteur qui fixent les prix d’achat. Il faudra donc rendre ces transactions plus équitables de manière à ce que le producteur reçoive un juste prix pour son produit.
Dans ce contraste, la complémentarité entre le paysannat et le secteur privé est essentielle, et demande à chacun d’assumer son rôle et d’en recevoir les bénéfices. Le CARG a un rôle important à jouer dans l’information sur les prix et les marchés. Le secteur privé a, pour sa part, un rôle à jouer dans l’investissement agricole et l’installation de nouvelles technologies. L’investissement du secteur privé est particulièrement souhaité dans les domaines de la transformation (plus-value), du transport et de la communication.
Si on remonte dans le passé, les exemples de succès dans notre pays abondent et notamment dans les filières et cultures de rente (café, cacao, huile de palme, hévéa, thé, quinquina…). Dans les années 80, le café rapportait, à lui seul, plus de 200 millions $, et faisait la richesse des provinces de l’Equateur, de la Province Orientale et même du Bandundu et du Bas-Congo. Actuellement, la filière café est l’une des plus actives au Nord-Kivu grâce à l’encadrement du SYDIP. La présence de transformateurs et d’exportateurs de café/cacao est la meilleure façon de stabiliser les prix dans une région donnée, et de travailler sur le moyen et le long terme.
Les expériences positives ont donc existé, et peuvent être reconduites aujourd’hui :
- Lushebere et la filière lait au Masisi : le ramassage de 3.000 litres de lait par jour. - CDI Bwamanda près de Gemena : l’achat et la commercialisation de milliers de tonnes de maïs, de café, d’arachide. - Katale et le café près de Rutshuru : le café était acheté au paysan. - Plantation de thé dans le Masisi et achat de la production paysanne de meilleure qualité. - La filière huile de palme où le rendement du broyage industriel est meilleur que l’activité artisanale. - La transformation de manioc à Kinshasa par Mme Manoka. - Les plantations de Kaben (Bengamisa) et cacao (Sud Ubangui) où un noyau industriel côtoyait des plantations programmes dans un esprit « nucleus estate »
Le futur de ses structures nous intéresse, car elles peuvent constituer le noyau dynamique à partir duquel le paysannat sera développera.
Comme on le voit aux Etats-Unis et au Brésil, les structures d’encadrement sont essentielles pour le suivi, l’encadrement et la formation afin d’aboutir à des produits de qualité. Embrapa au Brésil teste le cacao et le café, et détermine les qualités, ce qui permet d’harmoniser les relations entre acheteurs et vendeurs.
En RDC, avec l’enclavement, les guerres et les tracasseries, les entreprises agro-alimentaires ont peu à peu disparu. Les acheteurs réglementaires ont progressivement cédé la place à des acheteurs peu scrupuleux, poussés par la quête d’un profit maximum avec l’achat des produits paysans au prix le plus bas, fût-il en-dessous du prix de revient.
Aujourd’hui, il faut mettre à tout prix en place les conditions du retour des investissements privés au Congo, car une telle demande apportera bien plus d’argent dans les campagnes que ce que l’Etat pourra consentir avec son maigre budget. Les gouvernements provinciaux responsables du développement économique de leur province souhaitent l’arrivée de tels investisseurs, et sont prêts à leur faciliter la tâche, à compléter l’investissement privé par un investisseur public qui se traduirait par la mise à disposition d’écoles, de centres de santé, ou encore la réhabilitation des routes… mais à condition de pouvoir établir un partenariat solidaire !
Il s’agit de privilégier les pistes de collaboration entre le paysannat et les moyens placés de développement (nucléus estate) pour offrir un débouché local aux produits à un prix raisonnable.
Le CARG a un rôle important à jouer dans cette démarche. Il est l’arbitre reconnu de tous, car tous sont autour de la table. Il pourra, entre autres, apprécier les conditions favorables proposées à l’investisseur, et les rapports entre les petits producteurs et l’investisseur en particulier, le prix et la qualité des produits en gestion.
Le CARG doit encourager la production, à meilleur coût, de biens de meilleure qualité en vue d’en assurer la disponibilité à l’industriel qui le rémunère de façon équilibrée.
Le CARG assure ainsi un rôle essentiel d’équilibre dans le nucleus estate pour favoriser l’investissement privé, garantir la qualité du produit à un prix rémunérateur pour le paysan, convaincre l’autorité politico-administrative d’engager certains investissements infrastructurels complémentaires (routes et débouchés…), servir de bouclier contre la tracasserie. Le CARG a enfin un rôle essentiel à jouer dans l’encadrement dans l’optique d’orienter les bailleurs et les partenaires à investir dans la formation de ce paysannat, et d’insuffler les nouvelles technologies et techniques appropriées de manière à optimiser la production.

