Une arme à double tranchant
Un article de Ngoma.
Les forêts tropicales sont très vulnérables aux effets induits par de faibles précipitations et une hausse de température, mais elles peuvent aussi jouer un rôle clé dans l’atténuation du changement climatique. Les freins à l’usage d’instruments favorisant une gestion communautaire durable sont politiques.
Les forêts ont ceci de particulier qu’elles peuvent être une cause principale de changement climatique, via la déforestation, mais peuvent aussi atténuer les conséquences de ce changement. Selon le PNUE, 20 à 25 % de la totalité des émissions de CO_2 proviennent des forêts que l’on incendie pour le défrichage et la mise en culture. Les carences des politiques forestières — abattage non réglementé, collecte excessive de bois de chauffe, construction de routes — contribuent au problème. Selon la FAO, le monde perd environ 200 km² de forêt par jour et les forêts d’Afrique disparaissent à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale.
Pièges à carbone
Les estimations de la quantité de carbone stockée dans les forêts du monde varient énormément. Un calcul issu des recherches du GIEC la chiffre à environ 1 milliard de tonnes. L’Afrique compte près de 15 % des dernières forêts du monde. Les vastes forêts de la RD Congo contiendraient à elles seules jusqu’à 8 % de tout le carbone stocké dans la végétation mondiale.
L’un des effets directs sera probablement une diminution du volume des services et produits forestiers (bois d’œuvre et de chauffe, produits non ligneux tels que fruits, champignons, miel et remèdes naturels). De plus, les forêts sont cruciales dans la sauvegarde des écosystèmes : elles régulent les cycles hydriques, protègent la biodiversité et forment une barrière physique contre la désertification, la sécheresse, la dégradation des sols et les crues subites. Les répercussions pourraient être incalculables.
Gestion durable
L’abattage illégal est la cible de nombreuses initiatives dans les pays ACP. Beaucoup de pays ont à présent des programmes nationaux, même si les résultats sont mitigés. L’industrie elle-même a compris qu’elle devait modifier ses habitudes. En février 2008, des cadres exécutifs de 15 grandes sociétés forestières tropicales ont annoncé leur engagement dans la gestion durable. Une bonne gouvernance est cruciale. Dans certains pays, la protection juridique des forêts via la délimitation de zones protégées, de réserves indigènes, de réserves de produits non ligneux et de réserves communautaires s’est révélée efficace pour préserver le couvert forestier.
À Madagascar (en haut) comme en Côte d’Ivoire (en bas) les arbres ont été sacrifiés.
Les forêts sont à la fois vulnérables au changement climatique et potentiellement capables d’en compenser les effets. Les arbres peuvent capturer de grandes quantités de carbone qui autrement s’échapperaient dans l’atmosphère sous forme de CO_2 , l’un des principaux gaz à effet de serre. La prise de conscience de ce rôle protecteur des forêts s’est traduite par des projets de plantation. Au Nigeria, par exemple, le gouvernement a lancé des programmes de boisement dans trois zones. Au Malawi, les écoliers des districts de Msanje et Salima ont fondé des clubs qui replantent des arbres sur les terres dénudées. La communauté Kabara de Lau, aux Fidji, a planté 2 600 tecks de Bornéo (/Intsia bijuga/) dans le cadre d’une initiative de reforestation. Exclus du marché
Fournir des incitations financières pour conserver les forêts existantes pourrait être tout aussi important. La taxe carbone (voir article "Chasse au carbone" <4_forets_06initiatives.html>) peut être un stimulant efficace pour réduire la dégradation des forêts, car elle offre aux communautés locales une chance d’améliorer leurs moyens de subsistance tout en aidant à réduire les émissions de CO_2 à l’échelle mondiale. Toutefois, les règlements actuels jouent contre le secteur forestier. Dans le MDP du protocole de Kyoto, les programmes de compensation du carbone se limitent à l’afforestation et au reboisement. Des crédits peuvent être octroyés au boisement et au reboisement.
Selon des experts en foresterie, les coopératives agricoles ou même les banques rurales pourraient s’organiser pour certifier la séquestration carbone d’une communauté, en récupérer les paiements et redistribuer les fonds aux agriculteurs. Les pays très boisés estiment qu’il est injuste de ne pas inclure la préservation des vieilles forêts dans le financement du MDP. En septembre 2007, le Brésil, le Cameroun, le Costa Rica, le Gabon, l’Indonésie, la Malaisie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la RD Congo, qui détiennent 80 % des dernières forêts tropicales du monde, ont créé une alliance pour contester cette exclusion.
Beaucoup estiment que la foresterie a été l’oubliée du débat sur le changement climatique. À ce jour, seuls trois des quelque 1 000 projets MDP en cours ou approuvés concernent ce secteur.
Effort communautaire
La Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) a été très critiquée pour sa gestion de l’une des plus grandes forêts tropicales du monde. Abattages et défrichements massifs ont placé le secteur forestier de l’île sous les feux des projecteurs. Chaque année, 50 000 à 60 000 ha sont déboisés, 50 % pour l’agriculture, 25-30 % pour l’industrie du bois et le reste pour les infrastructures. Ce sont principalement des compagnies malaises qui exploitent le bois en PNG et elles dédommagent très peu les propriétaires. Le feu est souvent utilisé pour défricher et parfois il devient incontrôlable, surtout pendant les années sèches d’El Niño. Mais l’île abrite des enclaves de bonne gestion et même, aux dires de certains, l’un des meilleurs exemples au monde d’entreprise forestière villageoise.
À l’échelle internationale, le contrôle des communautés sur les forêts a doublé en 15 ans, tandis que coopératives, associations et compagnies villageoises sans but lucratif combinent avec succès efficacité commerciale et distribution équitable des bénéfices sociaux et environnementaux. En PNG, 29 entreprises villageoises ont joint leurs forces sous l’égide de la société Forcert et se sont alliées à sept unités de commercialisation réparties sur quatre îles. Les producteurs villageois gèrent l’abattage et le transport du bois vers les unités de commercialisation qui le sèchent, le transforment et l’exportent. Forcert gère les services marketing, l’appui technique et la certification sous le label Conseil de bonne gestion forestière (FSC). Les ventes de bois sont essentiellement destinées à l’Australie sous les labels FSC et “Commerce équitable”.
“Que ce soit pour le bois, d’autres produits de la forêt ou les marchés émergents de services environnementaux, des entreprises forestières villageoises fortes et démocratiques sont un excellent modèle pour canaliser les ressources, éviter la déforestation et réduire la pauvreté”, explique Duncan Macqueen, du programme forestier et foncier de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED).

