Relance des cultures pérennes: cacao et cultures de rente
Un article de Ngoma.
Sommaire |
Relance des cultures pérennes: cacao et cultures de rente
Objectifs
- Regrouper les différents acteurs qui interviennent dans la filière : commerçants, transporteurs, routes, partenaires de micro-crédit … ; - Renforcer le partenariat entre les différents ministères pour être plus crédible auprès des bailleurs de fonds ; - Inciter la participation du secteur privé et favoriser l’intégration des activités de FOLECO, CRONG, COPEMECO ; Anticiper sur les actions à prendre : par exemple une campagne de multiplication rapide de plants sélectionnés greffés, peut faire gagner un an au futur programme national ; de même, l’aménagement de la piste d’atterrissage à Yangambi, pour la diffusion future du matériel végétal au départ de la station ; - Mettre en place des mesures d’accompagnement d’unplan national des différentes cultures de rente dont le cacao avec ses composantes : production commercialisation encadrement logistique
Filière cacao : ébauche de plan directeur pour la RDC
Texte d’Alain Huart, B.K Matlick, Pierre Rosseau1, amendé par le groupe de contact sur les cultures de rente ; Ir Limba à Yangambi
Selon l’étude de la Banque mondiale sur les cultures de rente en RD Congo, le cacao constitue incontestablement la meilleure activité à promouvoir pour améliorer les revenus du paysannat au Congo. Cette culture peut se pratiquer avantageusement dans la moitié des futures 26 provinces de la République ; la RD Congo est 6 fois plus grande que la Côte d’Ivoire (45 % de la production cacaoyère mondiale), qui a bâti son économie sur le cacao ; un lent déclin de cette culture est cependant amorcé dans ce pays (climat, vieillissement des plantations, foncier,…), alors que la demande en cacao sur le marché mondial, croît de 2,5 % par an. La RD Congo dispose des plus grandes réserves de terres propices à cette culture.
Il s’agit d’une culture de paysannat et 95 % des surfaces cultivées dans le monde pour le cacao, le sont sur des superficies inférieures à 3 hectares. Un homme (une famille) peut assurer les tâches liées à l’entretien et à la récolte sur 3 hectares.
Quelques conditions préalables sont indispensables pour permettre à la RDC et à ses (déjà) nombreux planteurs, de passer d’une production non significative et de qualité médiocre.
En effet, la production moyenne s’établit à 300 Kg / ha d’un cacao de faible qualité (fermentation incomplète, traces blanches de la moisissure, goût « fumé » à cause du séchage au bois) alors que pour viabiliser financièrement cette activité, ’il est nécessaire de passer à une production de 1000 Kg / ha d’un cacao de bonne qualité. Il s’agit en effet, de passer d’une agriculture de cueillette à une agriculture de rente.
Greffage et clones
Le greffage de jeunes plantules avec des greffons en provenance d’arbres performants constitue la technique de base pour disposer de matériel végétal de bonne qualité ; c’est la première condition de réussite. Il est assez simple de repérer les arbres à haute production sur lesquels on peut récolter plus de 50, si possible 70 à 100 cabosses. C’est sur ce type d’arbres que les greffons sont prélevés, pour effectuer le greffage sur de jeunes arbres, âgés de 2 à 4 mois.
Pour assurer une diffusion correcte de ce matériel végétal, le programme partira des clones d’élite qui existent à la station INERA de Yangambi (à vérifier pour d’autres sites comme Bongabo et Luki) et seront installés des parcs à bois avec une dizaine de clones dans les sites et provinces où l’on va relancer la culture du cacao.
Dans une première phase, les sites seront situés à Bengamisa en raison de la plantation de 500 ha qui y existe ; Bikoro en raison les 10.000 planteurs estimés autour des lacs Ntumba et Maï Ndombe et à Tshela pour les producteurs du Mayombe. (Source IRM).
Chaque fermier se fournira en matériel de greffage des clones d’élite du départ des parcs à bois ; chaque fermier va démarrer avec au moins 3 clones différents, de manière à pouvoir comparer les lignes dans le temps et en discuter avec les autres fermiers avant un choix définitif. Les fermiers eux-mêmes sélectionneront ensuite les meilleurs arbres et décideront à partir de quel matériel étendre leurs cultures de cacao et améliorer leur rendement.
Mis à part le greffage sur une jeune plantule, il y a également la possibilité de greffer un arbre adulte et de le « renouveler » complètement (side grafting). Ce sont donc les deux techniques de greffage qui seront exposées à l’atelier greffage, première étape de la formation ; la formation prend une journée soit un formateur « international » pour 25 candidats formateurs.
Formation Ecole Paysanne au Champ
Pour produire un cacao de qualité et procurer un bon revenu aux agriculteurs, il est fondamental que les fermiers soient bien encadrés et bien formés pour :
- Démarrer leur plantation avec du matériel végétal dequalité ;
- Soigner le démarrage de la plantation les 2-3 premières années jusqu’au premiers fruits qui est gage d’une bonne production pendant 30 ans ;
- Tailler correctement et régulièrement ses arbres ;
- Effectuer un bon suivi des clones et sélectionner les meilleurs arbres ;
- Réaliser individuellement les opérations de séchage et fermentation pour obtenir un cacao de bonne qualité (complément technique de séchage sous tente solaire…) ;
- Négocier un prix correct avec l’acheteur.
Parcelle de démonstration et champ mixte: cacao, maïs, manioc, bananes
Il s’agit de mettre sur pied des champs pilotes de démonstration et de développement pour le paysannat ; but : étaler l’investissement dans le temps et étaler les récoltes vivrières jusqu’aux premières cabosses.
Modèle « Matlick1, Huart2, Limba, Rosseau4»
- Cacao; écartement 3 x 3m = total 1000 arbres /ha ; 2 à 5 clones différents et bien identifiables chez chaque paysan ;
- Essence forestière de type Limba ou Mahogani : maxi 100 arbres par hectare ;
- maïs : 4 pieds autour de chaque cacaoyer : un carré de 0,5m² ; ligature des tiges après récolte de l’épi ;
- manioc : deux rangées entre les lignes de cacaoyer ; espacement 1m x 1m en forêt ; 2,5 x 0,5 m en savane, variétés de manioc résistantes à la mosaïque : SECID, INERA, … ;
- bananier : entre les cacaoyers en perpendiculaires aux rangées de manioc ;
- Variantes possibles avec leucena et pois cajan en cas d’élevage notamment ; avec des légumineuses comme vigna, arachide,….
Préparer la pépinière 6 mois avant le début de la plantation de cacaoyer, soit au début de la saison des pluies effectuer le greffage 2 mois avant la plantation.
- Planter le maïs 2 mois avant le plant greffé de cacao de telle sorte que le maïs aie déjà 70 cm de haut à ce moment. Le maïs peut être remplacé par du pois cajan ou de Leucaena ; lier les 4 plants de maïs après récolte des épis pour maintenir l’ombrage sur les plants de cacaoyer.
- Espacement entre cacaoyer 3 x 3 m = 1000 arbres / ha. Investissement progressif possible des moyens du paysan ; soit 0,25 ha par an, en ha installé en 4 ans.
- U n tel budget modeste pourrait s’adapter à la réinsertion des ex militaires (CONADER).
Atelier qualité
Il est fondamental de former les fermiers à évaluer la qualité de la production. Des ateliers seront organisés avec producteurs, acheteurs et autres acteurs pour apprécier les qualités selon les standards internationaux : 4 % admis de moisissure ; 20 % de cacao violet ou pourpre bordeaux comme signal d’une fermentation insuffisante. Parallèlement à la promotion du cacao par l’expert et pour respecter les standards de qualité, il est essentiel de développer parallèlement la demande sur le marché local et le processus de transformation pour le marché ; le premier produit sera la boisson chocolatée.
Des essais sont en cours à l’ISTACHA Kimpese, pour aboutir à un produit destiné au marché de Kinshasa dans un premier temps. Des formations seront ensuite réalisées chez les producteurs eux-mêmes pour qu’ils utilisent comme boisson nutritive et énergétique pour leurs enfants.
1 Coordonnateur du SECID en RD Congo
2 FAO HUP détient une grande expérience en école paysanne pour le maraîchage périurbain
1 Expert cacao à l’INERA
2 Conseiller Technique Principal au MINAGRI
3 Expert SECID, au World cocoa foundation
4 SECID
La Voix du Congo Profond n°0 janvier 2007 p.31

