Un Projet dans mon école
Un article de Ngoma.
Lettre au professeur et à lire à la maison, avec la famille …
La première personne concernée par un projet à monter au sein d’une classe ou d’une école, c’est vous: le professeur. La première personne à pratiquer ce travail de la terre pour le montrer aux élèves, c’est encore vous. Le métier d’enseignant en RDC est difficile. Sûrement que pour nourrir votre famille, vous avez dû un jour installer et entretenir un petit potager, un champ, quelques animaux … Pourquoi pas le faire à l’école?
Ce livre est un outil pédagogique pour sensibiliser les élèves aux richesses et potentialités de la RDC. Il vous motivera aussi à démarrer un projet pratique avec les élèves, en commençant par choisir un projet adapté au mieux à votre contexte.
Pour produire avocat, papaye, amarantes ou oseille, pour élever des cobayes ou des canards, pour transformer des tubercules de manioc, pour exploiter des acacias, il faut de la méthode et de l’observation. Il faut veiller à ce que chaque élève voie lui-même ce que vous voulez lui enseigner. L’enseignement doit être accompagné d’une pratique. Quelque soit le choix de votre projet, vous expliquerez soigneusement chacune de ces étapes. Certes, ce n’est pas en un chapitre de ce livre que nous allons vous proposer toutes les solutions et alternatives pour installer un projet dans votre école mais nous pouvons tracer quelques pistes, quelques propositions.
D’autres ouvrages vous permettront de mieux explorer les possibilités, d’améliorer le contenu de votre enseignement et des travaux pratiques. Le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, ainsi que de l’Education étudient la possibilité d’offrir quelques livres agricoles à chaque école de la RD Congo.
Dans un pays où 60 % de la population vit de l’agriculture et ou seulement 4 % de la population active a accès à un emploi formel (officialisé par un contrat), il est essentiel que vous puissiez donner à l’élève le goût d’entreprendre et du travail de la terre, mais aussi de la transformation des produits agricoles, la motivation et la démarche pour qu’il puisse construire son propre emploi, le goût d’un travail qui apporte nourriture pour la famille.
Au delà de l’apprentissage de la plantation d’un arbre fruitier ou d’un jardin potager, il nous paraît essentiel que l’activité puisse avoir un caractère économique, une rentabilité qui justifie un suivi des dépenses et des recettes.
L’objectif est de dépasser le stade d’une agriculture vivrière de subsistance qui fait que 90 % du manioc produit en RDC est consommé par son propre planteur. Il faut faire preuve d’imagination pour créer des plus values. En période d’abondance, les tomates, les piments, les bananes et même les mangues, pourrissent faute de pouvoir trouver un client. Mais pourquoi ne pas acheter un mixer pour préparer du piment broyé, une capsuleuse pour conditionner du jus de mangue dans des bouteilles de coca ? L’agriculture de demain en RDC doit être créatrice de revenus.
QUELQUES QUESTIONS A DISCUTER ENTRE PROFESSEUR ET ELEVES
* Quels produits pour quelle clientèle ?
Il s’agit de construire un projet qui correspond à une demande des consommateurs.
L’accès à l’école est-il facile ? Les parents sont-ils susceptibles d’acheter ? Quel produit les intéresse?
* Quel investissement pour quel espace ?
Démarrer un élevage de cobayes coûte à peine 10 $ et nécessite juste une caisse en bois pour abriter les premiers animaux.
* Quel choix entre élevage et agriculture ?
- Les animaux demandent qu’on s’occupe d’eux
aussi pendant les week-ends et les congés.
- Il faut bien choisir au départ les animaux, selon
la race, les performances qu’on attend d’eux ; il faut bien loger les animaux et les nourrir de façon adéquate, nettoyer régulièrement le logement et respecter les normes d’élevage.
- La semence est un organe vivant qu’il faut conserver
dans les conditions optimales, sinon il n’y a pas de germination. Il faut trouver, acheter des semences de qualité et adaptées au milieu.
- Utiliser des outils, une technologie adaptée
- Tenir à jour un cahier de toutes les dépenses et de
toutes les sorties et recettes (les ventes de ce que j’ai produit ou offert) pour calculer ce que coûte réellement la production: on appelle cela le prix de revient. Avec le professeur, on calculera aussi le bénéfice supposé ou réel.
- Réfléchir à créer des plus values: je conserve, je transforme, j’emballe.
- Je transforme les fruits en confiture ou jus de fruits,...
- Je fais de la purée de piment, de tomates,...
- Pour acquérir les compétences et connaissances correctes pour mener à bien l’activité et identifier les clients,
il est nécessaire d’avoir une formation spécifique (pour construire son propre emploi).
- Il faut échanger son expérience avec ceux qui réalisent les mêmes activités: inviter des professionnels, des
spécialistes dans la classe, qu’ils viennent faire des remarques sur notre projet.
- J’organise une visite de notre activité à l’intention des autres classes, des parents.
Commentaires : Le céleri, l’aubergine, le piment sont des cultures qui demandent 6 mois, alors que l’amarante, l’oseille se cultivent en un peu plus d’un mois. La laitue, le persil, le céleri, l’amarante, sont les cultures qui rapportent le plus par jour de culture. Le persil, le céleri, la tomate, le piment et l’aubergine sont les productions les plus importantes en valeur par m².
LE RESPECT DE LA QUALITE DU SOL est un élément très important, en commençant par la matière organique : les racines mortes, les tiges, les branches et les feuilles mortes. On dit qu’elles se décomposent pour devenir de l’humus. L’humus donne une bonne qualité à la terre, rend le sol plus apte aux cultures. Mais chaque kilo de légumes, de fruits, de graine et de tubercules que vous produisez prélève de la matière dans le sol. C’est la raison pour laquelle il faut rendre au sol de la matière organique, ce que l’on fait avec le fumier, les fientes de volaille ou avec du compost que pouvez réaliser vous-même.
POUR FABRIQUER DU COMPOST
Le compost est un mélange d’herbes, de feuilles, de pailles, de tiges, de légumes ou de fruits abîmés: tout pourrit ensemble, avec l’aide des micro-organismes. On creuse 2 trous: de 1m à 80 cm, On protège le bord pour que l’eau de pluie d’écoulement ne ruisselle pas dans le trou. On y jette des herbes coupées, les déchets de légumes: surtout les feuilles de légumineuses, arachide, acacia, soja, … les feuilles mortes, les cendres de feu, le fumier d’animaux mais on n’y jette pas des bouteilles ou sachets plastiques, des piles ou objets métalliques, en verres, ou du bois dur. De temps en temps on ajoute une fine couche de terre de 5 cm. Après 6 semaines, on vide le premier trou dans le 2e, de telle sorte que ce qui était au premier fond du trou se retrouve au dessus. Après 3-4 mois de saison des pluies, le compost est maintenant prêt à l’utilisation. Les ordures ménagères dans les villes comme Kinshasa, Lubumbashi…, peuvent faire l’objet d’un tri sélectif pour enlever les plastiques, fers, bois en vue de recycler la matière organique en compost. L’AZOLLA, une algue qui se multiplie à grande vitesse en étang, constitue un autre apport de matière organique. Il suffit de la ramasser, de la déposer dans les trous ou billons avant plantation. L’azolla peut aussi nourrir partiellement certains animaux d’élevage (porc, chèvres, Pour les écoles de brousse qui disposent de grandes surfaces disponibles et pour les provinces ou la saison sèche ne dépasse pas les 5 mois, des cultures de rente comme le cacao, le café, le palmier sont idéales. Au Katanga, la culture de maïs produit jusqu’à 6 tonnes/hectare en combinaison avec l’arachide. Le café, le cacao, l’huile de palme et le caoutchouc (l’hévéa) sont les grandes cultures de rente les mieux adaptées à notre pays. Sur les plateaux de l’Est, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Nord Katanga, il y aussi le thé, le quinquina, la papaïne, le blé, la pomme de terre. On dit cultures de rentes parce qu’elles servent essentiellement à générer des revenus pour les familles, à côté des cultures vivrières qui apportent de quoi manger à la famille.
Le cacao est une grande culture d’avenir pour la RDC, six fois plus grande que la Côté d’Ivoire, qui pourtant exporte presque 50 % du cacao mondial. Avec l’argumentation de la consommation du chocolat en Inde et en Chine, la demande mondiale de cacao ne fait que croître et l’offre ne suit pas. La RDC dispose des plus grandes espaces disponibles et climats pour pratiquer la culture du cacao. Une famille peut planter et entretenir 2 à 3 hectares de cacao. Un hectare de cacao peut produire 1000 kg de cacao marchand prêt à l’export, fermenté et séché par les planteurs. Le cours du cacao sur le marché mondial est d’environ 2000 $/tonne.
DES GRAINES RICHES EN PROTEINES
Les légumineuses comme le haricot, le soja, l’arachide sont aussi riches en protéines que la viande. Mais elles coûtent beaucoup moins chers à produire. La protéine de soja coûte 30 fois moins cher que du lait de vache.
C’est la raison pour laquelle, il est intéressant d’installer un petit champ d’arachide, d’haricots ou de soja dans mon école. La combinaison maïs, arachide est idéale au Katanga. Le maïs donne de bons résultats sur un sol fertile. L’arachide se développe bien sur un sol léger où l’eau ne stagne pas.
L’ELEVAGE
L’activité d’élevage est essentielle pour le développement du paysannat : les animaux valorisent des sous-produits de cultures et apportent leur fumier qui est précieux pour enrichir le sol. L’élevage permet de constituer un capital sur pied, comme un compte en banque sur pied, à utiliser en cas de besoin, lors de la rentrée scolaire, en cas de maladie. Les produits de l’élevage améliorent les revenus et
LE CACAO, 10 RÈGLES D’OR
- Je prépare des porte-greffes et utilise du matériel végétal de bonne qualité.
- Je prélève des greffons sur des arbres à haute productivité (> 50 cabosses).
- Je combine culture de maïs, manioc, bananiers pendant le temps que les cacaoyers poussent.
- Je plante des arbres de reboisement à croissance lente (Limba, Tola, 40-80 ans) pour les léguer à mes enfants et petits enfants.
- Je taille les cacaoyers adultes pour que le soleil puisse pénétrer dans l’arbre. Je sélectionne les meilleurs arbres.
- Je cueille les cabosses à temps.
- Je procède à la fermentation des fèves.
- Je soigne le séchage des fèves parce que c’est l’étape la plus importante pour le processus de qualité. La où le climat est humide,
je construis un séchoir avec des bois, bambous et de grandes feuilles de plastique transparentes.
- J’analyse la qualité de mon cacao, simplement en coupant les fèves.
- Je constitue une coopérative avec les autres planteurs pour attirer les acheteurs : 1000 planteurs de cacao avec 1 Ha et 1 T/Ha de
rendement représentent un potentiel de 1000 tonnes/an de production.
- Avec les autres planteurs et les services de l’Etat, nous organisons et nous contactons les acheteurs exportateurs. Le contrôle de qualité est réalisé selon les normes.
La Voix du Congo Profond, RDCongo Pays Magnifique P.75-77



